Titulaire d’un master de recherche en littérature française moderne et d’une licence en langue, littérature et civilisation française, Yosra Naoui   lutte pour l’insertion des personnes handicapées dans la société civile et culturelle. Depuis 2015, elle est active au sein de l’association « Génération solidaire », chargée de la communication du projet : « Tunis accessible à tous »  et l’Installation d’un ascenseur au Théâtre municipal de Tunis.

En décembre 2017, elle a intégré l’univers de la rédaction  avec l’organisation  « Humanité & Inclusion » où elle devait enquêter et évaluer les conditions des PSH au sein des entreprises en Tunisie.

Passionnée  de lecture, d’écriture et toujours soucieuse de transmettre cette passion aux autres, elle a été initiée à la radio, en animant, l’été dernier, la rubrique «devise Hyetek» sur « Radio Jeunes ». Battante et soucieuse du sort des personnes handicapées, elle se confie à La Presse sur l’image des personnes à capacités réduites, véhiculée récemment à la télévision et sur le confinement et ses aléas. Rencontre. 

La paraproduction ramadanesque burlesque 

Nous, personnes engagées et activistes, luttons pour l’intégration des personnes handicapées dans la société. Cela implique, entre autres, que des réalisateurs ou créateurs prennent le handicap comme sujet dans leurs productions télévisées. C’est même l’un de nos intérêts : nous sommes, en effet, une caste de cette société et donc un sujet de plus à traiter. Je le reconnais, je dois même dire que c’est l’un des aspects de l’égalité, auquel on aspire il y a de cela des années.

Pendant ce Ramadan 2020 exceptionnel, le sujet du handicap a inspiré plus d’un. Ou peut-être vous allez me dire que vous avez l’habitude de voir des personnes handicapées dans les productions ramadanesques ! Pour une fois, une série a su rebondir sur les souffrances de ces personnes handicapées en s’appuyant sur des dialogues descriptifs et en ayant recours aux moqueries gestuelles pour faire rire ou bien dans le seul but de faire grimper les chiffres d’audience.

Cependant, pour les spectateurs, une petite question me turlupine: en quoi une personne qui bègue peut-elle faire rire, par exemple ? En vérité, cette personne fournit un effort gargantuesque pour pouvoir communiquer avec les autres. On utilise cette « défaillance » afin de  produire de la matière comique. Alors qu’en vérité, c’est profondément tragique de nous rabaisser autant et de nous jeter à la merci de la société devenant ainsi sa risée, et brisant notre rêve, celui d’être un jour le héros auquel de nombreux jeunes à besoins spécifiques voudraient s’identifier : «Nous donner par exemple l’opportunité de nous vanter  en étant un protagoniste Geek, sympathique, stylé et handicapé juste pour changer ce regard déjà pesant que porte la société sur nous. Cette même société où la production télé a un rôle, important, majeur à jouer.

Cela dit, je n’en veux pas à ces gens de l’audiovisuel, ces scénaristes  ou autres  : je me permets juste d’attirer leur attention vers un autre axe de création et de réflexion pour leurs prochaines productions de telle sorte à créer l’effet de surprise garantie et à faire évoluer les mentalités sans nous offusquer».

«Je vous l’assure, n’ayez crainte, nous les handicapés nous sommes une valeur sûre : on assure».

La pluralité du confinement

Etant donné que la période du confinement,  — bien qu’il soit général ou ciblé —  prendra bientôt fin et que chaque personne retrouvera sa vie soi-disant normale, il est temps pour moi de confesser rapidement sur le confinement. Comme je l’ai dit auparavant, «confinement ou pas, il n’y a pas vraiment un grand changement ».  Et par le biais de cette petite note, je souligne qu’en cette période particulière, nos pensées et nos réflexions se trouvent axées, figées uniquement sur le problème de la propagation et de la contamination du virus.

Cette paralysie réflexive m’a permis de faire une mini-constatation sur la pluralité des confinements qui peuvent bien exister. En effet, je dois reconnaître que grâce à vos talents cachés, dévoilés en période de confinement général sanitaire, je peux vous dire que j’ai pu énumérer toutes sortes de confinements.

Vous y trouvez : un confinement culinaire où les recettes de grand-mère et le « home made» ont prospéré, un confinement littéraire où bien des auteurs ont été déterrés et commentés : je ne peux qu’encourager cette activité. Il y a aussi le confinement solidaire, volontaire qui a énormément aidé les autorités à contourner les difficultés et où l’ingéniosité a pu s’exprimer, et pour cela,  je ne peux que les saluer et  les inciter à continuer. Il y a également le confinement méditatif, là où toutes les questions existentielles refont surface : ici, les personnes non-habiles de leurs mains et/ou la dextérité leur fait défaut — et dont je fais partie —  trouvent refuge pour bien penser au déluge.  Il y en a évidemment bien d’autres, je dois vous l’avouer, mais je vais m’arrêter là  pour l’instant, et vous laisser faire votre propre opinion sur la question de la pluralité du confinement.  J’en profite pour vous remercier pour vos dons qui m’ont permis de lutter contre les idées noires, en me focalisant sur vos réflexions me permettant ainsi de rédiger quelques publications».

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Un commentaire

  1. Tarek Ben noamene

    19/05/2020 à 11:09

    « Nous les handicapés »? ?? Déjá il va falloir commemcer par remplacer ces termes négatifs par des termes positifs pour créer un changement dans les mentalités.
    Il faut utiliser ce genre de termes á la place: Les gens déterminés-les braves- les courageux-

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