Faire de la crise du Covid-19 une opportunité pour instaurer une économie plus résiliente aux chocs et  une société plus inclusive, passe inéluctablement par des plans de relance et de transition énergétique et numérique. 

Le think tank Econ4Tunisia a organisé dans la soirée du  vendredi 1er mai, un webinar porté sur le thème “Covid 19 : entre chocs macroéconomiques et vulnérabilités” où étaient présents un bon nombre d’économistes et d’experts pour débattre des répercussions de la crise du coronavirus sur l’économie et sur  la société tunisienne. Le débat, qui a été animé par l’universitaire et journaliste Anis Morai, s’articulait autour du rapport de la Banque mondiale sur la transparence pour la région Mena qui a été présenté par l’économiste en chef de la Banque mondiale chargée de la région Mena, Rabeh Arezki.

Une crise sur fond de tension sociale 

Intervenant sur le contexte socioéconomique qui a caractérisé la région  au début de la crise du Covid-19, Rabeh Arezki a souligné que l’épidémie s’est déclenchée sur fond de tension sociale. L’année 2019 était, en effet,  ponctuée de soulèvements et de manifestations sociaux signalant l’érosion des tampons social et budgétaire. Il a ajouté, à ce titre, que les sociétés de la région Mena sont des sociétés duales où les fractures sociales entre les secteurs formel et informel, notamment avec l’absence de sécurité sociale, de revenus fixes pour les travailleurs du secteur informel sont de nature à provoquer  “d’énormes tensions” qui peuvent surgir suite aux mesures de confinement.

Il a précisé que les gouvernements dans la région doivent tirer les enseignements de la crise du Covid-19, pour ne pas retourner à cette “société duale”. Pour ce faire, il a souligné qu’il faut travailler sur l’environnement des affaires, en libérant l’entreprenariat,  encourageant l’innovation, promouvant d’autres modes de financement et en instaurant un système universel de sécurité sociale qui permet de protéger tout le monde.

Triple choc pour les pays importateurs de pétrole 

Pour la maître de conférence, Leila Baghdadi, la crise du coronavirus constitue un triple choc économique pour les pays importateurs de pétrole, à savoir un choc direct se traduisant par une perturbation de  la supply chain au niveau de la production, un effet de contagion qui induit des problèmes de production pour des pays comme la Tunisie et enfin un choc au niveau de la demande finale, provoquant une baisse de la demande au niveau de donneurs d’ordre qui sont dans le cas de la Tunisie les partenaires européens.

Dans ce contexte, elle a fait savoir que la Tunisie est un pays relativement intégré essentiellement dans les industries du textile et de l’électronique et mécanique. Elle a ajouté que les estimations du FMI suite au choc COVID 19 ainsi qu’au chute des prix de pétrole donnent un effet de revenu net positif de 3% pour la Tunisie. Elle estime que cet effet positif en termes de revenu net ne prenait pas en compte le triple choc sur les industries manufacturières intégrées dans les supply chains.

Risque de rupture du pacte socioéconomique 

Pour Habib Zitouna, professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Nabeul, cette épidémie s’est déclenchée, en Tunisie, sur fond de crise d’investissement. Il a noté, à cet égard, que la baisse drastique du taux de l’épargne, ainsi que la chute de l’épargne des entreprises non financières représentent un précurseur de crise financière. Il a mis en garde contre le “risque de rupture du pacte politico-socioéconomique” entre le syndicat, le gouvernement et le patronat, dont les discours incendiaires et corporatistes forment des signes précurseurs.

Le potentiel du télétravail, un  facteur de vulnérabilité 

Intervenant sur les facteurs de vulnérabilité du tissu économique tunisien, l’économiste et représentant de l’IRD/Cirad en Tunisie, Mohamed Ali Marouani, a souligné que le potentiel du télétravail constitue le premier facteur de vulnérabilité pour les entreprises. Il a fait savoir qu’en Tunisie, seulement 25% des employés travaillant dans les domaines non agricoles, peuvent télétravailler. Le télétravail met à nu les inégalités dans le monde du travail.

En effet, 70% des gens qui peuvent travailler chez eux sont hautement qualifiés, 12% sont moyennement qualifiés et 3% seulement sont non qualifiés. Les écarts sont également révélés par secteur d’activité. Le potentiel du télétravail dans le secteur des services (40%) est beaucoup plus important qu’il l’est dans le secteur de l’industrie (8 à 10%).

Parmi les recommandations proposées pour surmonter la crise, l’économiste a appelé à imbriquer la protection sociale à travers un mécanisme d’assurance chômage, à rendre les services plus accessibles aux citoyens via la digitalisation qui va améliorer le bien- être des citoyens.

Engager un plan de transition énergétique et numérique 

Pour l’économiste Habib Karaouli, les mesures qui ont été prise et les ressources financières qui ont été mobilisées  par les pouvoirs publics, en guise de riposte au coronavirus, sont “extrêmement insuffisantes”. Ce qui dénote, selon lui d’une incompréhension des enjeux de la crise.

Il a ajouté que la transparence est un élément central dans la gestion de la crise. Il a, à cet effet, mis en garde, contre les risques de corruption et de détournements de fonds allouées pour la gestion de la crise du coronavirus. Il a fait savoir que, selon le rapport de Transparency  International, 10% à 25% du total des montants alloués par la Banque mondiale au profit des pays, qui sont à hauteur de 160 milliards de dollars, peuvent potentiellement être détournés par la corruption.

Par ailleurs, il a souligné qu’il faut profiter des opportunités offertes par la crise du coronavirus pour être en rupture avec  les anciens paradigmes et aller vers une société plus résiliente aux chocs. Pour ce faire, il faut faire preuve d’innovation et engager un plan de relance et de transition numérique et énergétique. “ Le futur ne peut être que dans la transition énergétique et numérique”, a-t-il conclu.

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