Le monde traverse aujourd’hui une crise mondiale sanitaire aux répercussions socioéconomiques sans précédent. Une grande partie des familles dont les enfants sont scolarisés dans les réseaux des écoles françaises se trouve touchée de plein fouet. Les parents d’élèves des établissements français en Tunisie souhaitent clarifier leur position quant aux mesures annoncées unilatéralement par Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Olivier Poivre d’Arvor, stipulant le maintien des frais d’écolage, et ce, en ignorant les différents appels et demandes de discussion à ce sujet, formulés par l’Apeesft (Association des parents d’élèves des établissements scolaires français en Tunisie).

Il convient de distinguer entre deux revendications : la réponse formulée par SEM l’ambassadeur confond les deux. Les réponses données à l’une ne seront pas une solution pour l’autre.

Revendication première : la réévaluation pour tous les parents de la facture du troisième trimestre 2020 au prorata des heures recommandées par le ministère de l’Education et assurées pédagogiquement par les enseignants. Cette revendication n’est en aucun cas une remise en cause des efforts consentis par le corps enseignant. Au contraire, le travail des enseignants est  salué. Il s’agit tout simplement de modérer les affirmations attestant que les enfants sont en train d’apprendre comme s’ils étaient à l’école, mais différemment.

Volume horaire actuel VS volume horaire habituel

Dans ces circonstances exceptionnelles, la continuité pédagogique est un outil mis à la disposition des enfants afin d’assurer une continuité dans l’apprentissage. Malheureusement, le volume horaire du suivi pédagogique ne correspond pas au contrat signé entre l’établissement et les parents, ce qui justifie éventuellement une réduction sur la facture du troisième trimestre valable pour tous les parents au prorata du volume horaire recommandé par le ministère de l’Education en prenant en compte l’absence de l’environnement et des prestations scolaires présentielles et assurées effectivement par l’école. En effet, le ministère de l’Education recommande 2 à 3 heures pour les élèves dans les écoles primaires et 3 à 4 heures pour le collège. Très loin du volume d’horaire ordinaire assuré au sein de l’établissement scolaire.

Inégalité face à l’utilisation des dispositifs d’enseignement à distance

Dans ce sens, les équipes enseignantes ont dû improviser à la hâte une continuité pédagogique qui s’avère être à géométrie variable. La priorité des premières semaines de confinement devait consolider les acquis, tout en s’ouvrant à de nouvelles notions relativement faciles à assimiler à distance. L’école à la maison s’installe dans le temps, de manière extrêmement variable d’un établissement à l’autre, d’un niveau à l’autre et d’un professeur à l’autre. Tous ne recourent pas aux mêmes dispositifs.

Les écoles françaises ont montré leur caractère exceptionnel et ont fourni un service qu’aucune école étrangère nulle part ne peut fournir à travers la continuité pédagogique. Peu de classes virtuelles sont mises en place malgré le fait que le ministère a mis à disposition (120.000 «classes» créées par certains des 850.000 professeurs, sachant qu’un même enseignant peut en créer plusieurs) et proposé aussi, dans des configurations assez proches, par ce qu’a pu affirmer SEM l’ambassadeur : nos établissements ne sont pas les meilleurs en la matière.  A titre illustratif, l’école britannique à Tunis, pour justifier le paiement intégral de sa facture aux parents, assure à tous ses élèves des classes virtuelles par visioconférence avec la présence de l’enseignant via teams par écran interposé de 8h30 à 15h00 avec une heure de pause. D’ailleurs, les parents du réseau ne sont pas contre le paiement de la totalité de la facture si un tel dispositif est mis en place au profit des élèves du réseau.

Cette continuité pédagogique à plusieurs vitesses nuit sans doute à un principe consacré par le code de l’éducation dans son l’article L111-14 applicable selon l’article R.451-1 aux établissements français d’enseignement à l’étranger stipulant que  l’éducation est la première priorité nationale. Le service public de l’éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l’égalité des chances et à lutter contre les inégalités sociales et territoriales en matière de réussite scolaire et éducative. Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction. L’égalité des chances est extrêmement entachée par les inégalités d’apprentissage.

Par ailleurs, et contre l’argument de l’inégalité des parents face à la facture numérique, le réseau devrait prendre en compte que beaucoup de parents ont dû avancer de l’argent pour payer du matériel informatique afin d’assurer cette continuité pédagogique. Le réseau devrait, dans ce sens, et pour pallier les différences d’accès au matériel informatique par certaines familles, fournir des alternatives en prêtant du matériel (tablettes, ordinateurs, autres.), sachant que l’école américaine en fournit à ses élèves. Voici un autre exemple démontrant que les établissements français ne sont pas forcément les plus proches des besoins des familles. Toute comparaison avec les établissements tunisiens ne peut avoir lieu. Ni le cadre juridique ni la facture ne sont comparables. Sachant que certains établissements homologués étaient plus à l’écoute des parents que le réseau mère.

Pas d’enseignement efficace sans interaction

Pour les classes primaires où les élèves sont rarement autonomes avec les outils numériques, la majorité des enseignants ont préféré adresser soit à travers des plateformes, sous forme de blog ou simples messages électroniques, le travail à faire et les corrections aux exercices donnés quelques jours plus tôt. Le parent joue ainsi un rôle crucial en remplaçant l’enseignant pour assurer la compréhension des nouvelles notions et la correction du travail. On se rend compte ainsi de l’illusion d’une continuité pédagogique sans une vraie interaction entre élève et enseignant. Cette interaction devrait être au moins quotidienne pour être efficace. Il est extrêmement difficile d’avancer dans le programme comme dans des conditions ordinaires. De même, le règlement de la prestation scolaire ne devrait pas, elle aussi, se faire comme si nous étions en situation ordinaire.

La 2e revendication est la prise en compte de l’impact de la crise sanitaire sur la situation économique des familles. Cette situation affectera la capacité de beaucoup de familles de s’acquitter de la facture du troisième trimestre et touchera sans aucun doute les droits d’inscription de l’année prochaine avec les répercussions de l’inflation engendrée par une récession économique sans précédent. Dans ce sens, les mesures annoncées pour accompagner ces familles, qu’elles soient relatives à l’attribution exceptionnelle de bourse ou à l’échelonnement du paiement des factures, sont louables, mais demeurent insuffisantes.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, faisant référence à la pétition lancée par la Fapee —Fédération des associations des parents d’élèves des établissements d’enseignement français de l’étranger— et signée, à ce jour, par à peu près 14.000 adhérents. Il est nécessaire d’évaluer un montant de l’aide d’urgence pour sauver le réseau sans perte de familles, et d’en appeler impérieusement et urgemment à la tutelle de l’Aefe. En ce sens, il convient de prendre en considération l’ensemble des revendications mentionnées dans la pétition consultable en ligne.

Etonnement vis-à-vis de l’ouverture de la caisse en période de confinement, les parents sont invités  en ces temps de confinement à payer la facture sans prendre en considération les recommandations des autorités sanitaires de la Tunisie et c’est irresponsable : se déplacer pour le règlement des frais scolaires ne figure nullement dans les exceptions de circulations listées par le gouvernement tunisien. La solution de virement, soumis par l’administration, nécessite également un déplacement aux établissements bancaires, car la plupart d’entre elles ne proposent pas de virement en ligne.

Etonnement également face aux e-mails dits «de relance». Les dates limites signalées aux parents sont en totale contradiction avec les recommandations sanitaires des autorités tunisiennes. Parler de relance ne peut pas se faire dans ce cas, mais par correction vis-à-vis des parents de demande de paiement. Par ailleurs, plusieurs demandes visant à engager une discussion avec l’administration ont été effectuées, notamment une seule sur la possibilité d’une réduction des frais d’écolage en conformité avec la prestation donnée sans réponse. Ceci  a conduit à engager une action collective-JERETARDEMONPAIEMENT.

Nous tenons à rappeler que lors de différents conseils d’écoles, les enseignants, les directeurs, et même l’inspecteur académique, à diverses reprises, ont reconnu la limite de la continuité pédagogique, et ce, malgré la volonté et les efforts d’adaptation fournis. La continuité pédagogique ne pourrait en aucun cas se substituer à un enseignement présentiel. Vu les répercussions économiques et sociales engendrées par la crise actuelle, il nous semble extrêmement maladroit, cette obstination de l’administration à exiger l’intégralité des frais de scolarité bien que la moitié du travail de suivi, de correction, d’explication soit réalisée par les parents. Une révision à la baisse de ces frais démontrerait une reconnaissance du travail accompli, du temps consenti et couvrira une partie des charges engagées (achat d’ordinateurs, imprimantes, encres, etc.) et permettra ainsi à tous d’honorer le pacte signé.

Nous regrettons ce qui s’apparente à un harcèlement des parents, en usant parfois de procédés discutables comme mettre sur la balance les mutations ou les réinscriptions de leurs enfants et ainsi les inciter à remplir leurs obligations de paiement alors que l’administration n’a pas rempli les siennes.

Cette administration a bricolé, faute de moyens et dans l’urgence, une continuité pédagogique en se référant à la feuille de route imposée par l’Agence de l’enseignement des français à l’étranger (Aefe). Cette feuille de route mise en place dans un seul et unique but, se protéger légalement et ainsi lui éviter toute réaction réfractaire des enseignants.

L’agence aurait dû exiger des écoles de traduire les emplois du temps réels en emplois de temps virtuels adaptés en mettant à disposition des enseignants les moyens nécessaires à la réussite de cette continuité, à défaut, elle s’est reposée sur l’implication et l’investissement des parents sans quoi cette continuité n’aurait pu se faire.

Tout modèle économique est en mesure de comprendre cette situation, c’est regrettable que cette administration soit totalement hermétique à tout échange sur les difficultés réelles et les efforts partagés par tous les parents, sans distinctions de statuts et/ou de nationalité. Nous déplorons dans ce sens le manque de communication entre les autorités compétentes et les représentants des parents et la prise unilatérale de décisions sans nous consulter malgré de moult tentatives d’exposer nos points de vue. Et c’est dans ce sens que nous exhortons tous les parents de suspendre le paiement de la troisième tranche.

Afin d’avoir le temps de discuter sérieusement avec les autorités concernées et trouver un terrain d’entente préservant ainsi nos intérêts mutuels dans le cadre du respect du contrat signé, nous demeurons ouverts à toute discussion avec l’administration.

Le comité directeur de l’Apeesft

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