Sur près de 3.500 titulaires de doctorat, 70% sont encore au chômage. Fait désolant : des diplômes de doctorat ont été collés par leurs détenteurs sur le mur extérieur du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Une façon bien particulière pour extérioriser leur indignation et leur exaspération face à l’incapacité de l’Etat à leur assurer un emploi, que leur niveau semble pourtant justifier, et pour faire part de l’éprouvante épreuve de chômage qu’ils traversent. Une manière aussi pour vaincre leur découragement et leur désappointement dans une conjoncture difficile où le diplôme semble de plus en plus nécessaire mais de moins en moins valorisé.

Le marché de l’emploi n’est plus en mesure d’inclure la plus haute distinction universitaire. La Tunisie n’a plus le culte du diplôme qui n’est plus un atout pour accéder à l’emploi, encore moins une arme essentielle dans l’univers professionnel, que ce soit pour intégrer le marché du travail ou pour y progresser.

Les diplômés sont de plus en plus exposés au chômage. Le temps où le diplôme était survalorisé par rapport à d’autres critères, y compris l’expérience, est bien révolu. Il ne constitue plus une solution face au problème de l’emploi. La progression du chômage amorcée ces dernières années touche de plus en plus les diplômés qui souffrent des retombées de la crise économique et du ralentissement brutal des finances que connaît la Tunisie depuis 2011. Si elle rend compte des difficultés rencontrées par les jeunes pour accéder à l’emploi, l’absence de l’insertion professionnelle des doctorants illustre la faible fluidité du marché du travail et son incapacité à répondre aux aspirations des jeunes. En même temps, l’absence d’un cadre et d’un statut social a des effets durables, mais aussi ambigus sur les diplômés de façon générale. Cela risque de conduire au déclassement social des jeunes, titulaires pourtant de la plus haute distinction universitaire. L’expérience du chômage peut inéluctablement mener à l’isolement et à la marginalisation. A l’éloignement de la société. Au sentiment de ne pas se sentir utile.  Aux risques psychosociaux mêmes.

L’absence de réformes structurelles du marché du travail a fortement contribué à compliquer les conditions d’accès des jeunes diplômés au travail en dépit de la présence de générations de plus en plus titulaires de diplômes, mais de plus en plus exposées au chômage. A l’exception des constats amers et criants relatifs aux statistiques et qui traduisent la mise à l’écart de l’emploi des personnes qualifiées, aucun travail en profondeur, encore moins innovant, n’a été entrepris pour faciliter l’insertion de ces jeunes dans la vie professionnelle. Derrière ces constats, se cache cependant une réalité plus amère et qui ne peut être réduite aux chiffres : la révolution faite par les jeunes et pour les jeunes n’a pas favorisé le rattrapage escompté à ce niveau. Le contexte de plus en plus défavorable a, d’une année à l’autre, ralenti l’intégration des diplômés. C’est à se demander si le diplôme est toujours un bouclier contre le chômage.

On aurait aimé que les valeurs véhiculées en 2011 puissent servir à l’émergence des idées et participent au jaillissement des réformes en faveur des jeunes. Qu’elles inspirent plus qu’elles ne déçoivent et qu’elles permettent à ceux qui les détenaient de connaître mieux la réalité et les aspirations des jeunes…

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