Dans le secteur de la santé, les langues ont commencé à se délier depuis la détection du premier cas de coronavirus en Tunisie. Médecins, personnel paramédical, auxiliaires de santé, administrateurs, aide-soignants, ambulanciers, la liste est longue. Ils ont mis à nu la réalité d’un secteur en butte à des difficultés depuis 2011. L’infrastructure délabrée, la pénurie de médicaments et d’équipements médicaux ainsi que des conditions de travail souvent exécrables. Des établissements hospitaliers en cessation de paiement, des équipements en panne, des interventions chirurgicales reportées sans cesse aux calendes grecques.

La liste des doléances est longue. Par contre, le secteur sanitaire privé a enregistré une avancée remarquable ces dernières années dans le cadre d’une politique visant à promouvoir l’initiative privée et l’économie de marché. De ce fait, une nette amélioration de la qualité des prestations dispensées dans ce secteur, favorisée en cela par une modernisation des plateaux techniques et des équipements médicaux, a été rapidement ressentie.

Pourtant, dans sa stratégie de lutte contre le Covid-19, le ministère de la Santé a préféré ne pas recourir, du moins jusqu’à maintenant, au secteur privé pour conforter l’Etat dans cette bataille salutaire pour le pays. C’est d’ailleurs dans ce cadre que le syndicat des biologistes de libre pratique de Tunisie a précisé que « le fait de ne pas effectuer les analyses liées au coronavirus dans les laboratoires privés n’est pas dû à l’inéligibilité de ces laboratoires à procéder à cet acte, mais parce que cette mesure intervient en application des décisions du ministère de la Santé visant à limiter la propagation du virus à ce stade épidémique, ainsi qu’à la pénurie enregistrée dans le matériel utilisé dans les tests de laboratoire, notamment le matériel de protection ».

En effet, les laboratoires privés « disposent d’équipements nécessaires et de compétences capables d’effectuer toutes sortes d’analyses médicales» et sont «totalement disposés à effectuer les analyses nécessaires aussitôt que les autorités sanitaires le réclament ».

A ce témoignage accablant, s’ajoute le chiffre dévoilé sur le nombre insuffisant de lits en réanimation qui s’est réduit comme une peau de chagrin dans le secteur public et qui ne dépasse pas les 200 postes, tandis que le privé peut offrir une capacité additionnelle de 300 lits, si les autorités publiques manifestent leur désir de collaborer avec lui. Il est vrai que les acteurs publics et privés ne vont pas barboter dans un bain de miel, mais l’heure est grave et impose une alliance tactique pour affronter en commun cette pandémie Ne nous voilons pas la face, mais comme on a demandé l’aide à des pays frères et amis, il n’y a pas à rougir de solliciter l’aide du système sanitaire privé. Et c’est à l’Etat de faire le premier pas.

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Un commentaire

  1. Dr. Ezzeddine Moudoud

    18/03/2020 à 08:35

    Merci Si Chokri. Vous mettez le doigt sur la vrai « plaie » de la Tunisie « post-révolution » …les débats et clivages « stériles »…qui bloquent toutes solutions « innovatrices » pour régler les problèmes de notre peuple…On n’a plus le « luxe » des palabres « byzantines »…il faut agir et agir vitt sur la base des principes de la  » SUBSIDIARITÉ »…qui fait quoi et mieux à chaque niveau…en temps de guerre, il n’y a plus de ‘public », de « privé », quand il s’agit de la TUNISIE..Il n’y a qu’un seul peuple…ce que tous nos medecins, infirmières et autres personnels hospitaliers sont entrain de prouver jour après jour…

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