Supprimés, puis réactivés quelques jours après, des comptes Facebook d’ « influenceurs » tunisiens ont été visés par des décisions de la part de l’administration Facebook, jusque-là inexpliquées. S’agit-il d’une campagne de vérification des comptes qui jouissent d’un important trafic sur cette plateforme ou d’une erreur survenue dans les algorithmes mystérieux du géant des réseaux sociaux ?

Samedi dernier, en essayant d’accéder à leurs comptes Facebook, une vingtaine d’« influenceurs » tunisiens étaient surpris par l’affichage d’un message les informant de la désactivation et la surpression définitive de leurs comptes « pour des raisons d’éligibilité ». En effet, des comptes comme ceux du journaliste et chroniqueur Haithem Mekki, ou l’artiste Bendirman, ont été mystérieusement et brutalement désactivés sans aucune explication plausible. Surpris par cette décision, les concernés se sont rabattus sur l’autre plateforme Twitter pour chercher quelques éléments de réponse, mais aussi s’échanger les informations à cet effet.  

« Plein de comptes tunisiens ont été fermés ce soir, et pas seulement des « influenceurs ». On connaît déjà les suspensions suite à des signalisations massives, mais ça ne se passe pas comme ça d’habitude. Là on parle d’inéligibilité et de décision finale », s’est exprimé le chroniqueur Haythem Mekki sur son compte Twitter.

Victime également de cette décision, la blogueuse Sarah Ben Hamadi a affirmé sur Twitter que son compte Facebook a été supprimé. « Mon compte Facebook vient d’être désactivé pour des raisons que j’ignore totalement, et on me notifie que « cette décision est finale » quand j’essaie de m’y connecter. Qui peut m’éclairer ? C’est quoi cette histoire? Et comment le récupérer ? »,  s’est-elle interrogée.

La firme, qui a fermé puis rouvert les comptes de journalistes, de militants de la société civile et d’anonymes, n’a pas jusqu’à présent publié un éclaircissement pour revenir sur cette affaire et présenter quelques éléments de réponse à l’opinion publique, d’autant plus que certains commencent à s’inquiéter d’une éventuelle campagne de censure contre des comptes tunisiens.

Contacté par La Presse, le journaliste et chroniqueur Haythem Mekki estime que la théorie la plus plausible correspond à une erreur au niveau des algorithmes de Facebook. « J’ai contacté des personnes proches de la firme, mais jusqu’à maintenant, nous n’avons eu aucune information, ni explication de la part de l’administration Facebook concernant la désactivation puis la réactivation de nos comptes ». Lui qui est au cœur d’une campagne orchestrée sur les réseaux sociaux par certains groupes appartenant principalement à la coalition Al-Karama et aux courants islamistes, écarte l’hypothèse selon laquelle il s’agit de signalements contre son compte. « J’ai déjà fait face, depuis 2011, à plusieurs campagnes de signalements menées par ce qu’on appelle les mouches électroniques, mais cette fois-ci, c’est autre chose, c’est différent », a-t-il conclu.

Facebook comme arme de communication

En Tunisie, sur une population de 12 millions d’habitants, on dénombrait 7,3 millions de comptes Facebook en 2019 ainsi que 4,1 millions d’utilisateurs de Messenger. La communication politique et gouvernementale et une grande partie de l’activité journalistique et médiatique en dépendent.

Les dernières élections de 2019 ont également démontré que ce réseau jouit d’une extrême importance et a joué un très grand rôle dans le processus électoral, au point que l’Instance supérieure pour les élections a pour la première fois comptabilisé les campagnes de publicité sur ce réseau dans le cadre des dépenses électorales. Or, en dépit de cette ampleur et cette importance, notamment en matière de nombre d’utilisateurs, la population tunisienne s’avère peu initiée à cet environnement médiatique toujours nouveau, en raison d’un manque de culture numérique généralisé.

D’ailleurs, en Tunisie, on confond Facebook avec internet, ce qui laisse présager que ce réseau, qui ne cesse de multiplier ses fonctionnalités pour attirer le plus d’internautes, peut, pour certains Tunisiens, se substituer au réseau mondial internet. Cependant, contrairement à d’autres pays, la Tunisie n’a mis en place aucun mécanisme de régulation de ce réseau qui règne en maître dans le paysage politique et médiatique tunisien.

Quoi qu’il en soit, un algorithme fou, une tentative de censure ou des mécanismes de vérification pour limiter la propagation des fake news, cet incident montre bel et bien l’implication de ce réseau social dans la vie politique, mais aussi dans le paysage médiatique en Tunisie. Certains pensent même que Facebook, grâce à son très grand taux de pénétration, s’est transformé en une arme de communication efficace, en dépit des risques de désinformation.

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