Les internautes / spectateurs ont pu y découvrir « El Khayata », une sitcom dérivée de « El Hajjema » de Zied Litayem. Fin février 2020, un trio composé  de Mehdi Ghazzai, consultant en communication, Ghaith Arfaoui, réalisateur, et Zaineb Melki, journaliste, ont lancé des vidéos en ligne prenant ainsi d’assaut Facebook, principal support de diffusion de « Look TM ». Cette plateforme digitale en ligne adopte une nouvelle manière de consommer différentes thématiques, aborde des sujets souvent brûlants et édifiants  et se consacre aux échanges avec des acteurs actifs dans divers secteurs, et dans de nombreuses luttes, tout en puisant son existence uniquement sur les réseaux sociaux. Rencontre avec Mahdi Ghazzai, qui revient sur cette  initiative, sa sitcom en pensant le digital autrement.

Le virtuel a connu l’émergence fulgurante d’une plateforme digitale, devenue rapidement très visible, notamment grâce à « El Khayata » de Zied Litayem. Comment cela a-t-il commencé pour « Look TM » ?

Personnellement, je méditais déjà sur le lancement d’une plateforme ou d’un média alternatif en ligne. Et de par mon métier — consultant en communication —  travaillant déjà avec des ONG et différents  clients et structures, on constate de loin que 80% des jeunes de 18 à 25 ans ou plus consomment de nos jours l’information via les réseaux sociaux. (D’après une étude réalisée par l’Arab World for Research). Les réseaux sociaux favorisent en masse l’accès à tous les médias. (Presse web, écrite, radio, TV…). Le mode de consommation a changé radicalement. On ne peut que s’en rendre compte et on a comptabilisé donc dessus.

Peut-on dire que les réseaux sociaux sont devenus une passerelle indispensable pour les médias ?

Les médias sont toujours là. C’est une nouvelle façon de les consommer. Et de notre côté, on a pensé cibler  là où l’audience  est déjà, d’où le choix d’être opérationnel sur les réseaux sociaux, sur une page. Et ça a marché : en nombre de vues, on a réalisé un nombre de visites beaucoup plus élevé que sur des sites ou des plateformes déjà existantes, et ce, en peu de temps. On avait donc de fortes chances de percer. De plus, 90% de nos médias actuels sont plutôt conservateurs dans leur manière de traiter l’information ou des sujets précis,  surtout les sujets tabous qui s’adressent aux jeunes. Même pour l’écologie, ou les sujets en rapport avec les femmes, le traitement reste pudique. Il nous a donc fallu une approche nouvelle, percutante, fraîche. J’en ai parlé avec Ghaith Arfaoui, réalisateur et Zeineb Malki, journaliste. La toute première vidéo a été balancée en février et on s’est dit qu’il faut cibler des sujets chauds : loi52, sexualité, féminisme, toute sorte de sujets « qui fâchent », qui poussent au débat, font jaser mais qu’il faut aborder. On a parlé de « Sayeb Rokhsa », en rapport avec l’obtention de la licence d’alcool, entre autres. Et dès les premières vidéos, la recette a pris notamment grâce à une audience d’internautes très intéressée. On ne fait de la concurrence à aucun autre média. On tient à traiter l’information d’une manière différente en misant sur l’interactivité avec les internautes, une durée de vidéos courtes  — de 3 à 5 mn —  et un graphique attirant. On était loin de se douter qu’en, à peine 3 mois, on en serait là. On a pensé à un an au moins pour parler d’un bon décollage.

La clé de votre réussite, c’est donc cette manière nouvelle de consommer uniquement sur les réseaux sociaux ? 

Oui, mais on s’est dit qu’on n’allait pas facilement être contactés par des sponsors, annonceurs ou journalistes … pas maintenant en tout cas. Le format « interviews » marchait et cela nous arrangeait en termes de prod. Les annonceurs nous ont approchés pour du publireportage, mais on a fait le choix de ne pas le faire. On voulait garder un ton engagé par rapport aux vidéos et on voyait plus loin que ça. Un travail nouveau. L’engagement était primordial.

Comment s’est fait le contact avec la fameuse « Khayata », interprétée par Wajiha Jandoubi ?

Il nous a fallu une recette ramadanesque, nouvelle et attractive. On a pensé à Wajiha  Jandoubi. On l’a approchée en lui communiquant nos chiffres. Elle cherchait à passer sa sitcom en ligne sur Youtube, on y a cru et elle aussi. Quand l’accord s’est fait, on n’avait pas de sponsors. Rien. Ce n’est qu’après qu’on a monté un petit dossier qu’on a envoyé à quelques-uns et sincèrement ça a  été une surprise qui nous a permis de payer tout le monde via le digital, d’où cette nouvelle forme de sponsoring et de partenariats. Une première en Tunisie, une sitcom ramadanesque sur les réseaux sociaux qui vit grâce au Net uniquement et on ne compte pas se contenter du ramadan seulement. On s’apprête à remettre le couvert durant l’année. On est parvenu à déplacer le curseur de diffusion et c’est une petite révolution en soi.

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