La guerre contre la pandémie de coronavirus entame son deuxième mois en Tunisie avec une meilleure gestion de la crise sanitaire d’autant plus que la vitesse de la propagation du virus reste maîtrisable au vu d’un volume de cas quotidiens assez stable. Une guerre qui a nécessité la mobilisation de tous, à commencer par les têtes des trois pouvoirs en passant par les citoyens et les différentes structures de l’Etat. Alors que le ministre de la Santé Abdellatif Mekki a affirmé récemment que la Tunisie est parvenue à commencer à aplatir la courbe de la pandémie, aucun relâchement au niveau des dispositions sanitaires et de confinement total n’est permis. Et si la stratégie nationale de lutte contre le Covid-19 commence à porter ses fruits, la forte mobilisation du pouvoir local, notamment des municipalités, y est pour quelque chose.
Dotées d’un nouveau code et de nouveaux mécanismes de décentralisation, les collectivités locales ont su, jusqu’à présent, gérer une crise sanitaire sans précédent qui sévit dans le pays comme ailleurs dans le monde. Forte mobilisation, réaction rapide et nouvelles formes d’organisation parfois exemplaires, les efforts des municipalités, sur le front de la guerre, sont encourageants dans ce contexte de crise qui menace la sécurité nationale.
Force est de constater que les municipalités étaient les premières à émettre des décisions pour limiter la propagation du coronavirus. Et c’est exactement dans la banlieue nord de Tunis, à Sidi Bou Saïd et à La Marsa, que les premières mesures de ce genre avaient été prises, lorsque les municipalités avaient interdit l’utilisation des verres et des tasses dans les cafés et restaurants en vue de faire face au risque de propagation du virus. Depuis, ces composantes du pouvoir local n’ont pas cessé de multiplier les mesures, parfois drastiques, pour prévenir les risques de contamination, jusqu’à ce qu’un couvre-feu, puis un confinement total soient annoncés.
Car, en effet, l’urgence l’exige, vu leur couverture territoriale et les mécanismes de décentralisation dont elles bénéficient, ces municipalités se trouvaient, jour après jour, sur le front de la guerre contre la propagation du virus en question, dont les efforts et la mobilisation se sont révélés cruciaux, notamment au niveau de la désinfection des lieux publics, mais aussi en ce qui concerne le suivi du respect des dispositions du confinement total.
Une meilleure organisation
A Tunis par exemple, la mairie, en coordination avec les différentes autorités concernées, n’a épargné aucun effort pour mener des campagnes et des opérations de désinfection quotidiennes dans pratiquement tous les quartiers de la capitale. Ces opérations ciblaient notamment les marchés, les quartiers surpeuplés et les grandes artères de la capitale en vue d’éviter les risques de désinfection.
A La Marsa, la municipalité a compté, pour sa part, sur une autre forme d’organisation en faisant appel au bénévolat, à l’aide et la responsabilité citoyennes. Dernièrement, à court de produits de désinfection, la municipalité a organisé une collecte de dons pour continuer les opérations de désinfection des quartiers et lieux publics.
Au fait, les différentes communes, sans exception, chacune selon ses moyens, ont rejoint les efforts nationaux de lutte contre le coronavirus, pour appuyer et parfois exécuter la stratégie nationale et les mesures prises par les deux têtes de l’exécutif. Pourtant, au début de la crise, nous avons constaté une divergence, voire une interférence, entre le pouvoir exécutif et le pouvoir local, lorsque le Chef de l’Etat Kaïs Saïed avait insisté sur la centralisation du pouvoir pour gérer cette crise. Dans son discours daté du 20 mars dernier, Kaïs Saïed avait mis en exergue le rôle crucial du Conseil de sécurité nationale dans cette guerre, soulignant que la lutte contre ce virus n’est pas une affaire relevant des compétences des collectivités locales, mais d’une question de portée nationale. Pourtant, les efforts fournis par les communes ont été louables quant à l’assistance apportée aux personnes en détresse et aux familles nécessiteuses.
Cette coordination limitée entre ces deux pouvoirs exécutif et local s’est également consolidée par le manque d’informations au niveau des procédures d’enterrement des personnes décédées du coronavirus, ou la prise en charge des individus obligés de se placer en isolement médical. D’ailleurs, le ministère de la Santé a dû intervenir dernièrement dans la localité de Dar Fadhal, à La Soukra, dans le gouvernorat de l’Ariana, pour résoudre un problème portant à cet effet. La maire de La Soukra avait pointé du doigt l’absence d’un protocole précis au moment d’enterrer une victime du Covid-19 tant au niveau des étapes que de la procédure.
En tout cas, Lotfi Zitoun, ministre des Affaires locales, avait annoncé que la décentralisation demeure un choix stratégique dans la lutte contre le coronavirus, appelant à appuyer davantage ses différentes composantes. Car, en effet, certaines municipalités sont dépourvues des moindres équipements de désinfection et sont dans l’incapacité de mener à bien leur mission dans cette période délicate, les soutenir c’est également soutenir cette guerre contre cet ennemi invisible. Une meilleure organisation et la mise en place de nouveaux mécanismes de coordination avec le pouvoir exécutif sont également nécessaires pour mettre la main dans la main en vue de sortir de cette crise.
La Confédération tunisienne des maires a haussé le ton hier, et a fait endosser à toutes les autorités centrales et régionales la responsabilité de la politique d’exclusion et de marginalisation adoptée envers les municipalités et leur rôle dans la lutte contre la propagation du Covid-19. La Confédération exprime le refus des maires de la dissimulation des données relatives à la situation sanitaire en lien avec la propagation du virus dans leurs communes respectives, ce qui entrave leurs actions dans ce sens.
Le président de la Confédération, Adnane Bouassida, a déclaré à la TAP que la marginalisation des municipalités est de nature à détériorer la relation entre les différentes parties régionales au moment où la coordination et la coopération sont plus que jamais requises pour fournir un service municipal de qualité aux citoyens et réussir le processus de gouvernance locale.
Khalil JELASSI

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