Lors d’une réunion avec les présidents des blocs parlementaires, le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Rached Ghannouchi, a insisté sur la nécessité  de tout mettre en œuvre pour apaiser les tensions et accomplir les missions qui incombent au parlement en cette conjoncture difficile.

Depuis 2011, la cohabitation à l’ARP est devenue mystérieuse et énigmatique, voire étrange pour ceux qui n’ont pas su l’apprécier à sa juste valeur. Si elle est de plus en plus intégrée dans la sphère des polémiques, des divergences et des dissensions, elle est soumise à tous les aléas et contraintes qui en découlent et qui prennent chaque fois une plus grande forme de débordement. Que nous reste-t-il des promesses des élus annoncées sur fond de respect des règles, de l’intérêt supérieur de la nation, de la « convivialité » politique ?

Il est facile aujourd’hui de spéculer sur les valeurs politiques et l’exemplarité de tout le paysage politique. Mais nous sommes dans le regret de constater que le fossé qui sépare la pratique de la réalité au sein du parlement est évident. L’engagement des députés – si engagement il y a –   à répondre aux aspirations de ceux qui les ont élus n’a jamais été aussi compromis.

Des élus, à différents niveaux, ont débarqué là où ils ne sont pas censés être. Au bout de la logique partisane, mais souvent sanctionnés par un manque de crédibilité évident. Le président de l’ARP appelle à présenter rapidement les candidatures à la Cour constitutionnelle et à respecter les délais fixés à cet effet. Il n’est pas cependant censé ignorer que  rien n’est plus vraiment exemplaire à l’hémicycle. Ni l’ambiance, ni les rapports entre les députés, ni le niveau des débats, ni le mode de vie, ni la gestion des dossiers. Ici et là, les abus et l’ingérence outrepassent les compétences. La confusion dans les rôles et dans les prérogatives fait que chaque partie ne reconnaît plus la position de l’autre.

L’ARP connaît depuis quelque temps une véritable crise de gestion, de normalisation et de régulation. Elle fonctionne dans une prétendue spécificité qui ne fait qu’engendrer dérives et  dérapages successifs et accablants. Une prétendue spécificité qui sert de paravent pour tenter de cacher une réalité amère. Il s’agit au fait d’une crise qui recouvre plusieurs enjeux apparents et d’autres sous-jacents. D’où les conflits qui ne cessent de conditionner les rapports entre les députés, ainsi que les différents blocs parlementaires. Certains élus, investigateurs de bonne conduite, se trompent en tirant trop sur la corde.

Il faut dire qu’au-delà des attitudes le plus souvent curieuses et pour le moins dénuées de sens de la responsabilité, c’est l’incapacité d’agencer et de conjuguer les efforts qui a entraîné les élus du peuple dans les sentiers battus. Cela prend des proportions encore plus alarmantes lorsque le contexte politique, économique et social devient explosif. Cette figure de polémique et de tension permanente a fini par devenir une source de pessimisme, de doute et d’inquiétude.

La plupart des élus sont aujourd’hui la cible non seulement des opinions qui leur sont souvent hostiles, mais aussi des critiques qui fusent de partout. Ils sont dans leur monde. Ils n’arrivent pas à exister, à cohabiter. Ils se voient plus grands que ce qu’ils ne sont. Ils n’ont que très peu, sinon jamais, su répondre à tout ce que les Tunisiens appellent de tous leurs vœux. Et tout cela n’est pas forcément du goût de l’opinion publique.

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