Ennahdha ne conçoit pas qu’Elyes Fakhfakh n’ait pas respecté son poids parlementaire en ne lui attribuant que cinq ministères

Après avoir rencontré Rached Ghannouchi au Parlement, le chef du gouvernement désigné, Elyes Fakhfakh, n’a pas soumis hier la composition de son gouvernement au Président de la République, Kaïs Saïed.

Son projet de gouvernement ne faisant toujours pas le consensus parmi sa ceinture politique en général et auprès d’Ennahdha en particulier, les cartes seront-elles redistribuées ?

En effet, les choix d’Elyes Fakhfakh ne font pas l’unanimité au sein de plusieurs partis politiques qui composent actuellement l’échiquier politique post-élection, et à quelques jours du vote de confiance, on a l’impression que le gouvernement Fafkhakh ne bénéficie pas d’un appui politique assez confortable, en raison notamment d’un différend avec le parti Ennahdha. Actuellement et à la lumière des dernières données disponibles à l’heure où nous mettions sous presse, le chef du gouvernement désigné peut compter sur l’appui du Courant démocratique et du Mouvement du peuple qui ont confirmé leur participation au prochain gouvernement.

En effet, la position du Courant démocratique était, hier, claire : participer au gouvernement Fakhfakh avec trois ministères et lui accorder sa confiance. Cette décision intervenait à l’issue d’une réunion du Conseil national de ce parti qui a tranché après avoir eu les ministères de l’Education, de la Fonction publique, du Développement de l’Administration et de la Lutte contre la corruption et celui des Domaines de l’Etat.  D’après le dirigeant de ce parti Ghazi Chaouachi, le premier département ministériel sera dirigé par Mohamed Hamdi, le deuxième par Mohamed Abbou, alors que le troisième sera chapeauté par lui-même. « Le Conseil national du parti a approuvé ces candidatures à la majorité des voix », a-t-il précisé, soulignant que son parti avait levé des réserves sur certains «indépendants», proposés par le chef du gouvernement désigné.

Idem pour le Mouvement du peuple qui a également annoncé avoir accordé sa confiance au gouvernement Fakhfakh, se contentant de deux portefeuilles ministériels, à savoir le ministère du Commerce accordé à Mohamed Meslini et celui de la Formation professionnelle et de l’Emploi pour Fathi Belhadj. Le mouvement a annoncé également qu’il était en train de vérifier certaines biographies des membres du gouvernement  Fakhfakh sur la base de l’efficacité et de la « propreté des mains », et dans le but de « faire face à la normalisation ».

Ennahdha veut plus !

Mais le plus grand point de discorde qui marque le dernier quart d’heure de ce processus concerne les positions du parti Ennahdha qui, insatisfait, continue à faire le forcing pour obtenir plus de portefeuilles ministériels, mais aussi pour faire participer Qalb Tounès à ce gouvernement. En effet, la colère est évidente au sein du mouvement Ennahdha, principal acteur dans ce processus. D’ailleurs le Conseil de la Choura du parti islamiste a rappelé, hier, au chef du gouvernement désigné à maintes reprises son attachement à un gouvernement d’union nationale incluant Qalb Tounès et la Coalition Al-Karama, n’écartant pas même son retrait de ce gouvernement.

En fait, Ennahdha ne conçoit pas qu’Elyes Fakhfakh n’ait pas respecté son poids parlementaire en ne lui attribuant que cinq ministères. Le porte-parole d’Ennahdha, Imed Khemiri, le président du Conseil de la choura, Abdelkarim Harouni et tant d’autres leaders du parti islamiste ont multiplié, hier, les déclarations pour faire pression sur le chef du gouvernement désigné.

Dans ce sens, Ennahdha peut accorder, ont-ils rappelé, sa confiance au gouvernement Fakhfakh si sa représentativité dans le gouvernement est à l’image de son poids parlementaire et si la ceinture politique est élargie, c’est-à-dire si un gouvernement d’union nationale incluant Qalb Tounès et la Coalition Al Karama est mis en place. Donc, dans le cas où ces deux conditions ne sont pas respectées, Ennahdha pourrait accorder sa confiance au gouvernement sans pour autant y participer, car comme l’expliquait Rached Ghannouchi, son parti ne fera pas tomber le gouvernement Fakhfakh au Parlement.

Qalb Tounès indécis

Même image du côté du parti de Nabil Karoui qui, après avoir été exclu de ce processus, demeure indécis concernant le vote pour ou contre ce gouvernement. C’est dans ce sens que le président du bloc parlementaire de Qalb Tounès Hatem Mliki a affirmé, dans des déclarations médiatiques, que le vote au profit de ce gouvernement se fera en fonction de son programme. « Nous ne sommes pas concernés par la participation au gouvernement Fakhfakh et nous appelons toujours à mettre en place un gouvernement d’union nationale. Néanmoins, c’est le contexte qui définira si oui ou non nous allons voter pour ce gouvernement, ce sera une décision mûrement réfléchie », a-t-il laissé entendre.

Elyes Fakhfakh dévoilera officiellement son gouvernement au grand public aujourd’hui avant de solliciter la confiance du Parlement le 19 février. 

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Un commentaire

  1. Liberte

    15/02/2020 à 10:35

    J’ai demandé le poste du ministre de l’intérieur et on vient juste de me le refuser. Le poste est réservé à un membré d’ENNAHDHA me dit on, par contre le poste du ministre du tourisme ou de la culture est libre.

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