Ce 3 février 2020 était le quarante-cinquième anniversaire de la mort de Oum Kalthoum. Des confrères égyptiens y rappelant, là, subitement, sans occasion précise, sans date convenue.

La raison, nous la pressentions, peut- être. Les «Printemps Arabes» déçoivent tellement, font tellement de mal autour d’eux, que l’on se retourne volontiers vers le passé. On se raccroche à des souvenirs. On replonge dans la nostalgie. Ce ne sont pas des coïncidences si en Tunisie, en Libye, au Yémen, en Egypte les peuples, dans de larges proportions, se remettent à «chérir» l’époque ancienne. Jusqu’à regretter des régimes qu’ils viennent, juste, de refouler.

Le rappel, impromptu, à la Diva n’est sûrement pas de cet ordre. Il ne «trahit» rien, il ne bascule dans aucun «opposé», mais il naît de la même urgence : il cherche une issue, un salut.

Il y a, d’abord, que les chansons d’Oum Kalthoum, la voix d’Oum Kalthoum, correspondent probablement au meilleur de l’histoire arabe contemporaine. La beauté, l’esthétique, pures ne séduisent et ne fidélisent que les uns. Pour tout le reste, pour le plus grand nombre, comptent mieux, beaucoup mieux, les époques glorieuses, heureuses, qui s’y mêlent. Les luttes nationales, les indépendances, les libérations, les édifications. La grande Oum Kalthoum, l’astre de l’Orient, se confond à la mémoire de ces années. Elle vient comme à la rescousse, elle tend, en quelque sorte, la main.

Il y a, ensuite, que la musique inquiète, à son tour. La chanson arabe classique, en premier. Les générations ont changé. Les goûts se mondialisent, se banalisent. Les statistiques disent, aujourd’hui, qu’en Egypte même, les ventes d’Oum Kalthoum ne dépassent plus les 300 mille albums l’an, alors qu’ elles atteignaient les millions il y a deux à trois décennies. Les élites musicales, les gens de la culture en général, sont conscients du danger. Sans la référence à «Kawkeb Echarq», l’art de la chanson et du chant perd support et inspiration. Toute perspective et toute continuité.

Il y a, enfin, le plus à plaindre : c’est que nos jeunes chanteurs, nos jeunes auteurs et compositeurs peinent, toujours, à créer l’alternative. Presque tous miment l’Occident ou prétendent moderniser la tradition, proposent du réchauffé sous des intitulés «savants». Le «non futur», le vide pour résultat.

A ce train, et à la longue, pas surprenant que la Diva soit appelée à la rescousse. Qu’elle tende, à nouveau, la main.

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