Le verdict est tombé… et il est très lourd: le tourisme s’effondre sous le poids du Covid-19 et il y a urgence à agir rapidement pour venir en aide au secteur et préparer une relance qui sera timide


Depuis le début du déconfinement ciblé et même avant, les professionnels du secteur émettent des propositions tous azimuts pour sauver le soldat tourisme, le secteur le plus touché par le Covid-19. Pour ce faire, une réunion, sous forme d’un webdiner, s’est tenue, samedi 9 mai, afin de présenter les idées pour relancer le tourisme et penser à l’après-Covid-19.

Un secteur dans la tourmente!

Dans son intervention, Mohamed Ali Toumi, ministre du Tourisme et de l’Artisanat, n’a pas manqué de saluer les efforts fournis jusqu’à présent par le gouvernement dans la lutte contre le coronavirus, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre la mise en œuvre du plan national en matière de lutte contre cet ennemi invisible pour maîtriser la propagation de l’épidémie. «On a réussi là où des pays développés, dont les moyens matériels nous dépassent de plusieurs dizaines de fois, ont échoué…L’anticipation et le sérieux étaient le maître des mots dans cette crise sans précédent pour éviter la catastrophe…Il faut continuer sur cette voie si on veut crier victoire», indique Toumi.

Malgré ce signal fort et positif, le ministre n’a pas manqué de dresser un bilan alarmant et désastreux du secteur. A l’échelle internationale, selon les dernières données de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), l’impact de la chute de la demande de voyages internationaux pourrait se traduire par une baisse de 850 millions à 1,1 milliard de touristes internationaux et une perte de 910 à 1.200 milliards d’euros de recettes d’exportation du tourisme. En conséquence, 100 à 120 millions d’emplois directs dans le tourisme seraient menacés.

Pour la Tunisie, Toumi indique que l’impact de l’épidémie du Covid-19 s’annonce très sévère et pourrait causer plus de 6 milliards de dinars de pertes directes au secteur touristique. «Malgré le déconfinementciblé qui a commencé depuis le 4 mai, les hôtels resteront fermés à ce stade… Il est vrai que certains d’entre eux continuent d’accueillir le personnel soignant et des personnes en confinement, mais une écrasante majorité des établissements hôteliers est à ce jour fermée et risque une année blanche», regrette le ministre.

500 MDT pour sauver le tourisme

Pour relancer le secteur et toutes ses composantes (établissements touristiques, agences de voyages, entreprises artisanales, restaurants et cafés touristiques…), le gouvernement offre une garantie de 500 millions de dinars. D’autres dispositions sont également prévues à l’instar de l’encadrement des sociétés impactées par la crise du coronavirus. Mais selon Toumi, au début de la semaine prochaine, une nouvelle batterie de mesures est prévue en faveur des entreprises afin de préserver les emplois et les salaires. «Il est vrai que les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration attendent avec impatience de relever la tête, mais le niveau de l’incertitude et de manque de visibilité est très élevé et jusqu’à présent on ne peut pas évaluer pleinement l’impact du Covid-19 sur le tourisme. Pour ce faire, ces secteurs doivent adopter de nouvelles normes sanitaires qui vont les pousser à se réinventer pour annoncer une relance progressive», explique le ministre.

Trois axes majeurs

Pour sauver ce qui peut encore l’être, le département du Tourisme compte travailler sur trois axes majeurs tout en respectant le protocole sanitaire qui devrait être mis en place par les établissements touristiques afin d’être dans les normes pour amorcer la reprise d’après Covid-19.

Toumi indique que le pays va miser sur le tourisme local ou intérieur pour accélérer la reprise du secteur touristique après la crise du Covid-19. Pour ce faire, le gouvernement doit investir massivement sur le marché national. « Plus de nature, plus d’écologie, plus de sensation… le touriste local d’aujourd’hui est un individu moderne et connecté. Il est, donc, plus que jamais temps de développer le tourisme intérieur qui s’est imposé au fil des ans en devenant un créneau porteur et sur lequel les professionnels peuvent compter », explique-t-il.

Le ministère compte, également, miser sur le tourisme de proximité puisque le nombre des touristes maghrébins (notamment les Algériens et les Libyens) ne cesse d’augmenter d’une année à une autre. Toutefois, un travail lourd et sérieux devrait être effectué au niveau des frontières et ce créneau dépend aussi des mesures de déconfinement annoncées par nos voisins.

Pour le tourisme international, il reste fortement lié au protocole sanitaire qui devrait inévitablement être appliqué par les opérateurs du secteur touristique dès le retour des premiers clients après la réouverture des frontières.

Deux autres propositions sont en cours de discussion au sein du département du Tourisme. Pour les Tunisiens résidant à l’étranger qui veulent passer leurs vacances d’été en Tunisie, trois scénarios sont possibles pour assurer leur retour ; soit à travers des vols commerciaux, à travers les tour-opérateurs une fois le déconfinement est confirmé à l’échelle internationale ou à travers des vols de rapatriement avec une obligation de confinement de 14 jours dans un hôtel qui sera pris en charge par le client lui-même.

Une autre réflexion est en cours sur l’île de Djerba, le produit d’appel de la Tunisie. L’idée c’est de créer un pont aérien au niveau de l’île avec des précautions et mesures d’hygiènes lors de l’accueil et du transfert des clients. «Il faut transformer notre faiblesse en une force pour que cette île emblématique voie une éclaircie», conclut le ministre.

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