Les joueurs d’exception capables de faire à eux seuls la décision et qui pèsent lourd sont en voie de disparition. Désormais, c’est la notion de groupe et le bloc équipe qui dominent pour compenser cette pénurie de talents.
Il vaut mieux commencer par le commencement et donner la définition juste et exacte du joueur-cadre, du joueur pilier d’une équipe ou d’une séléction. La meilleure définition est celle qui parle de «joueur incroyable, hors norme, avec qui tout peut arriver à n’importe quel moment». Et pour mieux comprendre et illustrer ce qu’est ce joueur d’exception, capable de tout et au-dessus du lot, commençons par des joueurs de légende d’un autre temps qui ont marqué leur époque et l’histoire du football mondial avec leurs exploits individuels les plus fantastiques, leurs records inégalés et leurs palmarès fabuleux. Du roi Pelé, en passant par Béckenbauer, Cruyff, Maradona, Platini, pour ne citer qu’eux, qui ont brillé de mille feux au sein de leurs équipes comme en séléction, et qui nous ont légué le plus beau des héritages et le meilleur des souvenirs. C’etaient non seulement des joueurs phares qui illuminaient les rencontres et sur lesquels les feux étaient constamment braqués ,mais aussi et surtout des leaders techniques, des personnages centraux dans le circuit et des éléments – clés dans le dispositif qui renversaient la tendance quand le collectif ne marchait pas. Lors de la finale de la Coupe du monde 1974, l’une des plus belles finales dans l’histoire de cette prestigieuse compétition, opposant l’Allemagne de Beckenbauer à la Hollande de Cruyff, on raconte que c’était le Kaiser Franz qui avait amenagé à la mi-temps le système qui n’avait pas bien fonctionné en première période avec un but d’avance pour les Néérlandais dès la 6e minute de jeu sur penalty de Neeskens après fauchage du roi Johan en pleine surface, la seule manière de stopper son slalom spectaculaire et inédit qui est resté dans les annales. C’etait le capitaine Franz Beckenbauer qui avait dicté, voire impasé au séléctionneur Helmut Shoen les changements de joueurs et l’abandon de l’option tactique de départ. Résultat : la tendance avait été inversée en seconde mi-temps et deux buts de Breïtner et de Müller avaient permis à l’Allemagne d’être le vainqueur de la 10é édition. La semaine écoulée Lionel Messi, une autre légende, a montré magnifiquement ce qu’est un joueur, cadre, un joueur pilier en sortant de la difficulté d’une Barça malmenée chez elle par Liverpool en inscrivant deux buts, le second sur un coup de pied arrêté ,magique et sublime, qui fera du match retour en Angleterre une quasi-simple formalité avant d’aller en finale et le Champions League. Ce genre de joueurs – stars, la plupart du temps attaquants polyvalents, créateurs, passeurs et buteurs ne courent plus les rues dans le monde, encore moins chez nous. Leur talent immense leur donne une autorité sur le terrain avec un système de jeu articulé autour d’eux et où tous les ballons, toutes les actions doivent transiter par eux et une autorité dans les vestiaires pour calmer les esprits, remettre de l’ordre quant il y a dérapage, galvaniser et ramenter la troupe pour le bien et l’intérêt ses couleurs qu’ils défendent. Pelé et ses 1.000 buts, Messi et des 600 buts, on n’en voit pas beaucoup en ce moment, on n’en verra plus à coup sûr dans les temps à venir. Place forcée au jeu collectif avec des joueurs-cadres de talent et de calibres moyens, qui ont un cran au-dessus des autres. Cette pénurie en talents, en hommes forts du groupe, les techniciens sont obbligés de composer avec ,en articulant leur système de jeu sur le bloc-équipe, la solidarité, la cohésion plutôt que sur les individualités, des exploits de super joueurs, le génie d’un ou plusieurs leaders. Le retour en somme au football total où tout le monde défend et tout le monde attaque comme le fait si bien l’Ajax d’Amersterdam en League des Champions qui est en route pour la finale avec cette différence, avec les années 70 où il y avait Cruyff et les autres et le groupe actuel avec onze joueurs combattants forcenés et leur esprit de commando.
Hédi JENNY

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