La chute des prix de plusieurs produits agricoles sur le marché inquiète les agriculteurs. Une telle chute ne permet pas de couvrir les frais de production qui ont connu une flambée sur le marché international comme les matières premières, les produits fourragers, les intrants et le maïs. Ainsi, les secteurs du lait, des volailles, des viandes rouges et même des fruits et légumes passent par une crise aiguë.
Le dossier de l’Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) est sur toutes les bouches. Les professionnels et les particuliers dans tous les secteurs en discutent, certains manifestent leurs inquiétudes alors que d’autres semblent rassurés. Cet accord, une fois conclu, va permettre notamment de libéraliser le commerce des produits agricoles qui vont entrer en Tunisie sans droits de douane dans le cadre d’une zone de libre-échange à l’instar de ce qui a été fait avec le secteur industriel.

Mais le secteur agricole est-il suffisamment préparé pour affronter une concurrence des plus rudes ? L’Union tunisienne de l’agriculture et de la Pêche a formulé à plusieurs reprises ses craintes à propos de l’Aleca soulignant que le secteur agricole tunisien n’a pas encore atteint le niveau qualitatif et quantitatif lui permettant de s’imposer ou même de cohabiter avec les produits agricoles venant d’ailleurs.

D’où la nécessité de commencer dès maintenant de résoudre les problèmes en suspens dont  souffre le secteur avant de passer à sa mise à niveau. C’est un travail de longue haleine qui requiert un investissement lourd, un amendement des textes juridiques et surtout l’implication de tous les professionnels dans ce travail en profondeur pour améliorer la productivité ainsi que les aspects qualitatifs et quantitatifs. A noter que le secteur fait travailler des milliers de personnes de façon directe ou indirecte et a des effets d’entraînement sur d’autres secteurs.

Rattraper le temps perdu

A noter, cependant, que le rapport final du dialogue tripartite entre la Tunisie, l’Union européenne et la société civile devrait être publié au cours du mois de mai 2019. Le rapport en question prévoit des recommandations parmi lesquels la création de l’Instance du développement durable et des droits des générations futures. Actuellement, plusieurs agriculteurs, notamment parmi ceux qui exploitent des terres de petite et moyenne taille, sont surendettés et ne sont pas en mesure de contracter de nouveaux crédits de saison pour entamer les campagnes agricoles. Malgré la promulgation d’une loi relative au dédommagement de certains agriculteurs, la situation est loin d’être reluisante et nombreux agriculteurs vivent une situation sociale plutôt difficile.

Un autre problème taraude les agriculteurs concerne la chute des prix de plusieurs produits agricoles sur le marché. Une telle chute ne permet pas aux agriculteurs de couvrir les frais de production qui ont connu une flambée sur le marché international comme les matières premières, les produits fourragers, les intrants et le maïs. Ainsi, les secteurs du lait, des volailles, des viandes rouges et même des fruits et légumes passent par une crise aiguë. Avec l’accroissement de la consommation au cours du mois de Ramadan, certains produits risquent de disparaître des étalages si des mesures urgentes ne sont pas prises dans les meilleurs délais. A titre d’exemple, la majoration des prix du carburant a suscité la colère de plusieurs professionnels dont les pêcheurs qui ont averti les autorités publiques qu’une telle augmentation des prix va avoir des répercussions sur les prix de vente au public.

Une stratégie sur plusieurs axes

L’indisponibilité de l’eau dans les zones de production a toujours préoccupé les agriculteurs qui se sont plaints du manque d’eau lors de certains périodes de l’année notamment lors des périodes où il n’y a pas de pluie. D’où la stratégie à mettre en place et qui s’articule autour de plusieurs axes pour s’adapter au changement climatique. La mobilisation de l’eau dans les barrages a déjà atteint un niveau élevé. Cependant, certaines nappes phréatiques sont surexploitées, ce qui ne permet pas de les exploiter, de façon suffisante, dans les activités agricoles. Chaque région dispose de son quota hydrique selon le type d’activité agricole menée et les périmètres arables disponibles.

La stratégie en question prévoit, par ailleurs, de renforcer l’utilisation des semences sélectionnées notamment dans les Grandes cultures pour avoir le rendement escompté d’autant plus que la Tunisie importe une grande partie de sa consommation en céréales (blé dur et tendre et orge) du marché international où les prix connaissent, en permanence, une fluctuation avec des révisions à la hausse de temps à autre. Des fonds sont mobilisés chaque année pour l’importation des céréales afin de satisfaire les besoins de consommation. L’objectif est donc d’accroître la production locale en ce produit afin d’atténuer, un tant soit peu, les importations.

Les produits tunisiens qui ont réalisé des performances au niveau des exportations concernent particulièrement l’huile d’olive, les dattes et les agrumes dont la réputation est confirmée au niveau international. Ces produits à valeur ajoutée vont bénéficier de tout le soutien de la part des pouvoirs publics afin de poursuivre leurs exportations sur la même lancée. L’objectif consiste aussi à diversifier les produits exportés en se tournant davantage vers les produits du terroir.

En tout cas, l’agriculture tunisienne passe par une période de vaches maigres, ce qui ne lui permet pas pour l’instant de faire face à la concurrence européenne. La mise à niveau devrait être entamée dans les meilleurs délais afin de rendre notre agriculture plus compétitive. La mécanisation agricole constitue une autre paire de manches que le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydraulique et de la Pêche veut encourager pour toucher toutes les régions productrices. Des pas importants ont été franchis dans ce domaine mais du chemin reste encore à faire.

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