Une création, enfin, à la Cité de la culture: «le journal», opérette de Khaled Slama et de Mouldi Hassine. Entière et nouvelle. Jeune, qui plus est, tout jeune : texte, musique, voix et poésie. On en a beaucoup parlé au lendemain de la première, jeudi 18 avril, au théâtre des régions. La critique, du moins le peu qui s’en trouve, a obtempéré, voire accueilli à bras ouverts. Rappelons, insistons : ainsi s’ébruitent les choses de l’Art désormais, c’est une «Com» dans le meilleur des cas, au pire c’est de la «promotion». Très peu, sinon jamais, de commentaires «à rebours». D’«a contrario».

L’essentiel de ce qui s’est écrit et dit du travail ? Un retour sur thème, presque partout. «Une jeunesse en butte aux difficultés qui se livre en chant… mais sur une trame d’amour, d’espoir et de confiance en soi…». Sur la musique, sur l’exécution orchestrale, sur l’interprétation soliste et chorale, quasiment rien. En cherchant bien, peut-être les lieux communs que tout le monde sait, ceux que Kundera qualifiait d’«incontournables platitudes de la critique musicale». Un peu les «beau», les «pas beau», et c’est tout.

Ce «journal» de Khaled Slama et de Mouldi Hassine valait sûrement un décryptage.

C’est une opérette, et le plus important à juger dans une opérette ce sont les textes, les compositions, ce sont les interprétations, ce sont les chants. Comment réduire tout ça à une «appréciation globale», à des impressions, des clichés comme certains l’ont fait ?

Les compositions de Khaled Slama manquaient à notre avis d’«attrait» mélodique. Les mélodies peuvent, sans doute, faire défaut aux opéras, œuvres plus théâtrales, plus expressives, plus élaborées, généralement empreintes de rigueur, d’«austérité». Mais elles sont les épices de la comédie musicale et de l’opérette. Leurs motifs, dit la critique anglaise, «constituent des hameçons propres à fidéliser les larges publics».Dans «le journal», le souci du «dialogue» nous a semblé venir «en travers» du simple (et nécessaire) plaisir du chant et de la chanson. Dans toutes les opérettes classiques, dans toutes les grandes comédies musicales, il y a des «hameçons» qui enserrent et fidélisent les mémoires, il y a du «bel canto» qui retient. Là, le sentiment est que tout s’écoute, soit, mais que tout s’oublie à la sortie.

Autre réserve, sérieuse : les voix. Honnêtement il n’y en avait qu’une, deux, un trio au mieux, qui tenaient la route. Rihab Sghaier, dont c’était le retour après une assez longue et incompréhensible «éclipse», vocalité d’exception, dotée en timbre, en couleurs, en hauteur, en justesse, et qui a quasiment tout réussi. Mongia Sfaxi et Amine Dziri ensuite, un ton en dessous, certes, mais déjà «à même la tâche», c’est-à-dire habiletés à faire partie de ce monde (normalement exigeant, intransigeant) du chant. C’est-à-dire, encore, aptes à éviter les dissonances, les surcharges et les rajouts. Et c’était le cas, bravo.

Le reste, maintenant, tout le reste. A l’image de ce qui nous est infligé partout ailleurs: entre nullité et dilettantisme, «non voix» et «non chants». Les plateaux d’El Hiwar et d’Attassia peuvent se permettre ces «audaces», ils tablent sur leurs audimats, mais sur la scène du théâtre des régions, à la Cité de la culture, et sous l’intitulé d’un spectacle musical, l’exemple est consternant.

Du positif, pour finir.

On a évoqué le thème : ces jeunes qui vivent mal leur condition et qui gardent espoir reflètent peut-être une réalité de nos jours. Les inscriptions aux listes électorales le laissent croire en tout cas. Le passage par toutes nos musiques actuelles a plu, aussi. De la maîtrise, et du bon choix. L’orchestre, de même, la troupe nationale, encore elle, mais reconnaissons : du volume et de la qualité. Mohamed Rouatbi était au pupitre. Compliments.

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