Programmée dans le cadre de la manifestation culturelle «3atabet Ibn Rachiq» (22-25 avril), la pièce «Freedom House», écrite et mise en scène par Chedly Arfaoui, présentée mercredi dernier à la maison de la culture Ibn-Rachiq, fait le portrait rocambolesque d’un général halluciné et nous place au cœur de la politique et des événements au présent de la Tunisie post-révolution.

Plongée dans l’obscurité et dans une fumée génératrice de peur et de panique d’une région abandonnée éclairée par des lanternes, un général destitué continue à exercer son pouvoir sur son bataillon de militaires. Alors que le pays est en pleine ébullition, lui, retiré dans sa zone, met la pression sur ses soldats et leur fait croire que le danger les guette. Le passé proche se recompose ici et maintenant dans l’objet politique.

Deux filles de joie, dont le cabaret où elles travaillent est attaqué, tentent de trouver refuge dans la région et tombent nez à nez avec cette patrouille. Le général les prend sous son aile et leur fait costume de militaire. Cris, coups de feu, trahisons et coups bas baignent dans le chaos de la révolution avec un peuple dépassé par l’événement inattendu.

Pour reconstituer une partie de la révolution, Chedly Arfaoui a convié tous les maux inspirés de faits réels vécus quelques années auparavant par le peuple : insécurité, peur, terrorisme, prise d’assaut de biens publics et privés… Entre euphorie et suspicion, la pièce révèle les ressorts de la politique et surtout l’attachement au pouvoir.

Le destin tragique du général, qui finit handicapé sur une chaise, entouré des deux filles de joie devenues par la force des choses des infirmières, montre à quel point le pouvoir rend malade et qu’il peut entraîner celui qui l’exerce à la folie. «Freedom House » révèle les arcanes du pouvoir ainsi que ses excès qui peuvent être destructeurs.

Heureusement que l’approche humoristique sauve la pièce d’une certaine morosité. C’est donc grâce au pouvoir d’un humour décapant que l’œuvre devient digeste et jubilatoire. Ce parti pris de mise en scène parodique dénote une subtilité sans laquelle le public n’aurait pas accroché.

L’action passionnée et talentueuse des comédiens a participé grandement au succès de la pièce. Mohamed Hassine Graiaâ en général déchu au jeu extériorisé et à l’expression clownesque, à ses côtés Abdelkader Ben Said, dont la souplesse du corps lui permet toutes les contorsions possibles, et comme deux cerises sur le gâteau : Chekra Rameh et Mouna Talmoudi arrivent à camper avec bonheur les rôles de prostituées, de soldats ou d’infirmières. Elles mettent leur grain de sel dans un univers masculin en apportant diversion aux tâches sérieuses de la troupe des soldats et en profitant de l’absurdité de la situation pour sauver leur peau. «Freedom House», une pièce drôle et légère sur un thème lourd et sérieux. Après plusieurs représentations, le public pourrait prendre plaisir de la voir et de la revoir au cours des prochaines représentations.

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