Dans ce second volet consacré encore à l’anthropologue Marcel Maussy (*), nous allons parler du «mana», une notion ou plutôt une expression de la magie que ce chercheur avait rencontré dans des groupes ethniques du côté de la Mélanésie au début du siècle dernier; ce vocable de mana est commun à toutes les langues mélanésiennes proprement dites et même à la plupart des langues polynésiennes selon l’auteur.

Aujourd’hui, à plus d’un siècle passé, nous avons consulté le Net pour nous apercevoir que ce phénomène de croyances est encore répandu malgré les menaces des effets de la mondialisation  et de la globalisation!

Le mana, comme substantif et adjectif
Dans la langue arabe il est l’équivalent du vocable «baraka» mais non soumis à la foi religieuse monothéiste mais plutôt panthéiste lié en cela  à des croyances et des survivances millénaires…

Ainsi, le mana n’est pas simplement une force ou un être. C’est encore une action, une qualité, et un état d’esprit (on ne peut pas le dire de l’homme). En d’autres termes, le mot est à la fois un substantif, un adjectif et même un verbe. On dit d’un objet qu’il est mana, pour dire qu’il a une qualité magique. Et dans ce cas, il est une sorte d’adjectif. On dit d’un être, esprit d’homme, pierre ou rite, qu’il a du mana, le «mana de faire ceci ou cela». On emploie le mot mana aux diverses formes des diverses conjugaisons. Il signifie alors avoir ou donner du mana. Il subsume et possède un pouvoir de sorcellerie, la qualité magique d’une chose, être incanté, agir magiquement.

Le mana : qualité, substance, activité
Comme nous pouvons le voir schématiquement, l’idée de mana est trouble, obscure, vague et, ce faisant, d’un emploi étrangement déterminé. Elle est, comme le dit si bien Marcel Mauss, «abstraite, générale et pleine de concret». La nature primitive du mana  nous interdit d’en faire une analyse logique. Nous devons nous contenter de la décrire. Car le mana s’étend à des rites magiques et religieux, à l’ensemble des intervenants. Ce vocable de mana s’est répandu dans toutes les sphères du globe en changeant de nom. Il est assujetti à des positions sociales des individus qui, en raison de l’importance directe de leur mana, ont créé une société secrète. Il est à la fois qualité, substance et activité.

D’abord et du point de vue de la qualité, on le décrit comme un mana puissant et lourd. Il est indélébile, chaud et résistant. Ensuite, la substance, qui est une essence maniable, ne peut l’être auprès de personnes non qualifiées. Il est par nature transmissible et donc contagieux. Ce mana-là est matériel, on le voit, on le touche. Il fait du bruit dans les feuilles comme le vent. Il s’échappe sous la forme de nuages, de flammes.

Le mana se spécialise même. Il a du mana à rendre riche ou pauvre. Enfin, les esprits de la nature sont essentiellement doués de mana. Mais toutes les âmes des morts ne le sont pas. Ceux-là seuls, dont le mana s’est manifesté dans leur vie, feront des miracles après leur mort. Oui, partout dans le monde, le mana entre en action selon les rituels propres à chaque géo-culture.

Par exemple, les chaînes satellitaires du monde arabe, d’Amérique ou d’Asie — même en Tunisie, par les temps qui courent — , que ne font-elles du «mana» (parfois un pseudo mana) pour guérir des êtres qui ont un mauvais mana, les marier, leur donner des baumes pour atténuer leurs souffrances ici-bas. Et à quel prix, chers lecteurs…

Bon dimanche.

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(*) Voir notre chronique de dimanche dernier au sujet du «Don et des présents dans les sociétés archéologiques»

Par Bady BEN NACEUR

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