Le coronavirus et la culture ? Le confinement et l’art font-ils bon ménage ? Distanciation sociale, isolement et création ? Nous avons adressé virtuellement (confinement oblige) une série de questions (les mêmes ou presque) à des artistes et autres intellectuels de différents univers. Tous et toutes ont pris le temps de la réflexion…



Le compositeur et bassiste Omar Aloulou ouvre cette série de questions-réponses. Entre autres projets, il a signé la musique ou plutôt il a «joué avec le silence» (comme il le souligne dans un entretien accordé à un site français) pour réaliser la bande son de «Nhebbek Hedi» du Tunisien Mohamed Ben Attia.

La musique, il l’expérimente, l’incube pour accoucher d’un univers disparate où des sons purement électroniques épousent des classiques de la littérature et aboutissent à des œuvres-expériences, a-frontières et en continuelle évolution. Son dernier album «Olénine» est à découvrir et à vivre !

Comment se passe votre confinement ?

Mon confinement se passe relativement bien pour le moment. Ça fait plus d’une semaine que je n’ai pas vu d’êtres humains, j’en ai un peu l’habitude avec mon activité musicale, mais j’appréhende un peu la suite. La solitude va probablement commencer à avoir un poids non négligeable d’ici quelques semaines.

Malgré tout, y a-t-il un peu de bon dans cela ?

Il y a beaucoup de positif dans cette phase que l’on vit. On est en train de remettre en question nos habitudes, notre petit confort matériel, notre manière de voir les choses. Lorsqu’on se parle au téléphone, ça a désormais plus de valeur, on y passe plus de temps utile, on est heureux d’entendre ce que nos proches racontent, ce que nos parents racontent, ce qu’ils ont vécu au quotidien. Il y a paradoxalement plus de liens sociaux qui se créent à travers des écrans interposés qu’à l’époque où on se retrouvait pour de vrai. On l’a vu avec les vidéos tournées en Italie où des voisins, qui peut-être ne se sont jamais parlé, se retrouvent à leurs balcons à chanter ensemble, à se parler, à rire, à applaudir, de la vie en somme.

Mais bon, encore faut-il avoir un chez soi où se confiner…

Une œuvre qui vous vient à l’esprit en pensant à ce virus ?

«Epidemic» de Lars Von Trier.

La situation actuelle vous inspire-t-elle ?

Cela m’inspire nécessairement, mais pas dans l’immédiat. J’ai besoin d’absorber les choses pour le moment. En ce moment, je passe tellement de temps à lire des choses et d’autres sur le sujet que je n’arrive pas forcément à en tirer quelque chose musicalement.

Je préfère accomplir les autres projets que j’avais déjà en tête, avant d’aborder la musique aux temps du corona.

Le corona est-il nocif pour l’art ou pas ?

Oui et non. Il est bénéfique pour l’art car il inspire forcément les créateurs. On le voit sur les réseaux sociaux, des musiciens qui sortent des musiques chaque jour, des home-concerts qui fleurissent, et il y a certainement ceux qui créent en silence. On n’a plus d’excuse, on a tout le temps pour ruminer, réfléchir et créer. Les gens ont également plus de temps pour regarder des films, écouter des albums en entier, des symphonies, donc il y a un côté bénéfique évident. Mais en même temps, les salles de cinéma sont fermées, idem pour les concerts qui sont une communion directe entre musiciens et public. Mais grâce à l’inventivité des internautes, il y a de plus en plus de moyens de contourner tout ça et de recréer ce lien social et ces espaces d’échanges artistiques.

L’après-corona, comment vous le voyez ?

Ce qui m’inquiète au plus haut point, ce sont les dérives autoritaires qui pourraient s’exercer par la suite (et qui s’exercent déjà). Après tout, nous avons aujourd’hui, et avec son aval, toute une population privée de certaines libertés afin de pouvoir contenir la propagation d’un virus, et dont une partie est encline à légitimer la violence policière pour arriver à cette fin. Je trouve ça vraiment inquiétant pour l’avenir. Je conçois que c’est une situation exceptionnelle, qui nécessite des mesures exceptionnelles, mais il faut quand même rester sur ses gardes, rester lucide et agir avec raison, sans tomber dans l’hystérie.
Par contre, ce qui est rassurant, d’un point de vue mondial, c’est qu’il y aura probablement une remise en question de la libéralisation forcée, qui devait toucher notamment le secteur de la santé. Là on voit bien les limites de ce capitalisme mondialisé, et on ne peut qu’espérer un retour à la raison, à un certain humanisme. Mais l’être humain est capable du meilleur comme du pire, donc nous verrons bien…

Des titres de musique ou autres à nous suggérer en temps de confinement ?

La 7e symphonie d’Anton Bruckner,

La 2e symphonie de Jean Sibelius,

Burning et Oasis de Lee Chang-dong,

Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa,

Et vu qu’on a du temps à revendre, (re)voir les séries «Les Soprano», «Twin Peaks» et «Louie».

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