Le leader syndicaliste et nationaliste a participé, avec Hached, à la création, en 1946 de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt). Avec son courage légendaire, il s’est battu pour les travailleurs quelle que soit leur nationalité, pour l’indépendance et le progrès de son pays, la Tunisie, et aussi pour toutes les justes et nobles causes.
Cofondateur, avec Farhat Hached et plusieurs autres leaders syndicalistes, en 1946 de l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt), Habib Achour, qui quittera ce monde le 14 mars 1999, ne reculait devant rien quand il s’agissait de défendre les droits des travailleurs, et celui de ses compatriotes d’une façon générale.

Sa témérité, sa fougue qui lui attirait parfois l’animosité de ses pairs, son entêtement  ainsi que parfois ses ambitions personnelles lui ont, cependant, joué plus d’un mauvais tour. Il se retrouvait souvent à s’engager dans des sentiers qu’il n’avait pas choisis.

Il a, par ailleurs, entretenu, avec Habib Bourguiba (1903-2000) des rapports très étroits et parfois tendus et même conflictuels, tout en lui restant fidèle. En effet, il n’épargnera aucun effort afin d’aider le leader du mouvement national, puis premier président de la Tunisie indépendante,  à asseoir son autorité et son pouvoir.

Ils étaient comme des frères ennemis. Achour admirait Bourguiba et le soutenait à fond. Il l’aidera à relever plusieurs défis, tels que celui de quitter secrètement le pays vers le Machreq (Proche-Orient), en 1946, de s’affirmer en 1955 contre le leader Salah Ben Youssef, d’affaiblir,  en 1957, Ahmed Ben Salah et d’écarter, en 1963, Ahmed Tlili.

Malgré toutes ces positions engagées pour le chef du mouvement national puis chef de l’Etat, Achour sera disgracié, par ce dernier puis jeté en prison, en 1965, en 1978 et en 1985. C’était à chaque fois où il refusait de continuer à jouer le rôle de l’élève sage et docile.

Son  plus spectaculaire séjour carcéral ayant été celui qui a fait suite à la grève générale décrétée par l’Ugtt et observée le 26 janvier 1978. Position qui a donné naissance, ce jour-là,  à un grand soulèvement des jeunes. Celui-ci a été réprimé dans le sang par le pouvoir et, depuis, il est connu pour être devenu le fameux « jeudi noir ».

Héros du 5 août 1947
A la tête d’une grève générale, le 5 août 1947, à Sfax, alors qu’il était secrétaire général de la section régionale de l’Ugtt,  Achour affrontera, avec son courage légendaire, les forces de l’ordre de l’occupant français. Un policier lui tira dessus et le blessa à la jambe.  La grève sera réprimée dans le sang. Bilan : 30 martyrs, plus de 150 blessés et des centaines d’arrestations. Notre jeune leader (né le 25 février 1913 aux îles Kerkennah) membre du Néo-Destour, avant même d’entamer sa carrière de syndicaliste, sera arrêté puis sévèrement jugé. Il écopera de cinq ans de prison, puis sera assigné à résidence, à Zaghouan, à Béja puis à Mahrès, près de Sfax (en 1954).

Lors de son séjour à Zaghouan, Bourguiba lui rendit visite et ce dernier a pu apprécier ses qualités de militant intransigeant et courageux. Une rencontre qui a contribué, en 1955, à ce que Achour se range du côté de Bourguiba dans son conflit avec le leader  Salah Ben Youssef, alors secrétaire général du Néo-Destour (surtout que ce dernier, également avocat, n’a pas rendu visite à Achour lorsqu’il était en prison, après lui avoir promis de le faire).

Ben Youssef avait, en effet  rejeté les accords sur l’autonomie interne signés par le gouvernement tunisien et son homologue français, le 3 juin 1955, et entrepris, depuis, une campagne contre ces accords à grands coups de meetings populaires, provoquant ainsi une scission dans le Mouvement national.

Le conflit prit un sérieux tournant à tel point que Bourguiba se retrouva, à l’époque, quelque peu  isolé et à Tunis par exemple, il ne pouvait plus organiser de réunions avec  les militants de son parti, dont une bonne partie s’est ralliée à Ben Youssef. Le président du Néo-Destour pensa alors que seul un congrès pourrait lui permettre de reprendre les rênes du parti. Or, cela paraissait impossible. C’est à ce moment-là que Achour lui proposa de l’organiser à Sfax et s’engagea à en assurer la logistique.

A la rescousse de Bourguiba                                                                                                                               

Le congrès en question aura lieu du 15 au 19 novembre 1955, comme prévu, à Sfax. Il tranchera en faveur de Bourguiba et évincera officiellement Ben Youssef du Néo-Destour.  Habib Achour a été donc d’un grand secours au premier. Il restera fier de cette performance tout au long de sa vie.
Il organisa ledit congrès et  participa à sécuriser efficacement la rencontre grâce à la mobilisation de centaines d’ouvriers (Deux mille selon lui) en vue de parer à toute éventuelle tentative de semer les troubles et de faire échouer le congrès, d’ailleurs boudé par Ben Youssef.

Cet épisode marqua Achour, qui s’est retrouvé tout au long de cette période houleuse  et avant ledit congrès harcelé par les partisans de Ben Youssef qui voulaient le faire rallier à leur cause. C’était sans espoir, puisque notre syndicaliste était convaincu des choix de Bourguiba et n’avait pas cédé,  même sous la menace, comme il le racontera plus tard.

Après l’indépendance du pays, proclamée le 20 mars 1956, l’Ugtt organisera, le 21 septembre 1956, son VIe congrès.  Alors secrétaire général de la section régionale de Sfax, Achour projetait de se faire élire à la tête de la Centrale syndicale. Il devait cependant disputer le poste de secrétaire général de ladite organisation au jeune Ahmed Ben Salah, titulaire sortant de ladite responsabilité.

Ouvrant les travaux du congrès, Bourguiba, alors chef du gouvernement, prononça un discours dans lequel il feint l’impartialité mais recommanda implicitement l’élection de Achour, car il voyait d’un mauvais œil les approches idéologiques et l’enthousiasme de Ben Salah pour les idées socialisantes.

Mais les congressistes votèrent en masse pour le second et mollement pour le premier. Réunie tard dans la nuit, juste après le scrutin, la commission administrative (CA) fraîchement élue, et qui comprenait Habib Achour,  désignera Ben Salah aux commandes et Ahmed Tlili pour le seconder. Achour, absent lors de cette réunion, devra alors se contenter du poste de membre de la CA. Un résultat qui déplaira à Bourguiba.

(A suivre)

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