Pendant la période du confinement, qui a duré presque trois mois et durant laquelle les études ont été suspendues, tous les professeurs de l’enseignement supérieur se sont lancés dans l’expérience nouvelle et inédite d’un nouveau mode d’apprentissage axé sur l’e-learning ! Une expérience qui a été appréciée par certains et «rejetée» par d’autres pour des raisons multiples. Nous avons posé quelques questions relatives à cette expérience, ses lacunes, ses avantages à deux professeurs qui ont assuré des cours en ligne pour leurs étudiants… Témoignages…

«En ce qui me concerne, j’ai trouvé cette expérience très enrichissante sur le plan personnel, témoigne Yosra Ouertani, professeur agrégée en langue et lettres anglaises à l’Institut des langues de Nabeul. Au cours du confinement, l’apprentissage en ligne m’a permis de motiver mes étudiants et a renforcé les liens entre nous. Au début, la plupart étaient hésitants quant au mode d’utilisation de la plateforme et des outils d’apprentissage en ligne auxquels ils n’étaient pas initiés. Ils se sont aussi sentis perdus à cause de l’absence totale d’informations. Dès que le ministère a envisagé l’enseignement à distance comme alternative pour poursuivre les cours durant le confinement, j’ai personnellement contacté tous mes étudiants et je leur ai demandé de créer des adresses emails valides qu’ils m’ont, par la suite, communiquées. On a organisé une première séance en ligne. Entretemps, le ministère a suggéré l’utilisation de la plateforme “Moodle” exploitée par l’université virtuelle tunisienne. Les étudiants ont été donc initiés à l’utilisation de cette plateforme. J’ai veillé moi-même à leur inscription sur cette dernière».

Et de poursuivre : «Je trouve l’accompagnement assuré aux enseignants universitaires par l’université virtuelle tunisienne, avec peu ou sans expérience d’enseignement en ligne, très instructif et fructueux pour ceux qui l’ont suivi. Peu à peu et patiemment, les étudiants ont accepté ce nouveau mode d’apprentissage et nous avons réussi à poursuivre les cours et à terminer le programme sans rater pour autant aucune séance. Bon nombre d’étudiants ont participé aux visioconférences et ont déposé leurs travaux par email, via messages Facebook privés et sur la plateforme. Ils avaient par ailleurs la possibilité de choisir quel outil utiliser pour télécharger les supports du cours. Ils avaient le choix entre la correspondance par email ou un groupe Facebook privé que nous utilisions depuis le début de l’année pour le partage des supports de cours. Les visioconférences étaient organisées une fois par semaine pour chaque matière et chaque niveau. Concernant les étudiants qui n’ont pas pu assister aux cours en ligne, les enregistrements des séances leurs ont été envoyés par emails et sont aussi disponibles sur leur groupe Facebook pour qu’ils puissent les consulter ultérieurement. De plus, ils auront la possibilité de reprendre les cours après le confinement».

La formation des étudiants et des professeurs est nécessaire pour réussir le e-learning

Pour mieux témoigner et nous parler de cette expérience, la spécialiste en langue et littérature anglaise ajoute que, globalement, c’était réussi ! Mais cela aurait été beaucoup mieux si étudiants et professeurs avaient suivi au préalable une formation. «A mon avis, c’est un atout primordial dont l’importance est négligée depuis longtemps. Dans le reste du monde, la plateforme de gestion de l’apprentissage en ligne Moodle est utilisée pour le e-learning en parallèle des cours présentiels depuis une vingtaine d’années. Les avantages sont multiples : s’il est combiné avec un cours présentiel, c’est-à-dire en mode hybride, l’apprentissage en ligne permet à l’étudiant de trouver sur la plateforme des supports de cours en ligne.  Même si un étudiant rate une séance ou n’arrive pas à prendre note de tout ce qui se passe en classe, il peut trouver le cours en ligne».

Le professeur de lettres anglaises pense également que plusieurs étudiants travaillent à mi-temps et sont parfois obligés de s’absenter pour des raisons professionnelles. Ces étudiants qui travaillent déjà auraient donc la possibilité de suivre le cours en ligne comme alternative afin de ne pas le rater, tout en gardant le contact avec leur professeur et leurs camarades de classe.

Par contre, l’enseignante universitaire estime que l’apprentissage en ligne a des limites, car certains étudiants ont des difficultés logistiques et financières. Sans accès à internet, sans ordinateur ou même sans Smartphone, ils ne peuvent pas suivre les cours. Alors que d’autres n’ont pas pu assister aux cours en ligne, en raison de la contrainte de temps : à cause du confinement, des étudiants ont développé des troubles du sommeil. Sans oublier qu’un bon nombre d’enseignants ont refusé d’envisager l’enseignement à distance comme solution temporaire soit parce qu’ils doivent reprendre tout ce qu’ils ont enseigné à distance après le confinement ou parce qu’ils n’ont pas acquis les connaissances nécessaires pour assurer ce type de cours.

«Autre obstacle, la difficulté de surveiller les étudiants à distance pendant une épreuve. Des outils de surveillance virtuelle existent par contre dans certains pays assez développés. Si cela veut dire un apprentissage universitaire entièrement en ligne, la réponse est partiellement oui. Cela doit faire partie de l’avenir car on est encore en retard par rapport au reste du monde, mais sans pour autant être le seul moyen d’apprentissage. L’enseignement virtuel doit être un complément au cours présentiel pour maximiser les chances d’apprentissage et de suivi pour tous les participants à un cours. Le cours présentiel basé sur la présence physique et l’interaction reste indispensable et l’idéal serait de combiner les deux modes d’apprentissage», conclut l’enseignante universitaire.

Des examens en ligne, pourquoi pas !

Quant à Mme Mouna Ghrab, enseignante à l’Istic (Institut supérieur des technologies de l’information et de la communication), directrice des 4C et également coach en développement personnel, elle avoue que cette expérience était, pour elle, magnifique !

«Nous étions tout d’abord censés définir le choix de la plateforme qu’on devait utiliser pour entamer cette expérience. Plusieurs facultés ont opté pour l’université virtuelle alors que notre institut nous a proposé au début le Moodle, une plateforme qui n’était pas mal du tout. Nous nous sommes entraidés entre enseignants pour apprendre à utiliser cette plateforme, sauf que nous n’avons pas pu regrouper tous les étudiants. Alors nous avons finalement opté pour Google classeroom. Nous avons également créé un «hangout» fictif. Le problème, c’est que nous ne pouvions pas envoyer de demandes d’ajout à tous les étudiants. En bref nous avons rencontré comme tout le monde quelques problèmes d’ordre logistique et organisationnel, mais grâce aux efforts fournis par tous les enseignants ainsi que l’institut nous avons réglé tous ces problèmes et assuré convenablement les cours en ligne pendant la période du confinement».

L’enseignante universitaire a, toutefois, remarqué que les étudiants n’étaient pas suffisamment motivés au début à l’idée de suivre les cours à distance car ils n’ont été ni initiés ni formés au e-learning pour la plupart. Habitués aux cours présentiels classiques, certains ont même douté de l’efficacité et de la qualité de l’apprentissage à distance, dès lors que le e-learning ne s’est pas suffisamment développé dans les universités tunisiennes et n’est pas entré dans les traditions d’apprentissage et d’acquisition des connaissances. «Je pense que cette nouvelle expérience a été une bonne occasion pour avancer et recourir aux nouvelles technologies pour l’apprentissage des connaissances !».

Et de conclure qu’il faut pérenniser cette expérience afin que les étudiants puissent mieux s’organiser pour pouvoir consacrer du temps à d’autres activités.

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