En dépit de l’omniprésence des institutions financières comme les banques ou la poste, qui sont présentes dans toutes les régions du pays, le taux de la population bancarisée ou financièrement active est faible.

«Il y a une prise de conscience généralisée, quant à l’importance de l’inclusion financière dont la BCT s’y intéresse beaucoup. Ainsi, dans le cadre d’une stratégie élaborée en partenariat avec le ministère des Finances, nous avons engagé plusieurs mesures pour accélérer l’inclusion financière en Tunisie», a souligné le gouverneur de la Banque centrale (BCT), Marouen Abassi, dans son intervention lors de la conférence sur les enjeux et les défis de l’inclusion financière, tenue à Tunis par la Chambre nationale des femmes chefs d’entreprise (Cnfce) relevant de l’Utica. Abassi a ajouté que dans l’objectif de pallier le retard d’adoption par l’ARP de la loi relative à l’inclusion financière, la Banque centrale a recouru aux nouvelles technologies, notamment les Finetech et le digital paiement. «On a vu réussir ces solutions dans plusieurs pays d’Afrique, notamment dans les zones rurales», a affirmé le gouverneur de la BCT. Et d’ajouter qu’en dépit de l’omniprésence des institutions financières comme les banques ou la poste qui sont présentes dans chaque région du pays, le taux de la population bancarisée ou financièrement active est faible. 

Il a expliqué, à cet égard, que la circulaire  des établissements de paiement a été érigée par la Banque centrale  en solution urgente pour accélérer l’inclusion financière, notamment des couches vulnérables. C’est dans ce contexte qu’il a annoncé que les premiers établissements de paiement agréés verront le jour dans les jours à venir. «Un établissement de paiement n’est pas une banque, c’est une institution qui permettra aux exclus du système bancaire d’y accéder à travers ces établissements là. Ce sont des institutions qui vont absorber le cash au niveau de l’économie et de le ramener au niveau de l’économie formelle», a-t-il expliqué. 

Par ailleurs, le gouverneur de la Banque centrale a rappelé que toutes les opérations de change sont autorisées pour les start-up labellisées Start-up Act. 

Difficultés d’accès au financement 

De son côté, la présidente de la Cnfce, Leila Belkhiria, a mis l’accent sur «l’inadéquation entre l’offre et la demande financières impliquant des insuffisances pour l’entrepreneuriat féminin». Elle a expliqué que plusieurs obstacles sont à l’origine de la difficulté d’accès au financement pour les femmes cheffes d’entreprise, à savoir l’exigence par les institutions financières de  garanties aux femmes alors que la majorité des femmes n’ont pas de propriétés leur permettant de présenter ladite garantie, la lourdeur des procédures, le taux d’intérêt et le coût élevé. 

En outre, Mme Belkhiria a brièvement évoqué les résultats d’une étude réalisée par la Cnfce en partenariat avec l’Organisation internationale du travail (Oit) et qui a présenté l’état des lieux du financement des femmes cheffes d’entreprise en Tunisie. Selon Belkhiria,  l’étude a révélé que les institutions financières n’ont pas d’approche axée sur le genre. Plus de 64 % des femmes cheffes d’entreprise interrogées considèrent que le financement est une problématique majeure lors de la création de leurs entreprises. Environ 60% du tissu de l’entrepreneuriat féminin opère dans le secteur du service et près de 80% des entreprises féminines ont un effectif inférieur à trois personnes. Elle a appelé, en outre, les organismes financiers à se rapprocher davantage de la clientèle féminine, et ce,  en étant à leur écoute et en se servant des nouvelles technologies, notamment les Finetech pour offrir des solutions plus accessibles et à moindre coût.

 

Résultats d’une étude sur l’inclusion financière
Lors de la conférence, le gouverneur de la Banque Centrale a étalé, brièvement les résultats d’une étude sur l’inclusion financière réalisée en 2017 par la BCT. C’est une enquête qui a touché plus de 7.000 ménages, outre un échantillon de TPE. Parmi les principaux résultats, on cite : un faible niveau d’activité financière observé particulièrement chez les bas revenus et chez les femmes qui sont respectivement 3% et 6% à enregistrer au moins trois transactions par mois.  L’étude a également révélé que les femmes ne sont pas bancarisées : seulement 51% des femmes tunisiennes sont clientes d’une institution formelle contre 71% pour les hommes. Seulement 21% des hommes utilisent un moyen de paiement autre que le cash au moins une fois par mois, ce chiffre est revu à la baisse pour les femmes pour atteindre les 13%. Les femmes et les jeunes sont les couches sociales qui utilisent le plus de moyens de paiement qui ne leur appartiennent pas personnellement. Au niveau des connaissances financières qui ont été évaluées grâce à un test inspiré d’une enquête de la Banque mondiale, on trouve que les Tunisiens ont obtenu une moyenne de 3,1 sur 7. La moyenne pour les bas revenus est de 2,7 sur 7 contre 4,4 sur 7 pour les hauts revenus. Pour les femmes, la moyenne des réponses est de 2,9 sur 7 contre 3,3 pour les hommes. M.S.

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