Après un week-end marqué par une recrudescence des violences policières contre des manifestants à Tataouine, un calme précaire règne sur ce gouvernorat, alors que de nouveaux renforts sécuritaires sont arrivés dans la région. Le gouvernement a remis sur la table des négociations ce dossier brûlant, et des efforts sont en cours pour reprendre le dialogue avec le comité de coordination du sit-in d’El Kamour en vue de calmer les ardeurs des manifestants.

La région de Tataouine donne presque le vertige avec ces paysages lunaires à perte de vue où quelques camélidés à la démarche titubante pâturent tranquillement sans se soucier du temps. Quand vous découvrez cette région en été, une impression grisante d’être le premier ou presque à fouler le sol s’empare de vous. Ici, le temps ne semble pas avoir de prise sur ce paysage minéral où les premières traces de la vie remontent à plus de 250 millions d’années. Tataouine, ce jeune gouvernorat qui couvre à lui seul le tiers du territoire tunisien, a été le règne des dinosaures pendant l’ère tertiaire et secondaire.

Tatouine, voilà une ville bien singulière qui dévoile ses lumières, ses parfums mais qui se livre chichement au visiteur. Timide mais souriante et charmeuse comme ses habitants, cette ville, longtemps considérée comme la porte de l’Orient, conserve jalousement un riche patrimoine architectural et un savoir-faire artisanal qui reflètent la grandeur de ce carrefour de civilisations, mais aussi la tragédie berbère. Bien qu’elle soit dotée de plusieurs richesses minières et pétrolières, il sombre dans une pauvreté extrême et accuse un taux de chômage élevé.  Le week-end dernier, la grogne a gagné les jeunes de ce gouvernorat, poussant des milliers d’entre eux à manifester au centre-ville.

Arrestations

Les hostilités ont commencé après l’arrestation par les forces de l’ordre de quelques personnes, y compris un membre de la coordination du Sit-in d’El Kamour, lors de leur intervention pour lever les tentes installées sur les lieux du sit-in depuis plus de deux mois. Les sit-inneurs revendiquent l’application des points convenus d’un accord conclu avec le gouvernement Youssef Chahed et qui porte sur le droit à l’emploi et au développement.  Ils exigent également la libération des manifestants arrêtés et la tenue d’un Conseil ministériel dans les plus brefs délais autour de la mise en œuvre des points de cet accord.

Mais les brutalités policières et la répression par le recours à une force démesurée qui a été déployée contre les manifestants pacifiques a tourné à l’affrontement. En effet, pour disperser les manifestants, la police a pris d’assaut les quartiers où ils se sont mobilisés, lançant des gaz lacrymogènes pendant plus de 35 heures et interpellant d’autres manifestants. 

L’escalade sans cesse croissante de la violence policière pendant les deux derniers jours témoigne d’une situation hors de contrôle. Le silence des autorités locales peu soucieuses de dialoguer avec les manifestants, si ce n’est par la force, a mis les nerfs des jeunes de ce gouvernorat à vif.

Selon une source sécuritaire, une vingtaine de personnes dont huit policiers ont été blessées lors de ces confrontations et transportées à l’hôpital régional de Tataouine.

Depuis, la situation a dégénéré au point que des unités de l’armée avaient été déployées pour assurer la sécurité des établissements de souveraineté et certains entrepôts relevant de la municipalité et de la douane, craignant que l’appel du comité administratif de l’Union régionale de travail (URT) de Tataouine à une grève générale au gouvernorat de Tataouine pour hier lundi 22 juin, n’embrase davantage la situation.

En état de défense ?

Il n’empêche, pour le gouverneur de Tataouine, Adel Ouergui, qui a souligné que les forces de l’ordre étaient en état de défense des locaux sécuritaires, une information confirmée par le ministère de l’Intérieur, a indiqué que « l’intervention sécuritaire intervient en application de la loi, en vue d’ouvrir les routes et un retour à la normale pour toutes les activités économiques et sociales. Et d’ajouter que cette intervention vise, également, l’arrestation d’une personne faisant l’objet de trois mandats d’arrêt ».

En signe d’apaisement, les autorités judiciaires de Tataouine ont remis en liberté, hier, 11 personnes interpellées après leur audition devant le ministère public. Quant au porte-parole des sit-inneurs d’El Kamour, Tarek Haddad, qui a été arrêté, il sera lui aussi traduit devant la justice, selon la même source.

Réfutant le recours au vandalisme et au chaos et plaidant pour une mobilisation pacifique, les membres de la Coordination d’El Kamour ont exprimé leur désengagement de ceux qui n’ont pas respecté le caractère pacifique des protestations.

Il est à noter que plusieurs partis politiques ont apporté leur soutien aux manifestants et ont condamné vigoureusement la réponse répressive des autorités au mouvement social.

Le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a lui aussi examiné, hier, les développements de la situation au gouvernorat de Tataouine marquée par des tensions.

Depuis hier, tous les efforts sont déployés pour un retour au calme promettant que l’accord d’El Kamour ne sera pas enterré. Il porte sur les dossiers de l’augmentation des salaires des ouvriers de la Société d’environnement, de plantation et de jardinage ainsi que le point relatif à la dernière tranche des personnes recrutées qui concerne 500 personnes, sur un total de 3.000 ouvriers et cadres.

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