Les Tunisiens se sont réveillés samedi dernier sur une effroyable nouvelle qui a eu l’effet d’une bombe : douze personnes, dont notamment sept ouvrières agricoles se rendant aux champs, ont croisé le chemin de la mort entre Sidi Bouzid et Kasserine. Agées entre 12 et 70 ans, ces adolescentes et ces femmes munies de leur maigre baluchon et entassées les unes sur les autres, comme du « bétail », dans un convoi de fortune, étaient loin de se douter qu’elles perdraient la vie sur ce chemin qu’elles connaissent si bien pour l’avoir emprunté plusieurs fois.

Cette journée aurait dû être une journée comme les autres mais le destin en a finalement décidé autrement. Originaires toutes du même douar, ces vaillantes femmes, guerrières des temps modernes, corvéables à merci et qui ne rechignent pas à la tâche ont été brutalement fauchées alors qu’elles s’étaient levées à l’aube pour aller travailler contre un salaire de la honte. Elles étaient payées à la tâche et percevaient en moyenne entre sept et dix dinars la journée. Elles ont laissé derrière elles des maris et des enfants effondrés par cette perte brutale ne sachant que faire en l’absence du chef de famille. Car c’étaient elles les véritables cheffes. Elles qui se levaient tous les jours à l’aube pour ramener l’eau, préparer le repas, se rendre aux champs et rentrer épuisées en fin de journée, le dos courbé par la fatigue et munies de leur maigre paie servant à subvenir aux besoins de leur famille. Bien qu’elles soient le maillon fort de la chaîne agricole et qu’elles contribuent, pour une grande part, au développement économique de leur région, les mots égalité, parité…sont dénués de sens pour ces femmes qui vivent dans une précarité extrême et qui sont privées de leurs droits les plus élémentaires à la sécurité et à la dignité.

Hormis le ministère des Affaires sociales, personne ne semblait être préoccupé jusqu’ici par le triste sort de ces «combattantes» qui livrent une guerre sans merci aux aléas de la vie. Il aura fallu que cette énième tragédie survienne pour que les politiciens prennent conscience de leurs déboires et de la misère dans laquelle elles vivent. Alors qu’elles ont payé de leur propre vie l’absence de politique et de stratégie au profit des femmes rurales dans des secteurs comme celui du transport, ces mêmes politiciens se renvoient aujourd’hui la balle. Arrivera-t-on finalement à trouver une solution au problème du transport rural dans les régions ? Espérons-le si l’on ne veut pas que la liste noire de ces drames de la route s’allonge.

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