Bien que tardive, la mesure prise par la BCT pourrait juguler la poussée de la contrebande… en attendant de voir comment sera la contre-attaque des trafiquants. 

D’ici la fin de l’année en cours, tous les billets de 50 dinars circulant dans le pays n’auront plus cours sur le marché, a annoncé, lundi dernier, la Banque Centrale de Tunisie  (BCT).

De prime abord, cette décision de retrait s’apparente à une offensive majeure lancée dans le but de briser le siège du commerce parallèle. Siège: le mot est loin d’être déplacé ou exagéré, ledit phénomène ayant jusque-là quasiment échappé au contrôle de l’Etat qui en a lourdement payé le tribut.

Celle-ci a été, au lendemain de la révolution, noyautée — faut-il le rappeler — par une mafia aux coudées franches et aux dents longues, et dont les tentacules si éparses constituent à ce jour une énigme difficilement élucidable .Que faire alors pour que notre économie guérisse et que des revenus juteux  (estimés à des centaines de milliards de nos millimes) cessent d’aller dans les poches de trafiquants véreux et à l’appétit insatiable?

Réponse immédiate: on prenait des tranquillisants sans parvenir à vaincre la maladie. Oui, on peut toujours se consoler et se remettre à espérer, quand on se fie au flot des coups de filet engrangés par les forces de la police, de la Garde nationale et de l’armée, ainsi que par les fins limiers de nos douaniers. Exemple frais: le démantèlement récent d’un réseau de trafic de devises et la saisie de près de 900 mille dinars entre monnaies étrangères et locales. Certes, un seul membre  sur 4 de la bande a réussi à prendre la fuite et cela n’enlève rien de l’importance de l’exploit et du mérite de ses artisans.

Mais attention, trêve d’euphorie, car dans les stratégies des investigateurs de la police de par le monde, il est de tradition que le verre est à moitié vide et l’enquête peut piétiner dès lors qu’un membre du réseau court encore. Tout simplement parce que le fugitif pourra alors donner l’alerte au reste de ses complices, voire aux autres filiales. De surcroît, l’État était pointé du doigt pour avoir fait pâle figure dans sa lutte de tous les jours contre le phénomène de l’économie informelle qui, par ses dépôts clandestins et ses étals anarchiques envahissants, brasse des milliards, en termes de chiffres d’affaire. Tout cela, sans oublier que d’importantes quantités de marchandises et de devises continuent de transiter par les postes frontaliers aérien, maritime et terrestre.

Le oui, mais …

Il est donc clair que toutes les mesures préventives prises par les départements concernés n’ont pas eu gain de cause. Pour espérer arrêter la spirale et restreindre la liberté de manœuvre des contrebandiers, il ne restait plus que le recours au retrait des billets de 50 dinars qui demeurent les plus utilisés dans les circuits clandestins. Bien évidemment, on aurait bien aimé voir l’option adoptée depuis quelques années, surtout qu’elle revenait sans cesse sur les lèvres d’experts et autres économistes avertis. N’empêche que mieux vaut tard que jamais, quand on sait que celle-ci fait déjà grincer des dents dans les milieux de la contrebande qui en furent décontenancés, inquiets qu’ils sont par la «sombre «perspective de voir leur mode opératoire sur le terrain en pâtir.

Il est vrai que les billets de 50 dinars sont considérés comme les plus pratiques, parce que nécessitant moins d’emballage, donc moins de bagages, tout en garantissant une meilleure rentabilité et un gain d’un temps précieux. Maintenant, que feront les trafiquants après la prochaine disparition de ces jolis billets ? Quelle contre -offensive envisagent-ils? Quelle(s)  formule  (s)de rechange adopteront-ils? Seront-ils contraints de jouer à fond la carte du billet de 20 dinars? Ou ont-ils déjà, dans leur style particulier, échafaudé d’autres stratagèmes  (faux billets notamment) qui risqueraient de rendre fugace l’espoir de redresser l’économie du pays?

M.Z.

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse
Charger plus dans à la une

2 Commentaires

  1. chokri M

    15/02/2020 à 13:51

    Bonjour, supprimer les billets de 50D ne changera rien à la situation des trafics et contre bande en Tunisie en effet les trafiquent ont construit un réseau très solide autour d’eux, comme vous l’indiquer dans votre article les ressources de ce trafic sont échanger en devises au marché noir. Je vous invite à votre rendre dans les villages et villes frontalière avec la Libye et l’Algérie, les contre bandiers ont pignon sur rue le carburant importé dans des gericanes par des camions il passe la frontière en arrosant les douaniers, ils arrose les gardes nationale dès qu’ils sont contrôler sur la route, ils vendent le carburant dans des locaux clandestins dans les villes et villages au regard des citoyens et des politiques, ils blanchissent leur argent en achetant des terrains constructibles, construise des commerces ‘café, restaurant…) l’état tunisien fait semblant de lutter contre les trafics mais en réalité il n’en es rien. S’attaquer à la racine du mal sa commence par des contrôles des inspecteurs des finances, des contrôles des douanier qui ferme les yeux sur les passages des camions pour quelques Dinard et dont certains mène un train de vie largement au dessus de leur moyens…

    Répondre

  2. Nasser Aissaoui

    15/02/2020 à 14:52

    Pour que le retrait des 50dt soit efficace, il faut que l’ opération soit trés limitée dans le temps. La BCTdoit s’ activer à retirer les 50dt en un temps ne dépassant pas le trimestre.

    Répondre

Laisser un commentaire