D’après les chiffres communiqués par les départements concernés, la quantité de marchandises saisies en un mois égale celle qui l’a été en un an! Cela démontre la gravité du problème et la nécessité d’y répondre par des mesures radicales et appropriées pour mettre un terme et arrêter cette effroyable hémorragie. C’est en 1978 que les autorités avaient pris la décision d’encourager la création et la mise en place d’un réseau de chambres froides et de dépôts pour aider à réguler le marché, subvenir aux besoins et éviter les pénuries. Certains se souviennent que l’on faisait des kilomètres hors des concentrations urbaines à la recherche de quelques œufs pour Ramadhan.

Ces dépôts et ces chambres froides ont permis au marché de se redresser et surtout d’établir un équilibre entre l’offre et la demande. Mais c’était sans compter avec les trafiquants de tout bord et les requins qui ont tout de suite senti le côté gain facile et manipulations des marchandises mises sur le marché. C’est ainsi que les produits subventionnés, achetés sur le marché tunisien, partaient vers les pays voisins et revenaient même à des prix défiant toute concurrence.

Pour la bonne raison qu’au sein de ces pays, ils étaient subventionnés. Mais le plus important, c’est que les récoltes enlevées sur pied, grâce à des moyens financiers extrêmement importants, disparaissaient et n’étaient plus qu’écoulées au compte-gouttes par cette mafia qui contrôlait les marchés de gros, décidait des moments de sa mise sur le marché et surtout imposait des prix hors normes. Et on laissait faire, car de gros bonnets dirigeaient ce manège.

Il était devenu impossible d’arrêter l’hémorragie, à moins de couper dans le vif et d’y aller avec conviction tout en étant décidé de faire respecter la loi. C’est cette lutte engagée depuis deux ou trois ans qui commence aujourd’hui à donner ses fruits. Les équipes de contrôle sont devenues plus étoffées et aguerries et grâce à l’expérience acquise et à un réseau de renseignements bien en place ont fini par faire tomber bien des têtes. Ira-t-on jusqu’au bout ? Seul l’avenir le dira, car nous savons tous que ce genre d’hydre finit par trouver le moyen de ressurgir, surtout si on lui donne les moyens de se refaire une santé. Parallèlement à cette action sur le terrain, aux nouvelles lois et dispositions prises, il faudrait reprendre en main et réorganiser ce secteur. Les chambres frigorifiques et les dépôts, nous en avons besoin. Tous les pays du monde en possèdent. Mais c’est au niveau de la réglementation régissant la mise en place de ces moyens de stockage que le bât blesse. Actuellement, c’est la foire! Il nous semble qu’une décentralisation des moyens de contrôle s’impose.

Les gouverneurs devraient être les premiers responsables de ce qui se passe au sein de leurs gouvernorats. Le cahier des charges est également à revoir pour permettre aux unités de contrôle de remonter une tracabilité sans équivoque. Les lieux d’établissement de ces dépôts et chambres froides sont aussi à fixer, ce qui est de nature à favoriser les contrôles, et d’éviter de possibles sinistres.

D’après les dernières informations, des dépôts énormes ont été découverts dans des zones d’habitation. Un moyen de se fondre dans la masse, de mieux camoufler ces activités louches et de favoriser les mouvements des marchandises en fonction des saisons et des occasions qu’offrent les fêtes religieuses aux autres. C’est dire que si la chasse a été bonne, il n’est nullement question de se contenter de ce jeu du chat et de la souris. Le déploiement des forces de l’ordre et des agents de contrôle n’est pas une chose facile.

Il faudrait une véritable reprise en main de ce secteur vital, mais aussi dangereux, pour en faire un outil au service de l’économie nationale et non pas un moyen de déjouer tous les programmes de redressement mis en place. Dans l’état actuel des choses, c’est tout le contraire que l’on constate.

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