Les consommateurs tunisiens qui se ruent sur les rayons d’alimentation générale et la nourriture ne se font pas prier pour charger leurs caddies pleins à craquer.

Le week-end qui a précédé le début du mois de Ramadan a connu une véritable effervescence dans les grandes surfaces. Déjà vendredi une photo impressionnante a été postée sur les réseaux sociaux où l’on voit la mare de monde entassée devant les caisses attendant tour à tour son moment de délivrance : la sortie du chariot béni ! Le hic, c’est qu’avec ce comportement d’acheteur compulsif qui achète sans compter, il se pénalise tout seul. Le citoyen tunisien contribue à sa manière à la valse des prix. Quand on a vu la pagaille dans les kiosques d’essence la semaine écoulée qui a eu une mauvaise incidence sur l’issue de la grève, la relation de cause à effet semble avérée. Avec le maintien de la grève durant deux jours consécutifs avant une interruption salutaire samedi, on mesure combien le comportement du conducteur peut influer sur le cours des choses. Ce constat se fait de façon analogue sur la consommation des ménages tunisiens dans les supermarchés. Les gens  achètent à tour de bras notamment les produits de base comme s’il n’en allait plus en rester suffisamment pour boucler le mois de Ramadan. Un mois où le pic de consommation en denrées alimentaires est enregistré depuis de longues années. Les produits alimentaires ciblés par une frénésie à l’achat sont généralement les œufs, le lait, le beurre, la semoule, les dattes, la farine, le sucre, les épices… Des produits qui viennent de subir les contrecoups de la crise économique et de la détérioration du pouvoir d’achat. La spirale des années précédentes n’est pas près de s’inverser malgré tous les maux économiques et sociaux qui frappent la communauté tunisienne. Surprenant. Rares sont les personnes qui se promènent avec un simple panier à la main pour acheter le nécessaire et éviter le superflu. C’est qu’en plus lorsque les prix ne sont pas satisfaisants malgré les efforts de certaines enseignes contre la cherté de la vie chacune à sa manière, on n’est pas sortis de l’auberge.

A l’entrée d’une enseigne tunisienne, une pancarte de prix valables du 20 avril au 13 mai 2019 tient à démontrer les efforts économiques entrepris. Elle mentionne la «liste des prix concernés par la baisse des prix». Il faut lire la liste des produits…Une boite de tomates concentrées, du thon, de l’huile végétale, de la chamia, du fromage, des yaourts et des boissons sucrées peuvent vous faire économiser une dizaine de dinars lorsque vous aurez acheté le lot de produits concernés par la baisse des prix. Ceci reste considérablement insignifiant par rapport à la cherté des denrées alimentaires de base. Les arnaques pullulent et seuls les consommateurs prudents et avertis constatent les dégâts. «Un homme averti en vaut deux», dit un célèbre dicton. On dresse un florilège des aberrations commerciales en tout genre en outrepassant les problèmes d’étiquetage des prix qui sont devenus légion.

Traque aux arnaques
Une enseigne de supermarché tunisienne a décidé de centraliser les produits alimentaires de base à côté du rayon du lait et des œufs. Une sorte de raccourci qui invite le consommateur à s’approvisionner rapidement et de façon utile. On y trouve de la malsouka soit des feuilles de briks, des paquets de semoule, du couscous, des préparations pour le shour, de l’huile végétale, de la chamia, tout y passe ou presque. Mais à regarder les prix ou la contenance, le client sera éberlué par l’absence d’affaires commerciales devenues banales. Le bidon d’huile de maïs de cinq litres est proposé à dix-sept dinars, le plateau de trente œufs emballés à plus de huit dinars, on ne voit vraiment pas l’intérêt d’une telle disposition hormis celle de duper délibérément le consommateur qui croit pouvoir bénéficier du meilleur prix, chose qui n’est absolument pas vraie. Un lot de boites de chamia nature donne à être vu. Un ingrédient alimentaire des Tunisiens parmi les favoris au moment du shour matinal avant le début du jeûne. Mais un homme du troisième âge qui rodait dans les environs fait un constat implacable : «Le prix soi disant alléchant de sept dinars me laisse pantois. Il n’y a aucune inscription du poids de la boîte. Je l’ai pesé par mes propres moyens pour constater que la boite de chamia ne pèse même pas un kilogramme. Plus exactement 940 grammes. Le poids net ne doit pas dépasser les huit cents grammes. Pour moi, c’est une arnaque en bonne et due forme ! Je n’en achèterais pas et je vous invite à faire de même». Pour faire plus clair, circulez, il n’y a rien à voir. Il n’y a rien à se mettre sous la dent. Un parallèle a été fait pour démontrer les décalages de prix entre ceux d’une superette ordinaire et une enseigne locale. Ils sont assez importants souvent de plus d’un ou deux dinars moins cher dans la superette. Une manière de prouver que les grandes surfaces ne font pas des efforts pour soutenir le pouvoir d‘achat du consommateur, bien au contraire. Le mois de Ramadan ne change rien à l’affaire.

Malgré tout, des campagnes de contrôle économique notamment dans les cafés seront menées dès le premier jour de Ramadan pour traquer les fraudeurs. Le directeur régional du Commerce de Tunis, Yasser Ben Khélifa, a annoncé que les campagnes de contrôle économique vont débuter ce lundi 6 mai (hier). Elles vont durer tout le mois de Ramadan, entre 20h00 et minuit dans les boutiques et les cafés.  En espérant qu’il en sera de même pour les enseignes alimentaires qui ne manquent pas de tours pour duper la clientèle aux abois.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Salem Kechiche
Charger plus dans Société

Laisser un commentaire