Pour l’économiste et ancien ministre des Finances, Houssine Dimassi, le retour à la croissance va prendre du temps. Des secteurs connus pour être le cœur battant de l’économie tunisienne continueront, sur le court et éventuellement le moyen terme, à battre de l’aile. La seule issue est d’instaurer un climat de confiance et de paix sociale afin d’encourager, par tous les moyens possibles, l’investissement public et privé.


En Tunisie, les répercussions économiques de la crise du coronavirus vont s’inscrire dans la durée et le retour à la croissance ne se fera qu’après deux ou trois ans. Etes-vous de cet avis-là ?

Si on prend en considération le comportement des principaux moteurs de la croissance, je dirais que “oui”, ça va prendre deux ou trois ans pour qu’il y ait un retour de la croissance. En effet, les moteurs de la croissance étaient en panne avant même l’apparition du coronavirus et rien ne laisse prévoir une amélioration de la situation, une fois la crise passée.

Le premier pilier de la croissance, à savoir les exportations, a été profondément touché, compte tenu de la mise à l’arrêt des économies en Europe, premier marché d’exportation et donneur d’ordre pour la Tunisie. Idem pour l’investissement, deuxième pilier de la croissance.

Vu le flou qui plane sur l’évolution de la situation épidémiologique, les investisseurs privés auront toujours un comportement hésitant et on pourrait voir un recul de l’investissement public en raison des ponctions qui peuvent être effectuées sur le budget de l’investissement public.

Enfin, la demande des ménages qui constitue le troisième pilier de la croissance va se rétracter en raison de la baisse de leurs pouvoirs d’achat. Les mesures de confinement général et la mise à l’arrêt des unités de production qui ont été décrétés il y a deux mois auront une incidence sur les revenus des ménages. En somme, on peut conclure qu’il n’y a pas de perspectives de reprise rapide de l’économie.

Quels sont les secteurs dont la reprise sera particulièrement difficile ?

Il y a tout d’abord le secteur du tourisme. C’est un secteur qui sera très affecté, étant donné que les pays européens, princi paux marchés émetteurs de touristes à destination de la Tunisie, ont interdit les voyages touristiques durant cette année. Cette situation pourrait encore durer en 2021. Evidemment, la crise du secteur du tourisme peut, à son tour, impacter la croissance dans d’autres secteurs qui lui sont liés, principalement le transport, tous types de transport. L’agriculture aussi risque une crise importante.

C’est un secteur directement lié au tourisme, dans la mesure où il constitue une bonne partie de la demande des produits agricoles. En somme, on peut conclure que le tourisme est le plus touché par la crise du coronavirus, mais on peut ajouter, aussi, l’industrie manufacturière, notamment l’industrie du textile, l’habillement et les chaussures et l’industrie électrique et mécanique, puisqu’il y a un effondrement de la demande européenne.

Selon vous, quelles sont les mesures urgentes à adopter dans le cadre d’un plan de relance économique ?
Le seul facteur qu’on peut relativement contenir et contrôler, c’est l’investissement. Je crois qu’il faut déployer tous les moyens possibles pour encourager les entreprises à investir et surtout leur donner une certaine quiétude et une visibilité sur l’avenir, et ce, sur tous les plans politique, social etc.

Ainsi, je crois qu’il est temps que les partenaires sociaux et le gouvernement construisent un pacte pour les deux trois prochaines années dans l’objectif d’instaurer un climat de paix sociale. Aussi, l’Etat doit éviter de ponctionner le budget de l’investissement public, puisque c’est à ce niveau-là qu’on a assez de marge de manœuvre.

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