Comme ses promoteurs le présentent, Taparura est un programme d’aménagement urbain durable. Son objectif ultime est de dépolluer le littoral nord de la ville de Sfax, ayant souffert depuis des décennies des nuisances des industries chimiques, notamment le phosphogypse, de promouvoir un développement urbain hautement structurant sur les zones acquises de la mer par des remblais successifs et d’aménager une plage artificielle pour que les Sfaxiens puissent se baigner dans un environnement sain.

Réconciliation avec son littoral

Loin d’être un simple projet touristique classique, Taparura présente une nouvelle philosophie du tourisme écologique et du développement urbain durable. Il s’agit d’un nouveau quartier urbain à usages mixtes qui s’étend sur un terrain de 420 ha au bord de la Méditerranée, une superficie qui équivaut à plus de deux fois le centre-ville actuel (médina, ville européenne et Sfax Nouvelle). L’aménagement de cette extension est prévu en zones de loisirs, de santé et de remise en forme, d’hôtellerie, de quartiers d’affaires, d’activités commerciales et d’habitat, d’équipements collectifs structurants et un musée océanographique. Elle comprend aussi des voies piétonnes, une promenade le long de la plage, d’un côté, et une route de corniche projetée, de l’autre côté. De plus, Taparura bénéficie d’une situation privilégiée en bord de mer, à seulement quelques mètres de la vieille ville, entre le port et l’amphithéâtre de Sidi Mansour. Par sa topographie variée, il offre des possibilités d’aménagement et d’attraction à de nouvelles activités touristiques. Le nouveau village écologique vise à réconcilier la métropole de Sfax, second pôle économique de Tunisie, avec son littoral. Le coup d’envoi du projet, dont la valeur totale de la phase de dépollution est de plus de 180 millions de dinars, financés par le budget de l’Etat et la Banque Européenne d’Investissement, ainsi que des prêts publics et financiers belges et français, a été officiellement donné en 2006. Il a été porté par la Société d’études et d’aménagement des côtes nord de la ville de Sfax (Seacnvs) et soutenu par l’Initiative pour le financement de projets urbains -(UPFI). Les travaux ont été achevés en 2012 et une zone de 420 ha gagnés sur la mer sur une longueur de 6 km de plage a été créée pour l’extension de l’agglomération urbaine. Ramzi Halouani, ingénieur principal du projet Taparura, a précisé que «d’importants travaux de remblaiement ont été entrepris dans cette zone avec un coût total de 148 millions de dinars. Plusieurs millions de mètres cubes de phosphogypse et de sédiments marins pollués à sec et sous l’eau ont été excavés et stockés à quelques mètres de la médina de Sfax dans le respect des normes les plus sévères à l’échelle internationale. L’idée était de ne pas déplacer la pollution même s’il s’agit d’un projet écologique. Ce dépôt de phosphogypse a été ensuite confiné par une couche de 2 mètres de remblais terrestre provenant d’une carrière de surface et transformé en un parc urbain attrayant. Ce travail de dépollution a été approuvé par le Cnrp (Centre national de radio protection) relevant du ministère de la Santé et le Cnstl (Centre national des sciences et technologies nucléaires) relevant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique». Il a poursuivi « Le projet Taparura est aujourd’hui reconnu à l’échelle internationale en tant que projet environnemental écologique de premier niveau et une réussite de maîtrise d’une zone faiblement radioactive. Il a été élu en 2014 l’un des meilleurs projets de ville méditerranéenne par l’Union pour la Méditerranée qui l’a labellisé avec deux autres projets pour une assistance technique et financière. En 2015, la photo du projet Taparura a été sélectionnée parmi les 15 meilleures photos prises par les astronautes de la Nasa. Grâce à ce projet, nous disposons aujourd’hui d’un savoir-faire très important dans la réhabilitation de sites contaminés et nous sommes sollicités à intervenir dans plusieurs chantiers dont celui de la côte sud de Sfax».

Pour une ville durable et smart

M. Halouani a souligné que «le caractère écologique et la dimension internationale dont jouit le projet Taparura ont poussé ses promoteurs à penser à une ville durable et smart à la frontière de la vieille ville de Sfax. Ce projet devra s’étendre sur les zones qui les entourent. On n’a le choix que d’intégrer le projet dans la ville, sinon nous risquons d’écraser la ville par le projet. Les études préliminaires de réhabilitation et de mise à niveau des infrastructures des quartiers limitrophes et de la zone industrielle de la poudrière ont été réalisées pour qu’ils soient sur le même niveau que le village Taparura. Ce dossier devra être confié à l’ARU (agence de rénovation urbaine). Et ce qui manque maintenant, c’est le financement adéquat pour démarrer notre projet. Il a poursuivi : «Nous visons la modification de l’emplacement de l’actuelle gare ferroviaire de Sfax, en prévision de l’installation d’une station de transport multimodal desservant tous les moyens de transport urbain (métro léger, chemins de fer, bus, transport électrique). Cette transformation permettra de relier la ville de Sfax à Taparura, avec la possibilité d’étendre l’avenue Ali Belhouane ou celle de Habib Bourguiba vers Taparura». Parlant chiffres, Ramzi Halouani a fait savoir que la valeur vénale du site Taparura est estimée à 700 millions de dinars. Côté investissement, on parle de 5 milliards de dinars. Le processus de réalisation du projet doit être déclenché tranche par tranche. Mais le plus important est que l’investisseur stratégique doit se porter comme partenaire sur la totalité du projet. On cherche un investisseur de développement, pas uniquement un investisseur financier. Il ne va pas opérer certainement dès le début sur la totalité du projet. La première tranche opérationnelle devra s’étaler sur 80 à 120 ha. Et puis, l’investissement doit être évolutif en fonction du schéma de partenariat. Il est utile de rappeler qu’une convention de partenariat a été signée entre la société Taparura et l’association Tunisian Smart Cities en septembre 2019 à Tunis en marge de l’Africa Startup Summit (Afric’Up), en vertu de laquelle l’association TSC intégrerait Taparura comme périmètre Smart City au sein du programme TSC. Sur un autre plan, Halouani a précisé que personne ne peut douter de l’importance du projet Taparura en tant que levier d’urbanisme durable. Mais ses promoteurs se sont focalisés essentiellement sur l’enfouissement du phosphogypse et de sédiments marins sur cet îlot en essayant de contenir la pollution. Ils se sont réfugiés derrière les normes pour montrer que tout va bien mais à long terme, les choses pourraient changer et on pourrait faire face à un risque sanitaire. Mais en plus d’être critique, il faut être positif et proposer des alternatives. La question clé est la suivante : «Est-ce qu’il y a une alternative en termes de modèle économique pour ce territoire ? En d’autres termes, pourquoi ne pas penser sérieusement à de nouvelles filières d’avenir?» L’industrie tertiaire pourrait être en quelque sorte une alternative. Il faut commencer à remettre des usines d’autres débouchés, autre que le chimique, pour montrer l’exemple de voies alternatives et d’espèces de mutation dans le tissu industriel, et, par conséquent, diversifier progressivement l’activité et engendrer une croissance économique. En termes plus simples, il faut penser à livrer un nouveau modèle économique au niveau du territoire de Sfax pour éviter de maintenir ces déchetteries. Cette vision de diversification économique aura un impact sur la stratégie de réaménagement du territoire. 

Amani BELKAHLA

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