Les enfants à haut potentiel et qui présentent un QI supérieur à la normale trouvent énormément de difficultés à entrer dans le moule et à s’adapter au système éducatif classique. Ils nécessitent un accompagnement et une prise en charge adaptée à leurs spécificités
La crise que traverse l’enseignement et le système éducatif national fragilise l’intégration des enfants surdoués dans les classes tunisiennes qui y vivent les pires difficultés. L’Association tunisienne d’encadrement éducationnel des surdoués avec à sa tête le président M. Youssef Marouani en connaît un rayon sur les spécificités du parcours scolaire complexe de ces enfants qui ont une intelligence supérieure à la normale. C’est dans la douleur qu’ils prennent place sur les bancs de l’école à cause de leur sentiment d’ennui en classe et pour bien d’autres raisons encore. Mme Ilhem Barboura, inspectrice générale au ministère de l’Education nationale, a pris à bras le corps le dossier des enfants surdoués dans les écoles tunisiennes sur instructions du ministre de l’Education nationale, Hatem Ben Salem. D’un autre côté, les témoignages de mères de surdoués ont permis de rendre compte du vécu difficile des surdoués qui doivent assimiler les connaissances le plus souvent dans la contrainte car ils se sentent incompris. Le rôle de l’entourage et de la famille dans le quotidien scolaire de leurs enfants pour la performance devient primordial à cause d’une absence de valorisation de la part de l’Etat pour les cas atypiques comme les surdoués. Quel est le nombre d’enfants surdoués ? Où sont-ils scolarisés ? Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent dans leur cursus ? Il faut dire qu’ils ont du mal à s’intégrer et à s’adapter au système éducatif classique car les programmes scolaires qui correspondent à leur niveau leur paraissent trop simples et trop faciles par rapport au haut potentiel dont ils disposent qui leur permet d’aborder et de traiter des questions complexes. Certains ont dû, d’ailleurs, sauter de classe sans pourtant obtenir forcément de bons résultats scolaires. Quelle est l’attitude des enseignants à leur égard et comment se comportent-ils avec eux ? L’absence de classes spécialisées par niveau et d’établissements spécialisés dans la prise en charge des élèves surdoués est à signaler. On comprend que les enfants précoces ont beaucoup de problèmes pour mener à bien leur vie scolaire. Fondée en 2007, l’Association tunisienne d’encadrement éducationnel des surdoués milite pour défendre la cause des enfants surdoués. Le président Youssef Marouani a affirmé que des progrès ont été réalisés au cours des deux dernières décennies dans ce dossier longtemps relégué  aux oubliettes par notre système d’éducation depuis l’indépendance même si notre pays a été en quelque sorte un précurseur quand il y a eu la création des premiers lycées pilotes en 1983. L’expérience des lycées et collèges pilotes est aujourd’hui dépassée parce qu’elle est restée figée et appelée à être repensée. Youssef Marouani affirme d’emblée : « Quand on a créé l’association en 2007, on ne parlait presque jamais des enfants surdoués. Leur prise en charge et leur accompagnement n’ont pas été intégrés dans le cursus de formation des enseignants, des psychologues et des pédopsychiatres». Et de poursuivre: « Nous constatons aujourd’hui un engouement sans précédent pour cette problématique, compte tenu de l’angoisse des parents et des enseignants en particulier. Soyons lucides, il n’y a pas de modèle parfait pour l’encadrement des enfants à haut potentiel à copier ou calquer car chaque pays a ses propres spécificités en matière d’enfants à haut potentiel. Nous devons être créatifs pour élaborer une stratégie innovante d’accompagnement de ces enfants en tenant compte de toutes les imperfections des modèles en place dans les différents pays».

Valoriser le potentiel des enfants à haut potentielLes problèmes des surdoués ne sont ni physiques ni scolaires. Ils sont mis dans des conditions sociales et scolaires qui ne répondent pas à leurs besoins. Ce sont des enfants à haut(s) potentiel(s) variés. Il y en a qui arrivent à tirer les ficelles mais il il y en a d’autres qui ont des résultats catastrophiques. Le risque de décrochage scolaire est élevé pour ces derniers. Par contre, des pays comme l’Irak, le Soudan ou la Jordanie ont enregistré des succès dans la gestion des surdoués. Malgré l’absence de données statistiques sur la Tunisie, nous nous référons à celles internationales : le pourcentage d’enfants surdoués dans chaque société oscille entre 2,3% à 5 % d’après certaines études. La Malaisie, la Corée du sud, le Canada anglophone ont des expériences qui méritent notre attention. « Il faut défendre la cause de ces enfants. La toute récente conférence sur la thématique des enfants surdoués en milieu scolaire a constitué un événement historique à travers la contribution de l’association scientifique l’Atees», se félicite Youssef Marouani. Le 26 mars, une convention bilatérale a été signée entre le ministère de l’Education nationale et l’Atees. L’association détient les compétences et l’expérience nécessaire pour aider le ministère à prévoir un plan par étapes pour valoriser l’intelligence humaine. La définition de l’intelligence et du haut potentiel est à repréciser pour élaborer une stratégie cohérente et digne de ce nom et qui s’adapte aux spécificités de notre pays.Il y a différentes formes d’intelligence qu’il faut évaluer pour reconnaître un enfant surdoué. Il y a l’intelligence intellectuelle, l’intelligence musicale, l’intelligence sportive. Il peut y avoir des capacités et des aptitudes pour faire différentes activités comme la musique. « Le futur footballeur surdoué a une maîtrise spéciale de son corps et de l’espace. Il peut avoir des difficultés en mathématiques sans pour autant l’empêcher de devenir un grand sportif. Il peut également devenir romancier. L’intelligence spatiale est l’apanage des architectes par exemple ». L’intelligence dominante doit être préalablement déterminée. Il affirme avec éloquence : « Chaque enfant a sa place dans la vie».

Identifier un enfant surdoué
L’identification d’un enfant à haut potentiel se fait selon une méthode qui est le diagnostic clinique (ou évaluation qualitative), posé par un spécialiste capable de reconnaître un haut potentiel. Il repose sur l’observation du mode de pensée et des caractéristiques propres au surdoué. Le diagnostic clinique en tant que méthode d’identification se heurte à une évidence : la méconnaissance du phénomène parmi les professions concernées est à l’origine d’un manque criant de spécialistes en Tunisie. Médecins, psychiatres et psychologues ignorent souvent tout de cette particularité et sont plus prompts à diagnostiquer des «troubles» qu’une «autre forme de normalité». Le test de QI ne devrait être utilisé que pour confirmer le diagnostic clinique («ce n’est pas le QI qui fait le HP»). Malheureusement, l’ignorance susmentionnée conduit souvent à ne s’en remettre qu’à ce seul test pour établir, une fois pour toutes, la condition de haut potentiel ou non, avec les mauvais diagnostics et les conséquences qui en découlent.

Un QI supérieur à 120
Si le seuil habituellement retenu est de 130 (2,1% de la population), on commencera généralement à suspecter un éventuel don vers 125 (5% de la population), voire 120, pour tenir compte de la marge d’erreur du test. Il convient toutefois de rester prudent : un enfant (ou un adulte) peut parfaitement «sous-performer» au test, parce que son profil est «dysharmonique», parce que le stress l’empêche d’exprimer tout son potentiel ou parce qu’il s’ennuie tout simplement ce qui le conduit à « bazarder » le test. Le danger est alors d’être provisoirement ou définitivement classé «non HP» et de chercher ailleurs les causes d’un perpétuel décalage. Il est donc de la plus haute importance de s’adresser, dans la mesure du possible, à un vrai spécialiste.Les surdoués disposent d’un quotient intellectuel élevé et un potentiel supérieur d’intelligence. Le langage, la lecture  et l’écriture à un âge précoce bien avant de démarrer le cursus scolaire, le regard perçant sont les premiers signes. Le surdoué pose beaucoup de questions avec une curiosité sans bornes. Il aime l’astronomie, la géographie, les connaissances de l’espace et du cosmos et l’atlas. Quand il va à l’école, il a l’impression de redécouvrir des connaissances qu’il a acquises par sa propre curiosité. Ce qui peut l’ennuyer et déclencher un comportement atypique. Il peut y avoir un cercle vicieux qui se crée dans la relation avec les enseignants et les parents vexés par l’intelligence supérieure du surdoué. « L’élève mal dans sa peau peut devenir idiot à cause de l’absence d’encadrement spécifique». Il faut sauver la génération de génies naissante pour développer un capital humain à haut potentiel à l’avenir.

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