Face à la crise sans précédent que traverse la compagnie nationale Tunisair, 9 parmi ses anciens dirigeants viennent de lancer un appel pour la sauver. Il s’agit d’Ahmed Smaoui, Ammar Garci Trabelsi, Amor Azak, Habib Ben Slama, Habib Fekih, Mohamed Taieb, Mohamed Thamri, Moncef Ben Dhahbi et Raouf Essaied.

« Nous, anciens cadres et dirigeants de TUNISAIR et du Transport Aérien qui avons vécu son épopée et avons toujours été mêlés à son histoire, nous ne pouvons que regretter les récentes menaces touchant à l’existence même de la Compagnie Nationale » ont-ils souligné.

Les signataires de cet appel ont considéré que « TUNISAIR a été un acteur majeur et incontournable pour l’économie nationale durant des décennies et a contribué activement et sans discontinuité à l’expansion du tourisme tunisien et à l’exportation, à la promotion de la destination, à l’ouverture de lignes sur le Moyen Orient, l’Afrique, l’Europe Centrale et récemment le Canada et à porter haut le pavillon national sur les aéroports du monde ».

État des lieux de la Compagnie nationale depuis 2011

Actuellement, TUNISAIR souffre de défaillances manifestes du système de gouvernance (Désignation des membres du Conseil d’Administration et des PDG, instabilité des PDG sans aucune mission spécifique, interférences intempestives des tutelles dans la gestion courante aux niveaux financier, commercial et des ressources humaines mais aussi, dans le choix de la flotte et de son mode de financement, négociations avec les partenaires sociaux). TUNISAIR a connu par le passé, plusieurs crises qui ont nécessité la mise en œuvre de programmes successifs de redressement, et qui ont été jusqu’en 2010, couronnés de succès. La crise qu’elle vit depuis 2011 est plus aiguë suite au ralentissement de l’activité, mais découle aussi des obligations imposées par l’Etat en termes d’investissement, d’organisation et de gestion du personnel. Cette crise a été amplifiée par l’arrêt brutal de l’activité en 2020 suite à la pandémie du Covid19.Il en résulte qu’aujourd’hui la compagnie souffre de plusieurs maux qui menacent sa survie sur le très court terme, à savoir un déficit de trésorerie énorme et récurrent, un endettement sans commune mesure avec ses capacités de remboursement, une sous-capitalisation manifeste, une détérioration de la qualité de service et de l’image de marque résultant du vieillissement de la flotte mais aussi de la perte de motivation chez une grande partie du personnel.

Actions à entreprendre dans l’immédiat pour sauver TUNISAIR

Les signataires de l’appel ont considéré que  » le transport aérien, et notamment le pavillon national, sont des éléments majeurs de la souveraineté nationale qu’il convient de sauvegarder » « Nous estimons qu’il est indispensable de prendre des mesures urgentes pour l’immédiat et mettre en place un processus garantissant sa pérennité à moyen et long termes « . Dans l’immédiat,  » il faudra prendre en compte les effets catastrophiques du COVID19 sur le transport aérien de par le monde. L’État doit raisonnablement assurer le juste dédommagement à l’instar des autres secteurs. S’agissant de TUNISAIR,  » il y a lieu de procéder à un renflouement immédiat des liquidités et au rétablissement des équilibres financiers pour régler les impayés envers les fournisseurs locaux et étrangers, remettre en état de vol les avions au sol, compenser les pertes occasionnées pour le Covid19, et élaborer un plan de sauvetage de la compagnie, visant à rétablir ses équilibres financiers et son climat social ». L’État est appelé dans ce cadre, à assurer les facilités de trésorerie et d’accès aux crédits sur les marchés financiers (à travers les garanties), accorder les crédits de TVA, accélérer le règlement des dettes des organismes publics, convertir les dettes auprès de l’OACA en augmentation de Capital et réviser l’indexation sur l’Euro des tarifs aéroportuaires en Tunisie « .

Nécessité d’un Plan de Restructuration et de Redressement Global

La sortie de crise est l’objectif immédiat. Dans cette perspective, les signataires de l’appel recommandent de prendre en considération les points suivants :

-La gouvernance de TUNISAIR et de ses filiales doit être totalement repensée et mise à niveau pour jouer pleinement son rôle et assurer sa responsabilité à tous les niveaux : redéfinir la gouvernance, renforcer le rôle du dirigeant responsable et distinguer entre les rôles d’actionnaire et de contrôleur de l’état, séparer les fonctions de Président du Conseil et de Directeur Général. Les décisions stratégiques sont traitées au conseil d’administration seulement. Le gouvernent peut intervenir à ce niveau et seulement à ce niveau. Plus de conseils interministériels, plus de commission des achats.

-Revoir le Business Model de TUNISAIR à long terme et distinguer entre les missions de Service Public et d’Entreprise Commerciale.

-Revoir le niveau du capital et sa répartition, l’état devrait rester majoritaire à 51 %. Ouvrir le capital au personnel et à des partenaires privés nationaux et/ou internationaux.

-La fonction technique doit être valorisée et les mesures adéquates apportées pour remettre la flotte à niveau et pour revenir aux standards de l’industrie et du métier.

-TUNISAIR doit établir un contrat avec ses filiales qui doit inclure des niveaux de service objectifs (Service Level Agreement  » SLA « ), les compensations et corrections nécessaires pour assurer une qualité de service avion satisfaisante.

-Un plan de modernisation des méthodes et moyens de gestion et de transformation numérique doit être élaboré et mis en place sans tarder.

-TUNISAIR, ses dirigeants et l’ensemble de son personnel devront impérativement pour leur part consentir des sacrifices à la mesure des défis en termes de productivité, de compétitivité, de sécurité, de qualité de service et d’image de marque. Des programmes et des actions significatifs doivent être engagés à cet effet touchant les effectifs, la gestion et l’organisation du travail, le réseau, avec le mot d’ordre :  » la chasse au gaspillage et aux surcoûts « .

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2 Commentaires

  1. Liberte

    16/06/2020 à 12:07

    Pour moi Tunis air est une société morte et difficilement exploitable, la rentabilité est impossible, on a trop tiré sur le fil et les anciens dirigeants ont pille la société qu’il ne reste plus rien, il ne reste que des pièces détachés à céder au prix de la ferraille.

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  2. dabbagh

    17/06/2020 à 16:41

    des personnalités comme Amor AZZAK, Ahmed SMAOUI et autres compétences de la compagnie, sont dignes d’être prises très au sérieux et vraiment écoutées…

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