La mer est une source incontournable de richesses et d’emplois, une surface de communication qui permet de répondre aux défis alimentaires et énergétiques, aux besoins du transport et du commerce et aux équilibres climatiques et géopolitiques. La Tunisie s’efforce dans les années à venir à passer d’une économie bleue circonscrite par le sous-développement à une économie bleue créatrice de richesses, d’emplois et génératrice de croissance et de prospérité.

Les principales branches de l’activité économique liée à la mer sont, aujourd’hui, la pêche, l’aquaculture, le tourisme, la plaisance et le nautisme, les transports, le secteur de la construction et des réparations navales, le secteur portuaire, le secteur minier, le secteur des hydrocarbures et des énergies renouvelables, le secteur de la biotechnologie et le secteur de la recherche scientifique et des études exploratoires océanographiques.

M.Ezzedine Kacem, expert maritime international et président du cluster maritime tunisien

La Tunisie, avec sa position au carrefour de la Méditerranée et ses 1.348km de côtes, fut, depuis l’Antiquité, un pays à vocation maritime; la cité phénicienne et punique de Carthage, englobant deux ports combinés, le port de commerce et l’arsenal naval, fut désignée «d’Empire de la mer», compte tenu de la prééminence de son commerce maritime. «Si l’on veut faire renaître ce passé glorieux, il faudra obligatoirement faire participer les privés et aller directement vers la privatisation de tous les métiers de l’économie bleue, en initiant des interconnexions entre les entreprises tunisiennes et étrangères du domaine, des entreprises reconnues pour leur crédibilité et leur efficience», précise M.Ezzedine Kacem, expert maritime international et président du cluster maritime tunisien. L’objectif est de développer la Flotte maritime tunisienne en adéquation avec les besoins et les priorités de notre commerce extérieur. Ainsi, «faut-il négocier avec tous les partenaires maritimes l’incorporation du pavillon tunisien sous le régime d’un pavillon de libre immatriculation. 63% de la flotte mondiale de la Marine marchande navigue sous ce régime en 2013. Il faudra également établir une coordination entre opérateurs du Transport maritime tunisiens et chargeurs de notre pays afin d’augmenter la participation de la flotte nationale au Transport maritime dont dépend notre commerce extérieur», souligne M. Kacem. Il serait aussi nécessaire d’envisager la création d’une Chambre nationale d’affrètement des navires au profit des sociétés importatrices et exportatrices et plus particulièrement les entreprises publiques comme l’Office des Céréales, l’OCT, le GCT, et l’ONH. Le Commandant Kacem a pris l’initiative de programmer, cette année, la signature d’une convention de partenariat entre le Cluster maritime tunisien —dont il est le fondateur—, la Société Setap promoteur du Projet Quai 216 sur l’intelligence bleue en Tunisie et le cluster maritime d’Afrique Francophone Cmaf, qui permettra d’offrir aux acteurs francophones du domaine maritime africain un espace d’échanges et de coordination pour promouvoir dans la région une économie bleue responsable, créatrice d’emplois et d’opportunités de développement durable, sachant que le continent africain compte 38 pays côtiers et 26 milles marins de littoral.

Gestion durable des espaces et ressources maritimes

L’approche de l’économie bleue «doit prendre en compte aussi bien les interconnexions entre les activités économiques et leurs rapports avec les autres secteurs d’économies terrestres que le respect de l’environnement marin pour garantir une croissance en progrès durable d’une part, et d’autre part les missions de service public de sécurité et de contrôle maritimes et de sauvegarde du patrimoine de la mer», ajoute M.Kacem dans une étude publiée par l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) sur «la stratégie durable de l’économie bleue».

L’approche du développement de l’économie bleue proposée dans cette étude se fonde sur la gestion durable de nos espaces et de nos ressources maritimes, avec la création d’emplois comme objectif prioritaire. Elle vise d’une part la gouvernance maritime pour coordonner l’action interministérielle de l’Etat en mer qui fait intervenir plusieurs organismes, administrations ou agences dans le but d’arrêter une stratégie maritime au niveau national.Un plan d’action mer (marin et maritime) est proposé, aussi, afin de mettre en place les politiques publiques associant tous les acteurs concernés pour intégrer l’économie bleue dans nos stratégies nationales. «Ce plan repose essentiellement sur la formation dans les sciences et technologies de la mer et le développement de la construction navale et d’ouvrages maritimes au niveau national».

Le secteur du transport en Tunisie et particulièrement le transport maritime a un impact sur tous les autres secteurs de l’économie nationale, d’où la nécessité de trouver des solutions rapides pour développer et restaurer la flotte de commerce maritime et les ports et répondre aux besoins de développement des échanges commerciaux du pays. Il s’agit, également, de suivre la dynamique de développement rapide des infrastructures maritimes et portuaires dans le bassin méditerranéen.

«Ce constat nous incite à encourager la formation continue universitaire, académique et professionnelle dans les domaines du transport maritime, de la logistique, de l’architecture et de la construction navale et des industries nautiques dans toutes les villes portuaires du pays, dont les exigences de développement dans ces domaines nécessitent à une étude approfondie et une stratégie durable», souligne l’expert. L’étude indique, par ailleurs, qu’en matière de commerce extérieur, le secteur du transport maritime réalise 97 % de nos échanges avec l’étranger à travers les ports nationaux, ce qui montre, sans doute, le grand intérêt de ce secteur vital qui touche profondément la vie quotidienne de tous les citoyens et contribue, à juste titre, au développement économique du pays. Toutefois, «des réformes s’imposent en prévision de la libéralisation des services et dans le cadre de l’encouragement de l’initiative privée qui nécessitent, entre autres, le renforcement de l’infrastructure et la révision des modalités de gestion des ports.

Recommandations

Le développement de l’économie bleue en Tunisie nécessite la concrétisation d’une série de recommandations relatives au développement du transport maritime et à la réforme de la flotte de commerce. En effet, le secteur maritime tunisien est en dessous des espérances et il lui manque une gestion efficace unifiée et centralisée au sein d’une même structure ou une structure de coordination des activités maritimes et un cadre juridique unifié. La Tunisie compte dix-huit (18) ministères, agences et structures étatiques dont les compétences se chevauchent sans coordination. Le secteur clé lié à l’économie bleue est le transport. En effet, 97 % des biens échangés passent par les mers, soit 10,25 milliards de tonnes en 2014, transitant par les ports avant d’être acheminés vers l’hinterland. C’est le mode de transport le moins polluant (3 fois moins que la route et 15 fois moins que l’avion) et le plus économique.

En 2016, le commerce maritime de marchandises a continué de ressentir les effets prolongés du ralentissement économique entamé en 2009, indique- t-on dans un rapport analysant les faits marquants ayant touché le secteur du transport maritime entre janvier 2016 et juin 2017. L’activité est restée sous pression du fait de la faiblesse persistante de la demande mondiale et de l’incertitude résultant de plusieurs facteurs, comme les prix bas des produits de base et du pétrole, l’essor rapide du commerce et la concentration croissante du marché des conteneurs avec la naissance de nouvelles alliances maritimes.

Ports de commerce

Les ports de commerce sont actuellement au nombre de 9 en Tunisie, sachant que le nombre des navires qui ont accosté sur ces ports a atteint 7.871 navires en 2012 et le trafic assuré dans ces mêmes ports a atteint 28,3 millions de tonnes en marchandises diverses dont 540.000 Evp (400.000 Evp en import et 140.000 Evp en export) dont 63% du trafic national en conteneurs et 79% du trafic roulier sont passés par le port de Radès en 2016.

D’où les exigences au développement d’exploitation des ports de commerce qui nécessitent  la restructuration et la rénovation des équipements de manutention dans les ports, en particulier les grues de différentes charges et les bennes de différents volumes et qu’elles soient mobiles sur les rails reliés directement des quais à l’intérieur des ports vers l’extérieur des enceintes portuaires et vers les zones d’activités industrielles et logistiques dans toutes les régions du pays servant en particulier aux transports des conteneurs, du vrac solide et liquide. Ces équipements portuaires et leurs connexions directement avec les voies ferrées vers les zones industrielles et logistiques dans toutes les régions vont permettre de réduire le coût du transport multimodal d’une façon générale sur les marchandises aussi bien à l’import qu’à l’export.

Autant dire que la Tunisie n’a pas investi dans des projets de création de terminaux modernes à conteneurs dans les enceintes portuaires comme elle n’a pas investi en plateformes logistiques à l’extérieur des enceintes portuaires. Depuis de nombreuses années, un déficit se creuse suite aux coûts surélevés de la logistique par rapport aux ports régionaux concurrents, notamment au sud de la Méditerranée et sur la côte ouest de l’Afrique.

La réduction des coûts relatifs au transport maritime, dans le but d’améliorer la compétitivité des produits tunisiens sur les marchés internationaux, passe inévitablement par le lancement d’un important port en eaux profondes de transbordement et d’éclatement qui se positionnera en tant que Global Hub Port en Afrique. En effet, il s’agira d’un projet vital pour le lancement de l’économie nationale.

Décréter une loi pour l’économie bleue

A l’instar des pays à vocation maritime, le premier souci serait de décréter une loi pour l’économie bleue en vue de réformer et de moderniser l’arsenal juridique des activités maritimes, eu égard à la réglementation et aux conventions internationales, plus particulièrement la convention Solas «safety of life at sea», Marpol «Marine Pollution», d’une part, et, d’autre part, d’améliorer la compétitivité de nos activités maritimes et littorales et l’attractivité du pavillon maritime tunisien par la simplification des procédures.

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