La pandémie de coronavirus aura le mérite de révéler à l’opinion publique que les querelles et les polémiques qui divisent les Tunisiens ne sont pas malheureusement l’apanage exclusif de l’élite politique post-révolution.

Elles sont également l’œuvre et la production quasi quotidiennes de notre élite scientifique, plus particulièrement nos médecins « de stature internationale confirmée » qui défilent jour et nuit sur nos écrans TV pour s’affronter dans une bataille rangée de concepts, de lexiques et d’approches aussi contradictoires les uns que les autres au bout desquels le Tunisien lambda, celui qui attend les éclaircissements des érudits pour adopter le comportement idéal face au corona envahissant, se trouve obligé de crier publiquement (sur les mêmes TV aux grandes portes ouvertes aux détenteurs de la science infuse) son désarroi total et sa peine éprouvante de sélectionner qui croire parmi « les grosses têtes » de l’armée blanche bataillant sur le terrain ou guerroyant sur les plateaux d’Attassia ou sous l’œil bienveillant de Meriem Belkadhi ou Alaa Chebbi.

Et ces mêmes désarroi, confusion et doutes sans cesse renforcés par les chiffres, les statistiques et les études savantes qui pullulent sur Facebook et utilisés par les chroniqueurs autoproclamés « éclaireurs de la nation et guides sur la voie du salut » comme des vérités scientifiques que nul ne peut contester ou même critiquer de migrer vers une crainte réelle et une peur légitime de voir l’apocalypse frapper à nos portes et menacer sérieusement d’écroulement dévastateur ce qui reste encore de nos acquis, principalement notre capacité à distinguer le bon grain de l’ivraie.

Le ministre de la Santé, « le Général de l’armée blanche », continuera à arpenter quotidiennement les plateaux TV et radios pour prêcher les bienfaits de la stratégie nationale anticoronavirus et annoncer les bonnes nouvelles, les lieutenants attitrés chargés de convaincre les Tunisiens continueront eux aussi à s’astreindre aux exigences du confinement général, poursuivant leur combat harassant contre leurs contradicteurs parmi leurs collègues, voire les étudiants qu’ils forment encore au sein des facultés de médecine, mais l’impression générale qui se dégage de tout ce brouhaha médiatique laisse entendre qu’il existe un maillon manquant à la stratégie anticoronavirus.

Et cette pièce manquante s’appelle absence d’un plan de communication sérieuse, crédible, fiable et fondée sur un discours unifié utilisant des termes à la portée de tous.

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