Lancinance, encore, depuis l’annonce de la mort de Si Chedly Klibi. Bien des aînés nous quittent à présent. Proches, maîtres, amis. C’en est l’heure, on le sait, on assume, on attend notre tour, on tient le coup. Mais cette douleur, là, est un ébranlement. Celle d’une perte irrattrapable. Celle d’une tranche de vie essentielle, «égarée», peut-être, à jamais.

La tranche de vie remonte aux premières décennies de l’Indépendance. Aux années de l’édification bourguibienne . A celles dites des bâtisseurs. Ces années demeurent parce que, chose unique dans le tiers monde à l’époque, elles s’appuyèrent sur le seul progrès humain. Sur la matière grise, aimait à insister le Zaim. Si Chedly partagea ce rêve d’emblée. Lamine Chebbi et Mahmoud Messaadi se mirent à l’éducation de base. Lui, aux Arts et à la Culture. Un peuple cultivé est un peuple riche. De 1960 à l’orée de 80, la Tunisie eut ses meilleures écoles, ses meilleures universités. Grâce, surtout, à l’intuition et à la persévérance de Chedly Klibi, elle avait déjà un théâtre de pointe et un cinéma en devenir. Elle avait ses festivals internationaux, ses maisons de la culture et ses festivals de régions.

Si Chedly s’en est allé. Que reste-t-il de tout cela. Qu’en survit-il, au moins ?

Longtemps, déjà, que le «timonier » a quitté le navire, que ses fidèles successeurs n’exercent plus. Le monde est tout autre. La prospérité de la culture, l’intelligence des peuples se mesurent autrement. Hélas, plus à la lumineuse tranche de vie des décennies de l’Indépendance. Plus que des résistances éparses, des élites en minorité, de maigres reliquats.

«Carthage» et «Hammamet» ? Méconnaissables. Les maisons de la culture ? Pratiquement sans ressources. Les Journées de Carthage ? Banalisées. Les structures ? Encombrées. Le budget ? Amenuisé.

Mais le mal, le vrai mal, après Chedly Klibi, après le fondateur, après les pionniers, a été l’abandon  de toute  politique, de toute stratégie de la Culture. De toute réflexion et de tout projet. Et le recours pour tout critère «culturel» à la loi du grand public et du marché. Au divertissement et à l’argent.

L’éducation et l’intelligence collectives ne rendent, semble-t-il, plus prospère. Pardonnez-leur Si Chedly. «Mieux» : le chef du gouvernement vient de voler au secours des télévisions commerciales. A leurs patrons milliardaires et à leurs chroniqueurs payés par dizaines de millions.

Voire, sur ces entrefaits, la très prometteuse ministre des Affaires culturelles ne pipe pas mot.

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Un commentaire

  1. hamadi

    23/05/2020 à 13:07

    ton article.. c est du MOZART.aujourd hui ,il n y a plus de culture,ni d instruction ,la tv tunisienne est une fabrique d imbéciles.un ministre tunisien qui vient au secours d une tv ….privée !!!!! la preuve que le ridicule n a jamais assez tué. c est la premiere fois que je tombe sur le site de la presse(j habitais au 2 rue de l isére devenue rue allal féssi)depuis plus de 40ans, je suis installé sur la cote d azur. ,aid mabrouk à mondher,adnan ainsi que tes proches du 147 rue bab el fella.

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