A chaque fois qu’il s’adresse au peuple, ce n’est pas pour annoncer des solutions ou résoudre des problèmes mais pour en créer d’autres ou pour compliquer davantage une situation déjà précaire. Le tonitruant Président, un mystérieux constitutionnaliste, semble poursuivre sa quête perpétuelle de coupables «invisibles » pour les charger à bloc. Il ne fait que galvaniser des troupes de « laissés-pour-compte », dont les nerfs sont déjà à vif, qui ne feront que se mobiliser autour de slogans creux et vides de tout sens. L’homme qui a la plus haute charge de l’Etat semble oublier la limite de ses responsabilités fixées par la Constitution et piétine comme un éléphant dans un magasin de porcelaine le champ d’action du chef du gouvernement, ceux des institutions indépendantes, du pouvoir local.

Dans ses discours, c’est le clair-obscur qui règne ? Ce n’est pas une bonne image pour un chef d’Etat qui, par calcul ou par prudence, a décidé de rester à l’abri pendant que les autres, qui bataillent sur le terrain, affrontent les critiques au scalpel. Ce n’est pas une bonne conception du rôle d’un chef. En effet, un chef doit être devant et pas derrière. Il doit être devant, pour entendre le pays, pour tracer des voies nouvelles, pour convaincre l’opinion que les valeurs qu’il porte sont justes et pour rassembler les Tunisiens qui souhaitent aller plus loin et plus vite. Alors que tout le monde cherche à travailler en harmonie avec la présidence de la République et à être en osmose dans leurs actions avec elle, il ne rate pas une occasion pour creuser davantage le lit de la division.

Ses déclarations n’ont pas banni définitivement les mots vagues et sans aucune valeur ajoutée qui ne font que confirmer l’immobilisme, le conservatisme et la frilosité d’exprimer clairement ses idées. Pourtant, nous sommes dans une phase où l’on s’attend à ce que les propos du Chef de l’Etat soient le symbole de l’innovation politique dans les pratiques et de l’imagination sur le terrain des idées.

Inutile de souligner l’importance de cette séquence pour les Tunisiens, de mesurer l’ampleur de leurs attentes et la sensibilité de tout ce qui se dit pendant cette période. Cependant, ce genre de discours récurrent montre aux Tunisiens que le paysage politique se déchire de nouveau, excluant les uns, sanctionnant les autres, vitupérant les derniers, montrant à tous que la tolérance et l’esprit de rassemblement sont encore des valeurs méconnues dans notre pays.

En poursuivant avec cette approche, encore une fois la sphère politique va se diviser et se livrer à l’anathème, ignorant le mes- sage des Tunisiens. C’est pourquoi il est important que le Chef de l’Etat se place premier au front. Il doit montrer, à l’inverse, une image d’unité et être à l’écoute de ce que les Tunisiens, dans leur diversité, ont voulu dire. Il ne faut pas qu’il y ait un divorce avec une institution ou une autre.  Car en politique, il n’y a pas de fracture irréconciliable.

Il ne faut pas biaiser avec ce nouveau séisme électoral non plus et garder en tête l’avertissement lancé par les Tunisiens à l’ensemble des responsables politiques, y compris le Chef de l’Etat. Oui. Le peuple a exprimé son impatience, parfois sa désespérance, souvent son exaspération, car il y a eu trop de décalage entre ce qui se dit et ce que vivent les Tunisiens. C’est pourquoi un Chef d’Etat doit être un démineur, un ferment d’unité et non un élément de division.

 

 

 

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3 Commentaires

  1. o. bouhadi

    01/04/2020 à 11:11

    A force de diviser et dresser les tunisiens l’un contre l’autre, ca va mal se terminer. Qu’est ce qu’il cherche, la guerre civile?

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  2. Hedi Khaznagi

    01/04/2020 à 15:40

    Et moi, je na sais pas ce que veut cet éditorial. Autant, le Président m’exaspère quand il parle du  »devoir » des tunisiens vis à vis des palestiniens, autant je le trouve juste et dans son stricte rôle quand il parle des insuffisances de l’action des gouvernements qui se sont succédé pour soulager la frange du peuple qui souffre. Si vous ne comprenez pas ce que veut dire le Président, je vous renvoie à l’éditorial de Imen Haouari, il explique tout objectivement, il décrit exactement la situation explosive du pays. Après on ne pourra plus dire  »je ne comprends pas… » ou  »je ne savais pas… »

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  3. DJENDOUBI

    02/04/2020 à 10:03

    On critique l Europe mais en Europe on relève les manches et on travaille pour l intérêt de tous sans exception moi personnellement je me lève tout les jour à 3 hop
    pour livrer les magasins alimentaires

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