Privés, certes, des galas du Ramadan, des théâtres du Ramadan, des animations du Ramadan, mais, remercions le ciel, les indicateurs virent au vert , le corona faiblit, et de fortes chaleurs, tout de même précoces, annoncent comme un retour à la normale, donc , à nos bons vieux festivals d’été.

Mesurons, d’abord, cette chance. Comparons avec ce qui se passe en ce moment dans les pays du Nord .

Là, on a beau simuler, camoufler, invoquer « des complots », la situation demeure objectivement grave. La veille, encore, en France, on enregistrait près de 300 décès, et plus  de 2.000 aux Etats-Unis. Au quotidien, le nombre est simplement effarant.

Là, de toute évidence, l’idée même de renouer avec les spectacles est exclue. Les prévisions les plus optimistes renvoient à fin juillet. Arts et artistes d’Occident chômeront probablement encore des mois.

Ce que seraient nos festivals d’été, ceux (croisons les doigts) de « la sortie de crise » ?

On sait, déjà, une chose, « dictée par le contexte », avantageuse peut-être : ils seront locaux. Strictement nationaux.

Nous avons déjà évoqué « les avantages possibles». Longtemps nos artistes, nos chanteurs, surtout, se sont plaints des faveurs concédées aux « stars du charq».La voie est libre, cette fois-ci . Sans l’obstacle de la concurrence « abusive », les talents tunisiens pourraient mieux s’exprimer, occuper « la place qui leur revient ».

Le problème est ailleurs, néanmoins. Il se pose au niveau des contenus. Avons-nous la matière qu’il faut? Les voix qui suffisent, les chansons et les compositions dignes de mériter des grandes scènes festivalières ? Il n’y a pas de limite d’offre, soit, et la dynamique générale existe, principalement grâce à Internet et depuis l’avènement de la Cité de la Culture. Le hic est ce que donne tout ça. Ce qui en résulte, à tout considérer. Des écoles en devenir ? Des styles spécifiques ? Un mouvement artistique ?

L’histoire musicale est, généralement, ainsi faite. D’époques distinctes. De continuités. En Tunisie, elle s’est construite, à chaque fois, dans la cohérence, dans « l’institution ». Classification du malouf sous Rachid Bey, essor des musiques de la tariqa (XVIIIe) école d’Erlanger-El Ouafi des années 1920 , expansion de la chanson classique égyptienne début 1930, naissance de La Rachidia en 1935, « Taht essour » années 40 ,musique et chanson de l’après-Indépendance(50-70),nouvelle « renaissance » , années 80 : tout  a toujours eu un commencement, un développement, tout a laissé sa marque, tout a fécondé.

Le mixage, le morcellement, l’absence de référence, de projet, le flou esthétique et historique, nous y sommes relégués depuis. Précisément aujourd’hui. A l’heure où mille genres nous séduisent, mille musiques nous attisent ,mais où nul genre, nulle musique ne parvient encore à nous représenter.

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