Ingénieurs, chercheurs et médecins ont bel et bien quitté la Tunisie ces derniers temps, faisant perdre au pays son réservoir de compétences et de cerveaux, tant ces deniers n’arrivent, malheureusement, plus à trouver un emploi rémunéré convenablement en rapport avec leurs compétences professionnelles.

Le phénomène de la fuite des compétences semble s’accroître d’une année à l’autre, suite au départ de plusieurs cadres à l’étranger où ils sont reçus avec diligence et empressement. Il s’agit, incontestablement, d’une perte des gisements de matière grise pour notre pays qui est confronté à une incapacité de fournir un emploi à ses ressources humaines  souvent hautement qualifiées.

Le cas du docteur Bilel Hamdi, ingénieur originaire de Ksour ville au sud du Kef, représente un exemple édifiant qui nous permet de comprendre le pourquoi de ces départs massifs de nos cerveaux vers l’étranger. Il explique, la mort dans l’âme et avec un sentiment de désespoir, sa décision de quitter le pays par la situation de chômeur qu’il vit depuis quatre années. Il ira bientôt en Belgique où il a été admis à l’université de Louvain pour effectuer un travail de recherche post- doctorat en tant que chercheur hautement qualifié, notamment pour approfondir ses travaux sur la modularisation des circuits périodiques  et apériodiques alimentés par des sources aléatoires, un projet de recherche qui lui a permis, dans un premier temps, d’agrandir les spectres d’antenne et de rendre les réseaux plus denses

Pays d’accueil : des compétences tunisiennes accueillies à bras ouverts
D’autres cadres de la région ont, à leur tour, quitté le pays pour aller travailler en France, au Canada ou en Allemagne, pour ne citer que ces pays-là, où ils sont cependant accueillis à bras ouverts. L’Association des professionnels des ressources humaines Tunisie a d’ailleurs reconnu, dans un rapport récent, que 94 mille compétences ont quitté le pays ces six dernières années dont 4000 enseignants universitaires alors que près de la moitié des jeunes médecins parmi les inscrits au conseil de l’Ordre des médecins a, à son tour, hissé la voile, illustrant ainsi la mauvaise place qu’occupe la Tunisie dans le rapport global sur l’indice de la compétitivité des talents dans le monde qui classe notre pays au 83e rang, sur 117 pays recensés, en matière de compétitivité des talents.

Haykel, ingénieur docteur en agronomie, originaire de Sakiet Sidi Youssef, a, lui aussi, quitté le pays depuis plusieurs années et s’est installé avec sa famille au Canada où, a-t-il reconnu, il a une situation confortable. Il admet qu’il a échappé à la misère et au chômage qu’il n’a pu supporter en Tunisie, alors que ses deux autres frères, tous deux ingénieurs et sa sœur, médecin dentiste spécialiste en parodontologie se sont installés en France.

Insécurité et détérioration du pouvoir d’achat
Même si encore, ce sont les considérations professionnelles qui arrivent en tête des préoccupations de ceux qui ont quitté le pays, certains  justifient leur désir de partir par l’insécurité et la détérioration du pouvoir d’achat et de la qualité de la vie dans le pays.
Plusieurs jeunes ayant quitté le pays pour des études universitaires à l’étranger  ne sont plus revenus au bercail et affirment même vouloir s’installer définitivement dans le pays d’accueil car ils s’y sentent en sécurité d’autant plus que les choses vont de mal en pis dans leur pays d’origine. C’est l’avis d’Amir, un jeune parti depuis 2016 en Allemagne pour suivre des études techniques. Ce dernier qui reconnaît avoir fui le chômage déplore le fait que les perspectives et les opportunités d’emploi sont très faibles sinon quasiment inexistantes pour des jeunes diplômés brillants comme lui qui ont choisi de s’envoler vers d’autres cieux et de tenter leur chance à l’étranger. Il y a lieu de souligner que dans les régions de l’intérieur, le taux de chômage a dépassé les 30%. Ce taux est plus élevé pour certaines filières pour lesquelles il n’y a plus d’espoir de trouver d’emploi à l’instar des sciences humaines.

Même si, pour l’Etat le départ de ces jeunes partis chercher un emploi à l’étranger est synonyme de rentrée de devises, ces départs massifs de nos compétences à l’étranger représentent une grande perte pour «les universités dont les laboratoires sont en train de se vider», comme l’a si bien affirmé l’ingénieur Bilel Hamdi. Le gouvernement doit trouver des solutions pour retenir une élite qui lorgne de plus en plus les contrées où l’herbe est plus verte.

Jamel TAIBI 

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