Le coronavirus a brisé le rêve de plusieurs couples de convoler en juste noces ce mois-ci. La valse des reports se poursuit, et la chasse aux « noceurs de la mort » s’intensifie.


Parmi la catégorie des citoyens durement touchés par l’invasion du coronavirus, il faut citer les célibataires qui ont dû, la mort dans l’âme, reporter leurs dates de mariage aux calendes grecques. Une contrainte indépendante de leur volonté après que les municipalités du pays ont, entre mesures préventives, décidé d’interdire l’organisation des noces aussi bien dans les salles des fêtes que dans les mairies. Et cela, bien sûr, afin d’éviter les rassemblements qui constituent, il est vrai, l’un des principaux vecteurs de contamination. 

Un mal nécessaire 

M. A, 27 ans, est une des victimes collatérales de l’impact du coronavirus sur les comportements, les traditions…. «Mon mariage, lâche-t-il visiblement désappointé, était fixé, depuis l’été dernier, au 15 mars courant. Au mois de janvier écoulé, j’ai commencé à distribuer les 300 invitations auprès des collègues, des amis et des membres de ma famille. J’ai même conclu deux contrats : l’un avec le propriétaire d’une salle des fêtes et l’autre avec un organisateur de galas. J’ai également achevé de meubler mon futur foyer conjugal, après avoir contracté un prêt bancaire de 10 mille dinars.

Ne manquait plus que l’achat du costume de marié que j’ai reporté au jour J, heure H. Dans le même temps, ma fiancée, plus méticuleuse que moi, avait déjà tout mis en place  (dot, robes, appareils électroménagers …), tout en réservant les rendez-vous de son hammam et de sa coiffeuse. Bref, tout était en règle et ma future épouse et moi étions heureux et impatients de vivre notre nuit de noces tant rêvée. C’était, malheureusement, sans compter avec ce diable de coronavirus qui a brisé le beau projet d’un jeune couple».

Comment notre infortuné interlocuteur a-t-il réagi à ce «malheur»  qui lui est survenu ? «Eh bien, tout est tombé à l’eau», répond-il, désemparé et les yeux mi -clos. Et d’ajouter : «On était, au sein des deux familles, tous d’accord quant au report du mariage, afin de se protéger contre tout risque de contamination face au développement alarmant de la pandémie. Bien évidemment, notre sentiment de frustration est immense. Mais, bon, on a vite compris qu’il s’agit là d’un mal nécessaire. De surcroît, notre tristesse a été, heureusement, atténuée par la compréhension dont a fait preuve ma banque qui a accepté de me faire bénéficier d’une grâce supplémentaire de quatre mois sur les échéances mensuelles de remboursement de mon crédit».

Paris, c’est fini 

M. K, 54 ans, homme d’affaires figure parmi les dizaines  de milliers de familles tunisiennes qui ont connu la même mésaventure. Sa fille, étudiante dans une université de Montréal  (Canada), devait célébrer l’enterrement de sa vie de  célibataire, le dimanche passé dans un hôtel huppé de Gammarth. Son père, qui lui a préparé des noces en grande pompe, lui a même offert pour sa lune de miel un long séjour dans un célèbre hôtel parisien du XVe arrondissement. Les largesses de ce millionnaire étaient telles qu’il a commandé d’importantes quantités de gâteaux et de salés chez l’un des meilleurs spécialistes du pays. Puis, vint tout à coup le coronavirus.

«Finalement paniqués, ma femme et moi avons tout annulé», dit-il, avant d’indiquer que «plus que cette annulation sine die, je me suis empressé d’imposer à ma fille, dès son retour du Canada à trois jours de son mariage, le même régime auquel nous sommes soumis à la maison, à savoir le confinement spontané. Ainsi, ma progéniture, au lieu de savourer le bonheur de ses noces, s’est retrouvée cloîtrée entre quatre murs jusqu’a nouvel ordre. Fatalité ? Malchance ? Dites ce que vous voulez, mais, pour moi, mieux vaut prévenir que guérir. Et dans ce cas, on ne perdrait rien à prolonger son célibat de quelques jours, si ce n’est pas de quelques mois».

Mariages clandestins ?

Paradoxalement, les aventuriers et irresponsables que compte le pays n’en ont cure, en dépit de la conjoncture dramatique du moment. En témoignent ces fêtes de mariage qu’on continue d’organiser un peu partout dans la clandestinité et qui sont relayées par la Toile, par vidéos interposées. Sans chercher à comprendre le pourquoi et le comment de ce mélo, une chose est sûre : la police municipale, flanquée de renforts sécuritaires, veille désormais au grain, en usant de descentes suivies d’arrestations et de saisies et ponctuées de poursuites judiciaires. Les «noceurs de la mort» finiront-ils par s’assagir ? Sont-ils vraiment conscients que leur acte est d’autant plus criminel qu’il peut transformer une fête de mariage en… obsèques quelques jours après et contribuer, par là, à une propagation galopante de cette cruelle pandémie ? 

Mohsen ZRIBI 

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