Hayet Meddeb-Gasmi présentera, dès vendredi 3 Mai 2019, une grande rétrospective de ses œuvres peintes au Palais Khereddine, dans la médina de Tunis. C’est une artiste au long cours et une artiste marginale qui a su, durant près de quarante ans, être fidèle à son parcours et son style «berbère naïf» plein de privilèges traditionnels: vivacité des couleurs, fantaisie des compositions, exubérances, imagination vagabonde, audaces.
Cette longue «traversée» date depuis la fin des années soixante-dix quand la peinture tunisienne se cherchait encore entre la puissante Ecole de Tunis et la génération de plasticiens qui échafaudaient leurs structures (collectifs et groupes issus de l’Ecole des beaux-arts) pour un art nouveau et conceptuel pour se démarquer de la peinture coloniale et entrer de plain-pied dans la modernité.
Hayet Meddeb-Gasmi aura été le témoin de toutes ces années de surenchères en se sentant libre et insoumise au diktat de l’académisme comme des recherches effrénées et des baptêmes de l’art, de nouveau influencés par les courants éphémères de l’Occident et qu’elle trouvait inadaptés au milieu socioculturel de la Tunisie d’alors.
Fidèle à elle-même, solitaire, les regroupements de la peinture naïve, elle s’en méfiait. Comme Beya la Marocaine ou d’autres artistes primitivistes ou brutalistes, elle s’était mise à décrypter en souvenir de sa prime jeunesse de Béja —campagnarde de Sminja— les us et coutumes de son milieu. Et c’est de cette jonction de nature-culture qu’allait s’élaborer son travail pictural, jusqu’à ce jour d’ailleurs.
C’est ainsi qu’elle s’était mise à peindre comme par enchantement (de par son éducation première à l’école) en n’oubliant pas que le travail agricole sur les terres de son propre père allait lui procurer les subsides pour devenir cette artiste à temps complet qui se manifeste jusqu’à ce jour. Elle déclare en ce sens : «Je suis fière d’avoir les mains rudes en tant que simple ouvrière sur nos propres terres (…)
Cela me permettait d’assurer mes voyages à l’étranger et même qu’avec mon frère unique Rafik, nous avons fait presque le tour du monde».
Ses nombreuses expositions tant en Tunisie qu’à l’étranger — même à Washington —, son appartenance à l’Union des plasticiens tunisiens et du syndicat vont lui permettre d’être plus libre encore et de gagner en renommée internationale dans le monde arabe aussi où elle obtient de nombreux prix pour ses hautes valeurs artistiques et originales.
Depuis quelques années déjà, elle a créé sa propre école du «Berbère-naïf» à Béja où elle possède une fondation regroupant des œuvres par centaines et dont certaines figurent à cette rétrospective au palais Khereddine sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain volet.

B.B.N.

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *