Illustration: © Hassan Bleibel (Liban)/ CARTOON MOVEMENT


Par Abdel Aziz HALI

Décidément, l’humour sous nos cieux n’a pas de limites ! En effet, dans la société tunisienne, le néologisme (le phénomène de création de nouveaux mots) ou de recyclage de mots pour des usages nouveaux connaît ces derniers temps son âge d’or.

On ne compte plus les nouveaux mots et verbes nés après le 14 janvier 2011 et relayés sur Facebook.

Le dernier en date est le verbe « Trabelser » qui prend ses racines du nom « Trabelsi » (en référence au clan des Trabelsi, frères et sœurs de Leïla Trabelsi Ben Ali, ancienne First Lady de la Tunisie) et dont la signification est : voler ou bien piquer un bien en toute impunité.

Ainsi, sur le réseau de Mark Zuckerberg, les facebookeurs tunisiens, quand ils veulent partager une vidéo ou bien une photo déjà présente sur le profil d’un ami, au lieu d’écrire « je la pique » ou bien « je la prends », ont tendance à écrire « je la trabelse » !

Mais, si la révolution tunisienne a mis fin aux méfaits de l’entreprise trabelsienne avec la fuite de Belhassen et l’arrestation des autres, plusieurs signes très palpables dans notre quotidien nous laissent croire qu’une multitude de nouveaux « Trabelsi » —  une armée de « tranbedistes » (contrebandiers, dits « cnatria »), des révolutionnaires de la XXVème heure, des politiques véreux et des hommes d’affaires venus du nulle part —  ont déjà pris le relais !

En outre, on ne compte plus les pratiques douteuses de certains de nos concitoyens, qui ont trouvé dans cette nouvelle Tunisie un terrain favorable pour gagner ou amasser de l’argent illicitement !

Parallèlement, avec plus de 22.000 associations actives sous nos cieux, la société civile, comme en témoigne la mobilisation ces derniers mois durant la crise sanitaire du Covid-19, est devenue un acteur incontournable sous nos cieux.

Mais qui dit association, dit aussi argent et fonds pour financer ses actions et ses activités.

Or, aux dernières nouvelles, plusieurs associations ont trouvé une parade très astucieuse pour remplir leurs caisses.

En s’inspirant de la méthode « Caisse 26-26 », certaines associations ont tendance à recruter de nouveaux membres travaillant soit dans le secteur de la douane soit dans la fiscalité (des contrôleurs en préférence) pour faire du bénévolat et en même temps collecter des dons : est-ce en tant que membre d’une association à ses heures perdues ou bien en tant que fonctionnaire public ?

Assurément, il est temps de revoir plusieurs choses en ce qui concerne le fonctionnement des associations dans notre pays et donner une réponse au « pourquoi du comment » concernant le chapitre du financement de ces antres de la conscience citoyenne.

Sinon, la conjugaison du verbe « trabelser » à la troisième personne du pluriel risque de s’éterniser…

Dans l’attente d’une réponse soulageante, on crie : « Silence, ils trabelsent ! ».

A.A.H.


*Trabendo est un néologisme algérien tiré de l’espagnol contrabando qui veut dire contrebande ou trafic. L’équivalent tunisien est « contra » (qui a donné « cnatri », « cnatria »).


 

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