C’est un Chef de gouvernement déterminé à laver son honneur qui s’est présenté à l’ARP hier, au terme des cent jours passés à la Kasbah. C’est un homme qui n’a rien caché, qui a déclaré ses biens, qui a dit la vérité, qui a pris tous les risques, mais qui n’accepte pas qu’on souille son image, qu’on le traîne dans la boue, qu’on le diabolise, tout comme c’est le cas pour le reste des hauts commis de l’Etat et des hommes d’affaires intègres qui créent la richesse, qui pourvoient les postes d’emploi. Il accepte toutes les enquêtes, toutes les investigations et est même décidé à céder ses actions pour mettre fin au doute, à la suspicion.

Pour lui, être un chef de gouvernement n’est pas un métier qu’il a choisi. Ce n’est pas non plus une carrière, car son mandat arrivera à terme un jour ou l’autre. Et il a le droit de reprendre son business. De gagner sa vie honnêtement. Mais Fakhfakh aujourd’hui a un rêve pour la Tunisie. Celui de sauver un pays au bord du gouffre. Un pays qui, à cause d’un taux d’endettement élevé, risque de perdre sa souveraineté, sa stabilité et de rater le dernier virage, celui de la relance économique.  Il était debout hier, prêt à faire face à toutes les calomnies colportées sur son compte, sur les membres de son équipe aussi. C’est une réalité très dure, très cruelle que de se faire lyncher par des critiques au vitriol à l’hémicycle. De se faire abattre par quelques voix discordantes, lui qui n’a pas démérité pendant son combat contre la pandémie. Une mission exaltante qu’il a menée depuis le premier jour à la Kasbah avec dignité, sincérité et abnégation. 

Il a peut-être lâché un mot de trop. Un mot qui n’était pas à sa place et qui a fâché quelques députés, ceux-là mêmes qui nous ont habitués à tirer à boulets rouges sur les symboles de l’Etat, sur les ministres ou sur leurs collègues élus. Le mot n’était pas du goût de ces députés et c’est de plein droit qu’ils ont rouspété. Mais lui, le Chef du gouvernement, il était bien à sa place. Un homme d’Etat venu exprimer aussi une attente politique et détailler la tâche absolument immense qui nous attend et ce que nous devons accomplir ensemble pour le bien du pays. Une attente forte, une responsabilité envers la Tunisie. Car ce qui était en jeu pour Fakhfakh et son équipe hier, c’était autre chose que durer dans le poste. C’est plutôt un défi à relever et une responsabilité historique à assumer envers la Tunisie et les Tunisiens. Mais ne nous voilons pas la face, dès le départ, Fakhfakh n’a pas eu bon accueil à l’ARP. Il n’était pas le favori des partis vainqueurs des législatives. Le Président de la République a misé sur lui, sans qu’il dispose d’un parti représenté au Parlement, ni une coalition pour le soutenir. Il a vu en lui certaines qualités et des valeurs partagées. Mais en lui accordant leur confiance, les députés ont sauvé le parlement d’un risque imminent de dissolution, tout en nourrissant le rêve de dompter cet étalon venu de nulle part. Mais l’homme échappe à tout contrôle et n’est pas tombé dans l’escarcelle des partis majoritaires à l’ARP. On a certes essayé de mettre le grappin dessus, mais toutes les sollicitations sont parties en eau de boudin. Alors restent l’intimidation, la fragilisation ou encore la diabolisation, ces armes de destruction massive qu’on utilise au nom de la démocratie, de la transparence. N’empêche, les députés ont mis entre ses mains le destin de la Tunisie. Et c’était un moment décisif où tout se joue, où l’erreur n’était plus permise. Après la lecture qu’il a donnée hier sur la réalité des finances, de la situation sociale où rien ne serait plus périlleux pour les Tunisiens que de rester immobiles et après avoir pris connaissance du sombre tableau de tous les indicateurs socioéconomiques, rien n’est plus dangereux que de continuer à s’acharner sur un homme qui essaye de sortir le pays du déclin, du conservatisme et de la frilosité. En effet, dans notre combat contre la misère, contre l’intégrisme, contre les inégalités, contre toutes les menaces qui nous guettent, il n’y a pas d’autre choix possible que l’audace et la vérité. Alors ne nous trompons pas d’ennemi.

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