Avec ce recueil de huit nouvelles, Nadia Ghrab, scientifique de carrière, trace un cheminement personnel dans l’univers de la littérature francophone.

Originaire d’Egypte, Tunisienne par amour d’un homme qu’elle épousa il y a bien des années, Nadia Ghrab est novice dans l’univers de la littérature. Avec ce recueil de nouvelles intitulé «Dépassements» (Edition Arabesques, 2019, 140p), elle s’aventure dans les méandres de l’art et de l’écriture, elle y montre une parfaite maîtrise de la langue. Nadia Ghrab est enseignante à l’Ecole nationale des ingénieurs tunisiens, et, dit-elle en quatrième de couverture, toujours habitée par l’écriture, qui lui permet de ressusciter ses souvenirs, ses voyages, l’amour de sa mère… «Dépassements» se déroule dans un triangle riche en paysages, en hommes et en émotions, Le Caire son pays natif, la Tunisie et la France, pays d’adoption.

Le livre compte huit nouvelles de longueur et de teneur inégales. Les titres des textes sont évocateurs : «A la recherche de je ne sais quoi», «Asmahan, princesse des mille et une nuits», «Jeu de miroir en train», «Seul dans la foule»…Du Caire où elle revient de voyage, elle découvre ce que sa mère a toujours appris sur les hommes, les marchands, les souks, les tissus ;  le prix des objets et le haut rang que tient celle-ci et le respect qu’on lui voue dans la société.

Toujours dans cet univers du cœur, celui de la famille, où Tante Emilie, «Une jeune fille moderne» fait des merveilles, vieille d’âge et pimpante, fantaisiste dans ses idées et ses comportements, Héliopolis est la ville favorite de Nadia, elle y a vécu le meilleur de son âge, celui des souvenirs exaltants, ville cosmopolite où il fait bon vivre, le voisinage de son immeuble où elle vit le jour, les chaleurs de l’été et la fraîcheur des couloirs.

Emilie est un personnage extravagant, excentrique, vieille et jeune à la fois, femme bonne qui aime et que tout le monde le lui rend.

«Moha Chiche» est une idylle, un amour impossible à Sidi Bou Saïd, entre un jeune homme pauvre et une Française en vacances chez ses parents aisés, il est jardinier, elle est étudiante, ils ont pour point commun l’amour des choses précieuses : le soin des fleurs, la chanson et la musique. Naturellement une histoire d’amour naquit ; résistera-elle aux pressions sociales ?

La nouvelle la plus marquante est probablement : « La gardienne du phare». L’action se déroule dans le Morbihan, un phare gardé, contre toute attente et traditions par une femme. Nadia Ghrab nous décrit la vie des habitants dans ces bourgs marins, éloignés, isolés où la solidarité n’est pas vain mot. Sarah, une Parisienne, débarque à Bréhat où se trouve le phare et sa gardienne, elle cherche une maison à acheter, fait la connaissance de Jeanne,  une amitié forte se tisse entre les deux femmes, qui se livrent à des batailles pour sauver le village marin. Sarah est artiste, constamment en voyage, elle est fatiguée des humeurs et pression de la ville, elle quitte tout, se consacre à la collecte de fonds pour aider les marins…

Avec «Dépassements», Nadia Ghrab ose franchir les frontières du moi et de la solitude pour aller vers l’autre à travers ce travail de partage qu’est l’écriture. Parions que sa plume s’affinera encore plus et trouvera un chemin inédit à travers ses parutions à venir

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