Durant la crise sanitaire qui n’a pas encore pris fin et qui dure depuis plus de deux mois, les médias nationaux ont joué leur rôle portant notamment sur la sensibilisation et l’information, mais n’ont pas trouvé un soutien particulier de la part des autorités, bien qu’ils soient, tout comme les secteurs de la santé et de la sécurité, sur le front de la lutte contre la pandémie. Les récentes mesures annoncées au profit du secteur par le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, n’ont pas répondu aux attentes des médias, ni des journalistes, qui étaient unanimes à appeler le gouvernement à corriger sa copie. En tout cas, aujourd’hui la crise et sans précédent, et le défi est de taille, sauver les médias, dont notamment la presse écrite, pour préserver le seul acquis de la révolution, celui de la liberté d’expression.

La crise du coronavirus en Tunisie, mais aussi dans le monde entier, semble mettre à nu les réalités du secteur médiatique et des journalistes. Précarité, instabilité et crise perpétuelle, tel est le contexte dans lequel ils s’activent. Car d’ores et déjà, outre la précarité économique, le journalisme et les médias connaissent depuis deux décennies un déclin au profit de la montée en puissance des médias sociaux qui privilégient les informations sensationnelles et contribuent massivement à la propagation des Fake news.

La crise du coronavirus n’a fait que dévoiler et renfoncer ces constats désolants, mettant en péril la situation de plusieurs entreprises médiatiques à travers le monde dont la viabilité n’est plus garantie.

Le contexte national ne fait pas l’exception, d’autant plus que nos médias et notre modèle médiatique connaissent depuis 10 ans une période de transformation culturelle et technologique et se trouvent toujours en quête d’un équilibre du système médiatique. Tous les supports, sans exception, ont été secoués par cette crise, en dépit des pics d’audience enregistrés, alors que l’opinion publique est assoiffée d’informations.

Durant cette crise qui n’a pas encore pris fin et qui dure depuis plus de deux mois, les médias nationaux ont joué leur rôle portant notamment sur la sensibilisation et l’information certes, mais n’ont pas trouvé un soutien particulier de la part des autorités, bien qu’ils soient, tout comme les secteurs de la santé et de la sécurité, sur le front de la lutte contre la pandémie. Les récentes mesures annoncées au profit du secteur par le chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh, n’ont pas répondu aux attentes des médias, ni des journalistes, qui étaient unanimes à appeler le gouvernement à corriger sa copie. En tout cas, aujourd’hui la crise et sans précédent, et le défi est de taille, sauver les médias, dont notamment la presse écrite, pour préserver le seul acquis de la révolution, celui de la liberté d’expression.

Cette crise profonde qui frappe un secteur déjà en détresse a eu des échos à l’étranger. C’est dans ce sens que Uni Global, une fédération syndicale internationale, a appelé le gouvernement tunisien «à respecter ses engagements vis-à-vis du secteur et négocier les solutions à apporter au secteur avec les représentants des travailleurs et des journalistes et à respecter la convention de l’OIT n° 87 concernant la liberté syndicale et la protection du droit syndical et la convention n° 97 sur le droit d’organisation et des négociations collectives». Pour cette organisation, les mesures tendant à en alléger les effets sur les médias annoncées par le gouvernement «semblent profiter bien plus aux patrons qu’aux travailleurs d’autant plus qu’elles étaient prises sans concertation préalable avec les partenaires sociaux».

A cet effet, Uni Global a déploré ce qu’elle appelle «la situation précaire des journalistes et travailleurs des médias et les bas salaires qu’ils touchent et qui font atteinte aux libertés d’expression», et «l’absence totale d’une vision gouvernementale concernant les entreprises médiatiques appartenant à l’Etat et ceux confisqués».

Licenciements et manque de visibilité

Au fait, les craintes des professionnels du secteur sont légitimes et ne proviennent pas de rien. La situation est tellement compliquée qu’il faut même s’attendre à la disparition de certains titres et à d’importantes réductions d’effectifs dans les rédactions quand la crise sera terminée. Le secteur des médias et les métiers de la communication sont profondément bouleversés par la pandémie. Celle-ci va accélérer des mutations déjà en cours et remettre en cause les systèmes d’information, un enjeu essentiel dans un contexte national de construction démocratique.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la situation de la presse écrite, qui, privée des revenus publicitaires, s’expose à l’explosion de l’audience du numérique et de la télévision au détriment des supports papier. Selon le dernier rapport du Syndicat national des journalistes tunisiens (Snjt), 303 journalistes ont été licenciés dont 190 durant la crise du coronavirus. Si pour le président du Snjt, Neji Bghouri, «l’épidémie a fait des ravages au niveau de l’emploi au sein de la profession où 190 journalistes ont été licenciés à cause du coronavirus sur un total de 303 qui ont perdu leur emploi depuis mai de l’an dernier», la question devra alerter les autorités sur la précarité du secteur et le manque de visibilité financière dont souffrent les entreprises médiatiques.

Outre ces questions purement économiques et managériales, la crise actuelle a eu un impact encore plus profond sur la nature et la qualité de l’information présentée aux publics. Le travail des journalistes devient très difficile en raison de la quasi-impossibilité de se déplacer. Du coup, la majeure partie des enquêtes doivent se réaliser par téléphone ou par internet, et les contenus médiatiques d’information ne cessent de dépendre du discours officiel et de celui des «experts».

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