Dans la nuit du 22 mai dernier, un enregistrement sonore contenant des gémissements sexuels a été diffusé dans le cadre d’une émission transmise sur la Radio culturelle et également la Radio nationale, dans le cadre d’une diffusion commune.

Au vu de la sensibilité du sujet et du dépassement commis, l’affaire a pris une grande ampleur et a rouvert le dossier de la gouvernance des médias publics. En effet, dans la nuit du 22 mai dernier, un enregistrement sonore contenant des gémissements sexuels a été diffusé dans le cadre d’une émission transmise sur la radio culturelle et également la radio nationale, dans le cadre d’une diffusion commune.

Partagé sur les réseaux sociaux, l’enregistrement sonore a fait grande polémique et a poussé la direction de la radio nationale à apporter quelques éléments de réponse à ce dépassement jugé grave par la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica). Selon les précisions de la Radio nationale, l’incident s’est passé lors du passage d’une artiste tunisienne résidant en Autriche, l’enregistrement de gémissements sexuels n’a duré que huit secondes et a été rapidement rattrapé. On explique qu’il s’agit d’une « erreur professionnelle » due au téléchargement d’un élément sonore de la plateforme Youtube, sans vérification de son contenu.

S’agissant du même établissement, la direction de la Radio culturelle et celle de la Radio nationale ont entamé une enquête urgente, afin de déterminer les causes et les dessous de la diffusion de cet enregistrement vocal téléchargé sur Youtube. « L’animateur et le producteur de l’émission ont été suspendus de leur travail, en attendant la fin de l’enquête qui déterminera la responsabilité de chacun et les mesures disciplinaires à prendre à leur encontre », a-t-on également affirmé.

Revenant également sur cette affaire, le directeur de communication de la Radio nationale, Mohamed Maimiri, a souligné qu’«une absence de vérification des séquences audio enregistrées serait en effet à l’origine de cette erreur ».

En dépit de sa gravité et sa sensibilité, cet incident, même s’il porte atteinte à l’image de l’Etablissement de la radio tunisienne qui renferme neuf stations radio et une plateforme numérique, ne doit en aucun cas mener vers des actes de stigmatisation des journalistes et des médias publics. Mais en l’évoquant, on doit certainement revenir sur la situation de la gouvernance du secteur des médias publics et les politiques publiques portant à cet effet. C’est dans ce sens que la Haica a publié un communiqué pour revenir sur cette affaire, notant que « ce qui a été diffusé dans l’émission Dar Al Habayeb sur la Radio culturelle tunisienne, la Radio nationale et la Radio jeunesse dans le cadre de la diffusion unifiée entre les émissions publiques le 22 mai 2020, à la fin du mois de ramadan, où un contenu pornographique a été diffusé pendant huit secondes, relève d’une grave infraction ».

« Rompre avec les médias étatiques ! »

Après avoir auditionné le président-directeur général par intérim de la Radio tunisienne, la Haica affirme « qu’une enquête a été ouverte sur la base de laquelle une précision a été publiée sur la question, et des excuses ont été présentées aux auditeurs, ce qui est une bonne chose ». La Haica pointe, dans ce sens, ce qu’elle appelle le « laxisme du gouvernement », qui a pour conséquence « des mécanismes de régulation des médias publics défaillants ». Elle appelle ainsi le chef du gouvernement à nommer un nouveau P.D.G. à la tête de cet établissement et à ouvrir le dossier de la réforme des médias.

Contacté par La Presse, le membre de la Haica Hichem Snoussi a confirmé les informations selon lesquelles la directrice de la Radio culturelle a présenté sa démission sur fond de cette affaire, affirmant que cet incident devra servir d’argument pour ouvrir le dossier de la réforme des médias et de la gouvernance des médias de service public.

Evoquant la situation de ce service, Hichem Snoussi a estimé qu’en « Tunisie, il n’existe pas de médias publics au vrai sens du terme, car il s’agit plutôt de structures hybrides soumises à des nominations directes de la part du gouvernement et renfermant des conseils de direction dans lesquels le public n’est pas représenté ». Il rappelle que « depuis la révolution, il n’y a pas eu de volonté politique pour réformer le secteur médiatique et notamment les médias publics ». Il souligne aussi  « la nécessité de tenir une conférence nationale sur la réforme des médias et sur la gouvernance des médias publics, car il s’agit du seul moyen pour améliorer la situation du secteur ».

« Avec le nouveau gouvernement, jusque-là nous n’avons eu que de bonnes promesses, mais ce qui est plus important, c’est de rompre avec la notion de médias étatiques, ceci passe certainement par l’organisation d’une conférence nationale sur la réforme des médias à laquelle prendront part tous les intervenants, y compris les trois présidences pour mettre les grandes lignes des principes de réforme des médias en Tunisie », a-t-il martelé.

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Un commentaire

  1. Walid

    01/06/2020 à 17:19

    Il s’agit d’une erreur humaine. Comme d’habitude beaucoup de bruit pour rien. Pourquoi ne pas pénaliser dans ce cas les abus sur Internet beaucoup plus graves?

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