«En ces temps de confinement général, j’ai enclenché le mode survie. Je puise actuellement dans mes économies pour subvenir aux besoins de ma famille», confie Asma Mzoughi, 46 ans, à la tête de «Artounsi», une petite enseigne spécialisée dans l’habillement traditionnel.

Passionnée par la création artisanale depuis sa plus tendre enfance, Asma a appris le métier sur le tas. Lorsqu’elle a ouvert sa boutique en février dernier, à la médina de Tunis, elle était très enthousiaste à l’idée de voir enfin son projet prendre son envol.

Comme beaucoup, elle n’avait pas vu venir cette pandémie de Covid-19, ni les dégâts économiques qu’elle allait occasionner.

«Je n’aurais jamais pensé qu’une crise de cette ampleur allait nous priver de notre gagne-pain. Malgré cette adversité, les bailleurs des locaux commerciaux n’éprouvent aucune compassion à notre égard. Ils continuent à nous réclamer les loyers», s’insurge-t-elle auprès de l’agence TAP.

Et de poursuivre : «Entre le loyer et les charges courantes, je peine à joindre les deux bouts. Je me suis même tournée vers les réseaux sociaux pour récolter quelques sous, sauf que les ventes demeurent timides. Les clientes préfèrent faire leurs achats dans la boutique où elles peuvent faire leurs essayages».

Pour cette artisane qui a du contracter un prêt auprès de l’institution de microfinance «Enda tamweel» pour financer son projet,  «le social sellin» ou la vente via les réseaux sociaux n’est pas toujours une aubaine:

«Je ne peux pas me permettre d’exposer l’ensemble de mes créations à la vente en ligne car certaines en profitent pour voler les idées des autres. Les clientes potentielles ne peuvent donc pas accéder à tous les articles que je propose».

Outre ces obstacles, Asma évoque des difficultés financières avec les fournisseurs de la matière première dont le coût est devenu, selon elle, de plus en plus onéreux.

Les banques sur le banc des accusés

Décrété le 22 mars dernier, comme une mesure ultime pour contenir la propagation du covid-19, le confinement total a mis à rude épreuve le secteur de l’artisanat, un secteur qui, selon les chiffres officiels, contribue à hauteur de 5% au PIB national.

A en croire le président de la Fédération générale de l’artisanat, Salah Amamou, 350 mille artisans sont au chômage «forcé» et plus de 800 entreprises exerçant dans le secteur ont du suspendre leurs activités.

«Etouffés par les charges et les emprunts bancaires, les artisans ne parviennent plus à nourrir leurs familles faute de ressources. Cette situation a même poussé certains à commettre des actes de suicide», dénonce-t-il.

Pour Salah Amamou, il est grand temps que les banques contribuent pleinement aux efforts nationaux, en vue de minimiser l’impact de cette pandémie sur les petits artisans et commerçants:

«Tous les secteurs sont en train de se mobiliser pour sauver l’économie tunisienne, les banques ne doivent pas en être épargnées. Il faut comprendre que nous sommes dans une conjoncture exceptionnelle qui requiert des mesures exceptionnelles.»

Et d’ajouter : «En ces moments difficiles, le secteur bancaire doit impérativement soutenir les artisans en leur accordant des prêts sans taux d’intérêt.

A défaut d’une telle mesure, il est toujours possible de baisser ce taux, observe Makrem Zitoun, 47 ans, dirigeante d’une petite entreprise de soufflage artisanal du verre «Zitoun artisanal « qui emploie entre 4 et 5 personnes.

«Les banques sont appelées à nous soutenir en nous accordant des prêts qui soient garantis par l’Etat. Aujourd’hui, c’est le seul moyen, pour nous, de relancer nos activités», assure cet artisan qui vend ses créations au village artisanal de Denden.

Des mesures en deçà des attentes

Evoquant les mesures annoncées par le gouvernement pour soutenir le secteur, Makrem estime que la plateforme « Batinda.gov.tn « de demandes de compensation en ligne, destinée aux artisans et commerçants « n’est pas à la hauteur de la conjoncture actuelle «.» Cette indemnité de 200 dinars est une insulte au métier d’artisan. Pensez-vous que cette somme pourrait m’aider à payer les salaires de mes employés?», fustige-t-il.

Pour le délégué régional de l’artisanat à Monastir, Kadhem Masmoudi, le report des échéances des crédits bancaires, annoncé par le gouvernement, n’est pas suffisant pour soutenir les artisans durant cette crise, appelant à la nécessité de leur consacrer une ligne de financement sans intérêt.

Il est également urgent, souligne-t-il, d’établir un programme visant à promouvoir davantage le commerce électronique, ce qui permettra aux artisans de vendre plus facilement leurs produits.

D’après Kadhem Masmoudi, cette pandémie de Covid-19 a ébranlé tout le secteur de l’artisanat, y compris le marché destiné à l’exportation, lequel a rapporté, en 2019, 80 millions de dinars à la Tunisie.

Pour assurer la relance de ce marché, il est impératif, selon lui, d’accélérer l’examen des dossiers des artisans exportateurs et de réviser à la hausse la prime du transport accordée par le Centre de promotion des exportations (CEPEX).

Maintenant, l’objectif est notamment de réfléchir à de nouveaux mécanismes de financement au profit de l’artisanat et des petits métiers, comme préconisé lors d’un Conseil ministériel restreint, tenu jeudi dernier. Dans l’attente, les artisans doivent prendre leur mal en patience.

(TAP/ Maroua Ben Abdennebi)

Charger plus d'articles
Charger plus par La Presse avec TAP
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire