« Mon enfant ne parvenait plus à suivre les cours à l’école, ne lisait plus et ne pouvait plus écrire », témoigne la mère de la victime. Il s’agit bel et bien d’un acte de charlatanisme. Aussi bien la mère que le père qui sont d’un niveau d’instruction élevé se sont fait prendre dans le piège de la guérisseuse qui risque gros.


Le mystère se dévoile peu à peu autour de la mort du petit Rayan, décédé  à l’âge de sept ans dans les mains d’une  pseudo-thérapeute «bardée» de diplômes fictifs et opérant à Hammam Ben Jedidi (du côté de Hammamet). Les charlatans des temps modernes continuent à profiter de la détresse des autres et le sentiment d’impuissance face à certaines maladies incurables pour piéger certaines personnes  et notamment les parents quand la médecine s’avoue vaincue.

Une brigade relevant de la police judiciaire de la Garde nationale à Nabeul a été saisie de l’affaire mais les douloureux témoignages des parents de Rayan ne laissent pas l’ombre d’un doute.

Il s’agit bel et bien d’un acte  de charlatanisme. Aussi bien la mère que le père qui sont d’un niveau d’instruction élevé se sont fait prendre dans le piège de la guérisseuse qui risque gros.

Selon le témoignage de la mère, Rayan ne pouvait plus se concentrer sur les cours, ne lisait plus et n’écrivait plus rien. Il lui arrivait même de tomber dans les bras de Morphée durant les cours, ce qui a éveillé les soupçons quant à ses aptitudes mentales. S’ensuivit alors une série de visites médicales à l’hôpital La Rabta, plus précisément  au centre neurologique, qui n’a  abouti à aucune conclusion selon la mère de la victime. L’IRM  n’a pas aussi permis de déceler une quelconque anomalie sauf que l’enfant avait impérativement besoin  d’une thérapie fonctionnelle d’autant plus  qu’il a perdu du poids.

La science s’étant avouée vaincue, il y avait cet amour paternel et maternel qui  a poussé les parents de Rayan à chercher les solutions ailleurs et ne pas ployer l’échine sous le faix de l’impuissance de la médecine, d’où le recours, sur le conseil de plusieurs personnes, à cette pseudo-thérapeute qui a fini par les priver de  leur môme.

A vrai dire, la mystérieuse guérisseuse détenait de faux diplômes et était accompagnée d’un mystérieux encadreur. Des massages avec des huiles essentielles accompagnés d’une thérapie bien ancienne connue depuis l’aube des temps : celle de l’immersion dans l’eau pour faire subir à la peau une pression thermique, une privation  d’oxygène pour arriver à l’étouffement. L’immersion en eau froide ou eau chaude  est une thérapie très ancienne mais qui n’est pas sans danger et n’est donc pas autorisée. Il est sûr que le manque de contrôle et le laisser-aller dans certains pseudo-centres de thérapie ou bains maures peuvent encourager de telles pratiques et sécuriser les personnes en quête de guérison. Pas d’interdiction, pas de danger donc.

Tous les moyens sont bons pour vaincre la maladie, quitte à se jeter dans les bras des charlatans des temps modernes.

On lui a versé environ dix mille dinars, a témoigné sur les ondes d’une radio privée la mère de Rayan, la voix entrecoupée de pleurs, de sanglots  mais aussi de remords. A force de croire en la guérison de son enfant, elle n’avait pas émis de soupçons quant au savoir-faire de la guérisseuse, ou plutôt à la « compétence » montée de toutes pièces par tout un réseau d’autres personnes complices.  La mère ne s’est pas rendu compte de la supercherie qu’au dernier moment. Mais c’était trop tard. En dépit de sa réaction consistant à  arracher son enfant des mains de  la pseudo-thérapeute au moment où elle a réalisé qu’il peinait à respirer, ce dernier a rendu l’âme sous l’effet des interminables immersions  dans l’eau. Que dire sinon que c’est l’amour des parents pour Rayan qui l’a tué. Ils voulaient qu’il grandisse comme ses camarades de classe, qu’il jouisse pleinement de sa vie mais la maladie puis les vaines tentatives de sa guérison en ont voulu autrement.

Enseignante dans un lycée de Nabeul, la guérisseuse est entre les mains de la justice. Sans diplômes lui octroyant le droit d’exercer ce métier, elle risque de se retrouver derrière les barreaux pour une longue période pour homicide involontaire. Mais le charlatanisme survivra tant que le besoin d’illusion chez les hommes  est toujours intense du côté des incultes comme des instruits.

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