Produite par l’Association tunisienne des femmes démocrates et présentée par sept jeunes de son université féministe Ilhem-Marzouki, la pièce «Hay» ou encore «Sous Silence» explore les diverses dimensions d’un corps souvent otage d’interdits. Une occasion de découvrir sept jeunes acteurs, dirigés par Lobna Mlika, maîtrisant à merveille l’art de la scène.

C’est dans un théâtre nouveau modèle, un théâtre des temps du coronavirus, respectant la distanciation sociale et distribuant masques et gels à l’entrée qu’a eu lieu samedi dernier, à l’espace El Hamra, la première de la pièce «Sous Silence» ou encore «Hay» en arabe. Une production de l’Association tunisienne des femmes démocrates et de son université féministe Ilhem-Marzouki. Justement les sept jeunes acteurs de «Sous Silence» ont présenté à travers la pièce leur travail de fin d’études. Et, comme on peut le deviner, leur propos répond à la sensibilité de l’université dont ils font partie. Déjà dans la pièce «Tirka» (Héritage), produite en 2017 par cette même institution, une performance de 30 mn, le travail des étudiants avait abordé le thème très polémique de l’inégalité successorale, tournant au ridicule les mentalités qui croient dur comme fer dans la normalité de cet état de fait. L’actrice et metteure en scène Lobna Mlika avait encadré cette performance.

Avec «Sous Silence», Lobna Mlika poursuit sa collaboration avec l’Atfd et son université féministe. Elle dira pour introduire la pièce : «Je n’ai été qu’un élément déclencheur de «Hay», encourageant l’improvisation et le dépassement de soi. Une belle dynamique s’est installée entre nous. Mais tout le propos vient des jeunes. Ils m’ont plus appris que je ne les ai aidés».

Harcèlement sexuel, droit de disposer de son corps, droit à l’intégrité physique, liberté sexuelle, transsexualité, droit à l’expression… les thématiques de «Sous Silence» tournent toutes autour des libertés individuelles, une des batailles des temps post-révolution, où les ONG de la société civile continuent à s’engager. Mais comme le meilleur ambassadeur de ces libertés reste le corps, c’est autour de ce support que va tourner la pièce.

Féminité et masculinité : lorsque s’estompent les frontières

Au départ de «Hay», le spectateur découvre sept escarpins de couleurs vives, alignés sur la scène. Objet de séduction pour les uns, objet fétiche pour les autres, ils symbolisent quelque part la féminité dans ses meilleurs états et plus jolis atours. Mais qu’en est-il lorsque des hommes chaussent ces talons aiguilles, comme l’ont fait les quatre acteurs de «Hay» et qu’une fille du groupe refuse de les mettre ? Un brouillard sur le genre règne alors ainsi que toutes ces frontières et distinctions tranchées entre les hommes et les femmes. Les escarpins continueront à incarner le fil conducteur de «Hay», jouée par sept jeunes n’ayant jamais expérimenté la scène auparavant. Mais quelle maîtrise du jeu pourtant et quelle aisance dans l’expression corporelle !

«Nous avons travaillé essentiellement sur la forme et la rigueur qu’exige le théâtre», témoigne Lobna Mlika.

Les escarpins vont par la suite représenter des victimes de violence, tuées par un mari, un frère, un père. Sur scène, elles sont aussi l’avatar de ces travailleuses agricoles décédées lors d’un accident de route. Elles sont portées par des jeunes filles traversant la rue sous les chuchotements licencieux des dragueurs ou encore de femmes utilisant le transport public et victimes d’attouchements ou par une demandeuse d’emploi lors d’un entretien d’embauche qui tourne à une proposition obscène.

Le tableau final est un hymne à la joie et au corps dansant, virevoltant, léger et libéré de toute oppression sociale et politique, un corps vivant, «hay» en arabe.

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