L’agriculture tunisienne amorce un nouveau tournant dans sa longue histoire et sa riche tradition. Mieux encore, elle se modernise à petits pas pour conquérir de nouveaux marchés. La technologie des drones commence à porter ses fruits en Tunisie grâce au capital confiance dont elle jouit. Une innovation de taille que Chokri Chabchoub ne manque pas de signaler vu l’importance de l’appui technologique pour moderniser l’agriculture tunisienne qui utilise encore des méthodes archaïques.

M. Chokri Chabchoub, veuillez vous présenter.

Je me présente : Chokri Chabchoub, colonel de l’armée de l’air tunisienne, actuellement président-directeur général de la Société nationale de la protection des végétaux (Sonaprov). J’ai effectué mes études à l’Ecole de l’aviation militaire grecque connue sous le nom de Hellenic Air Force Academy, où j’ai obtenu mon diplôme en tant que pilote de chasse. J’ai occupé plusieurs postes au sein de l’armée de l’air tunisienne, par la suite je suis passé en tant que détaché militaire auprès du ministère de l’Agriculture. Enfin j’ai été nommé P.D.G. de la Sonaprov.

Pouvez-vous nous parler des activités de la Sonaprov avec d’amples détails ?

La Sonaprov est une société qui relève du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, elle a été créée en 1969. Au départ, elle avait pour mission la protection, à travers des études scientifiques et techniques, le traitement des principales cultures et la lutte contre les différents parasites, tels que ceux qui attaquent les céréales, les oliviers et les agrumes et qui nécessitent une intervention généralisée dans un délai relativement limité.

En quoi consiste le recours aux drones actuellement ?

Etant une technologie innovante capable de mener des activités aériennes telles que la prise de vues aériennes, la surveillance, la cartographie, l’épandage, le recours aux drones s’avère une solution pertinente pour mener des études et des projets de développement et promouvoir le secteur agricole en Tunisie. De ce fait, la Sonaprov a renforcé son statut par la création d’une direction capable de mener ces missions dans le cadre de la modernisation et du développement du secteur agricole «Agriculture de précision» afin de soutenir le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et actualiser sa stratégie par ces technologies prometteuses.

Vous avez parlé d’un projet avec les Coréens, où en êtes-vous ?

En août 2018, et suite à une levée de fonds effectuée par le ministère de l’Agriculture auprès de la Banque africaine de développement (BAD) ainsi qu’une synergie avec la Corée du Sud, j’ai été nommé P.D.G. de la Sonaprov et chef de projet «Création d’un système basé sur la technologie des drones pour promouvoir la productivité agricole en Tunisie et en Afrique». Ce projet a permis de développer un programme intelligent basé sur la formation des télépilotes de drones et le transfert de technologie via un projet pilote sur l’étude et le développement du secteur agricole à Sidi Bouzid. Ce projet a été clôturé en juillet 2019 par une cérémonie intéressante. Il a connu un grand succès et a abouti à la signature de deux conventions de partenariat avec la Banque africaine de développement et la partie Busan Techno Park (BTP) de Corée du Sud.

L’année dernière, on a entendu parler de la création d’un centre d’excellence, qu’en est-il au juste?

Après le succès du premier projet que je viens de citer, le sujet des conventions signées entre la Sonaprov et la BAD, d’une part, et entre la Sonaprov et BTP, d’autre part, et la création d’un centre d’excellence capable de généraliser cette première expérience sur divers secteurs basés sur ces technologies innovantes en Tunisie et en Afrique et permettant de développer des thématiques liées dans le cadre de la recherche-développement, l’assistance et le développement des start-up.

Pendant le confinement, plusieurs pays ont utilisé les drones pour respecter les règles de sécurité sanitaire. En Tunisie, on a remarqué que le ministère de l’Intérieur a utilisé des drones, de quelle manière y avez-vous contribué ?

En Tunisie et dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19, la Sonaprov a mis ses compétences et sa plateforme de drones et capteurs à la disposition du ministère de l’Intérieur pour faciliter la surveillance, le contrôle et la sensibilisation pour la bonne application et la gestion du respect des règles de sécurité sanitaire. En effet, une convention a été signée entre les deux parties, permettant de réaliser des missions de surveillance, de contrôle et de sensibilisation par drone, en liaison directe (en temps réel) avec la salle des opérations à toutes fins utiles.

Y aura-t-il une collaboration avec le ministère de la Santé sur ce sujet ?

Avec le ministère de la Santé, la Sonaprov, par le biais d’un don de quatre drones et deux capteurs thermiques d’une société privée, a planifié des missions de surveillance et de contrôle de température élevée permettant d’identifier les personnes susceptibles d’être porteuses du virus et ce sur les sites de flux important de passagers et les foyers considérés à risque en collaboration avec la salle des opérations du ministère de la Santé.

Samedi dernier, on a observé une expérience d’utilisation de drones sur un champ de pommes de terre. Cette opération entre dans quel cadre ?

Sur la base des préoccupations du Centre technique de la pomme de terre et de l’artichaut (Ctpta), de l’Institut supérieur agronomique de Chott Mariem (ISA-CM) et de la Sonaprov, une convention de collaboration technique et scientifique tripartite a été mise en œuvre, ayant pour objectif l’assistance scientifique et technique par les enseignants chercheurs de l’ISA-CM, la Sonaprov et les responsables qualifiés du Ctpta, afin d’améliorer le système de production des cultures maraîchères installées et l’adapter aux changements climatiques. Les thèmes de recherche et développement concernent les cultures maraîchères conventionnelles en plein champ (maîtrise des techniques de production, techniques culturales, réglages machines, densité de plantation, irrigation, fertilisation, agriculture de précision, suivi des cultures, imagerie aéroportée…) basée sur la technologie d’imagerie multispectrale et à très haute résolution aéroportée.

Selon vous les drones facilitent l’autonomisation des collectivités locales et la lutte contre les éléments nuisibles ? Les drones ont-ils un avenir prometteur en Tunisie ?

Les technologies innovantes basées sur l’usage des drones sont prometteuses et ont montré leur apport pertinent en termes de vitesse de déploiement, de possibilité de suivi et contrôle quasi réel. Permettant la bonne gestion et la collecte des informations géospatiales très précises et solides, elles sont capables, en présence des spécialistes en système d’information géographique, analystes et photo-interprétateurs, de prendre les bonnes décisions au bon moment et au bon endroit le plus rapidement, ce qui est le but majeur des décideurs pour la lutte contre les éléments nuisibles, la bonne gestion et le suivi de telles missions.

Charger plus d'articles
Charger plus par Sabrine AHMED
Charger plus dans Société

2 Commentaires

  1. Maghzaoui

    23/05/2020 à 10:11

    Je me permets, de poser cette question à Madame. Sabrine Ahmed, auteure de l’article. Le PDG de la société Sonoprov, vous a -t-il parlé d’un éventuel futur projet dans la fabrication en série des drones destinés à l’exportation ? Avec mes remerciements.

    Répondre

    • Sabrine AHMED

      26/05/2020 à 17:42

      Selon Mr Chabchoub, je vous informe que la fabrication des drones en série n’est possible qu’après la sortie de la législation d’exploitation des drones par le ministère de transport DGAC. A mon avis, elle ne va pas tarder, pour SONAPROV la fabrication des drones va entrer dans le projet du centre d’excellence de drone qui sera réaliser en coopération avec la Corée du sud l’année prochaine.

      Répondre

Laisser un commentaire