Au cours de 2018, pas moins de 2.111 millions de litres d’eau minérale ont été vendus sur le marché par les différentes unités de conditionnement, soit une évolution de 30,7% par rapport à 2017.
Jusqu’à une certaine période, l’eau minérale ne faisait pas partie du quotidien du consommateur tunisien. Elle était principalement consommée par les personnes malades et les femmes enceintes. Mais dès le début des années 1980, un réel changement s’est opéré dans les habitudes des Tunisiens, qui s’est traduit par le recours croissant aux eaux minérales.

Un marché en pleine expansion
La commercialisation des eaux conditionnées a connu son vrai départ au début des années 1980, et au bout d’une trentaine d’années, cette activité a pris son envol à l’échelle internationale pour être considérée, aujourd’hui, comme l’une des principales sources de revenus pour les unités de boissons gazeuses.
Selon des statistiques officielles, depuis 2008, la vente des eaux conditionnées a enregistré une croissance annuelle de 6% contre 1,3% seulement pour les boissons gazeuses. A titre d’exemple, en France, la commercialisation des eaux conditionnées a connu une évolution de 5,4% en 2015, soit le taux le plus élevé depuis 15 ans, dépassant à cet effet celle des boissons gazeuses. Cette activité accapare une part de 21% du volume global des boissons non alcoolisées en France.
Par ailleurs, pour des centaines de millions, les eaux conditionnées sont devenues, aujourd’hui, un besoin et une nécessité vitale. Entre 2010 et 2015, la consommation de ce produit a été presque doublée en Chine pour passer de 23 à plus de 42 milliards de litres selon les données publiées par Euromonitor International, un bureau d’études international spécialisé dans les marchés. D’autre part, la société Canadian prévoit une augmentation continue de la consommation des eaux conditionnées à l’échelle internationale, ce qui fait de ce secteur l’une des activités les plus prometteuses dans le monde.

Des chiffres rassurants…
La Tunisie n’a pas fait exception à cette règle et suit depuis des années une tendance ascendante dans ce secteur. Selon les chiffres avancés par l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie (Onth), la création de la première unité de conditionnement des eaux a vu le jour en 1963. Un chiffre qui a fortement évolué pour atteindre 4 en 1977, contre 6 en 1989 et 28 unités de conditionnement en 2018 qui sont localisées sur 12 gouvernorats dont la majorité se trouve à l’intérieur du pays.
Les performances du secteur en 2018 se confirment et se résument en quatre chiffres importants; on a enregistré 2.111 millions de litres d’eau minérale vendus sur le marché par les différentes unités, 1.293 millions de bouteilles d’eau vendues, 192 litres d’eau minérales consommées par an et par habitant et la Tunisie est classée au 5e rang mondial sur le plan de la consommation individuelle par tête d’habitant.
Toujours en 2018, le top de vente est enregistré pendant les mois du juin (165,02 millions de litres), juillet (167.02 ML), août 168.54 (ML) et septembre (166,5 ML). Idem pour les bouteilles : 113,6 millions de bouteilles ont été vendues pendant le mois de juin, contre 113,9 en juillet, 114,3 en août et 115,07 en septembre.
«Depuis sa privatisation, le secteur des eaux en bouteille a connu une évolution rapide. En terme d’unités de conditionnement, on a enregistré un taux d’évolution de 163% entre 2000 et 2018. Pour la vente, on a enregistré un taux d’évolution de 627% pendant la même période. Mais le chiffre le plus important était au niveau de la consommation individuelle qui a connu un taux d’évolution de 562% entre 2000 et 2018», indique Rzig Oueslati, directeur général de l’Onth qui ajoute que l’évolution des ventes en millions de litres entre 2017 et 2018 a connu un taux de 30,7%, contre 30,76% pour celle de la consommation individuelle.

Quel impact économique ?
Les principales activités économiques en rapport avec le secteur des eaux conditionnées en Tunisie se rapportent aux domaines suivants : la mise en bouteille dans les unités, le transport à partir de l’usine, le dépôt et stockage (dépositaires) et les ventes en détail.
Pour le secteur de la mise en bouteille d’eaux conditionnées, on enregistre un chiffre d’affaires de 782 millions de dinars en 2018 et la création de 3950 postes d’emploi en 2018. Pour le transport, le chiffre d’affaires a atteint 41 millions de dinars, soit 7% du total du secteur, avec 200 postes d’emploi générés. Quant au dépôt et stockage, on enregistre un chiffre d’affaires de 58 millions de dinars (soit 10% du total du secteur) et 300 postes d’emploi. Finalement, pour la vente en détail, le chiffre d’affaires enregistré est de 100 millions de dinars (soit 18%) avec la création de 500 postes d’emplois, toujours en 2018.
Pour les investissements, durant la période 2010-2015, plus de 103 millions de dinars ont été injectés dans ce secteur. En 2018, 86.7MDT ont été investis entre travaux de rénovation et d’extension (1MDT) et travaux de création de nouvelles unités (85.7 MDT). Les investissements projetés en 2019 dans le secteur des eaux conditionnées sont de l’ordre de 12.3 millions de dinars qui sont répartis comme suit: 4.2 MDT pour la réouverture de l’unité Malina-Siliana et 8.1MDT pour la nouvelle unité Sidi Bouzid «Didon Alissa».

Des faiblesses et des points forts
Pour les investissements prévus après 2019, suivant les demandes d’investissements instruites auprès de l’Onth, au-delà de l’année 2019, 13 nouvelles demandes d’investissement dans le secteur ont été d’ores et déjà examinées par la Commission des eaux conditionnées (Copec) qui seront implantées dans 10 gouvernorats à savoir Kairouan, Le Kef, Béja, Zaghouan, Mahdia, Sousse, Siliana, Sidi Bouzid, Ben Arous, Tataouine.

Malgré un fort potentiel et une évolution continue, le secteur des eaux conditionnées rencontre, aujourd’hui, des problèmes qui empêchent son développement. On cite l’absence de mesures réglementaires définissant la concrétisation des périmètres de protection, le contrôle de la qualité qui est basé sur le produit et non sur l’analyse et l’évaluation des risques et l’exportation des eaux conditionnées en raison de l’absence d’un programme d’exportation malgré quelques initiatives.
Mais de l’autre côté, il y a des points forts qui ont été constatés. On enregistre un riche potentiel de ressources en eaux minérales, un cadre institutionnel et législatif favorable, une demande locale sans cesse croissante, une bonne appréciation de la qualité des eaux, un marché caractérisé par une offre de produits assez diversifiée et une communication de plus en plus agressive, des prix assez compétitifs, le développement d’une expertise tunisienne dans le domaine.
«Malgré les performances enregistrées, le secteur des eaux conditionnées fait face aujourd’hui à un certain nombre de défis sérieux qui menacent son avenir, une fois que la qualité des eaux commercialisées a été touchée. Donc, l’une de nos priorités est et restera la mise en œuvre de la politique du gouvernement dans le secteur en matière d’études et encadrement, promotion et développement du secteur, d’encouragement de l’investissement et de la coopération internationale. Il est également de notre devoir de mettre en place un système de sécurité sanitaire du produit, de gérer et maîtriser les techniques de traitement utilisé dans le secteur des eaux embouteillées et de mieux maîtriser les dangers liés aux interactions contenu/contenant», conclut Oueslati.

 

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