Grand amoureux de la Tunisie, Laurent Collet, maître de conférences HDR à l’Université de Toulon et vice-président du RUN (Réseau universitaire de création numérique), était parmi nous, à Tunis, pendant quinze jours, et ce, afin de monter des projets et de développer la coopération entre la Tunisie et la France dans les domaines de l’enseignement supérieur et de la culture.Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, un des plus grands spécialistes en storytelling transmédia, Laurent Collet vient offrir son expertise pour la création de structures de recherche scientifique et pédagogique, mais également pour aider à la valorisation du patrimoine à travers des techniques nouvelles.Entretien.

Le stroytelling transmédia est une technique assez nouvelle en Tunisie. Pouvez-vous nous en parler davantage ?
Le stroytelling transmédia dans le secteur des industries culturelles permet de raconter une histoire sur plusieurs supports et aux spectateurs de vivre différemment la culture. Mais c’est également une nouvelle manière de penser la communication marchande en cherchant à faire vivre une expérience narrative au consommateur de manière à mieux le faire adhérer à des produits et services industriels. Le terme storytelling transmédia, quant à lui, a été créé par Henry Jenkins à la fin des années 90, aux États-Unis, afin de désigner les nouvelles stratégies industrielles d’Hollywood pour valoriser leurs productions culturelles. C’est la traduction de son livre « La culture de la convergence » qui l’a fait connaître en France dans les années 2000.

Comment cette stratégie peut-elle être au service de la valorisation de la culture et du patrimoine ?
En réalité de deux manières. La première est de donner vie aux lieux de mémoire (musées, ruines, monuments historiques…) en créant des parcours et des histoires en lien avec le patrimoine immatériel. La seconde est d’exploiter les produits et services numériques existants (en l’occurrence les réseaux sociaux) de manière à attirer un plus grand nombre de publics.

Que pensez-vous de ce que fait la Tunisie dans le domaine de la valorisation du patrimoine?
La Tunisie fait énormément de choses dans ce domaine-là. Le problème est qu’elle attire des touristes plus intéressés par les stations balnéaires que par l’Histoire. De même, les jeunes tunisiens comme n’importe quels jeunes de n’importe quel pays s’intéressent beaucoup plus aux jeux vidéo, au football et aux productions culturelles américaines qu’à leur propre histoire. L’enjeu est, donc, de valoriser le patrimoine autrement en proposant une expérience ludique à vivre. Sur ce point-là, la Tunisie peut et doit progresser.

Mais d’aucuns pourraient dire que c’est dévaloriser le patrimoine en le traitant d’une manière ludique. Qu’en pensez-vous ?
Oui c’est vrai, mais tout dépend des choix narratifs des concepteurs. S’il s’agit de faire vivre les situations des époques anciennes, c’est plutôt un plus ; car nous pouvons inscrire le patrimoine immatériel dans le patrimoine matériel. Si c’est pour simplement s’amuser, cela n’apporte quasiment rien au public à mon sens. Autant le laisser s’amuser sur les plages ou dans les piscines privées des hôtels.

Vous connaissez très bien la Tunisie pour l’avoir visitée plusieurs fois. Vous connaissez aussi une grande partie de ses sites archéologiques et patrimoniaux ainsi que son potentiel en ressources humaines. Est-ce qu’il est vraiment possible actuellement d’y développer le storytelling transmédia pour le patrimoine ?
La Tunisie possède de très bons techniciens et ingénieurs notamment en informatique. Elle possède aussi beaucoup de richesses historiques à valoriser. Il ne lui manque que des concepteurs rédacteurs à même d’élaborer des stratégies de storytelling transmédia et c’est à quoi nous travaillons actuellement avec quelques universités et structures officielles tunisiennes.

Pouvez-vous nous parler justement des projets en cours ?
Rien n’étant encore signé, je ne peux rien développer. Ce que je peux dire, c’est qu’il s’agit de projets très intéressants et très innovants en matière de recherche, de formation et de production. Des projets en collaboration, bien entendu, avec l’Université de Toulon.

Le mot de la fin ?
Tout comme Carthage ne s’est pas fait en un jour, il faudra du temps pour former de futurs professionnels tunisiens à même de valoriser autrement le patrimoine. Ceci dit, je suis très optimiste quant à l’avenir de la Tunisie dans ce domaine.

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