L’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) a pris le soin de focaliser ses efforts sur une étude intitulée « Travailleuses domestiques dans le Grand Tunis : conditions de travail, réalité des violations et défis du travail décent ». Lors d’un séminaire tenu, tout récemment, le voile a été levé sur un rythme de vie pénible, mais truffé d’ambitions et d’espoirs. Entre autres recommandations, l’Atfd et ses partenaires, dont particulièrement l’Ugtt, ont plaidé essentiellement pour la révision des lois régissant ce secteur précaire et la ratification de la convention internationale n° 189 de l’Organisation internationale du travail (Oit) relative au travail décent des travailleuses domestiques.

Epuisées, surexploitées et sous-rémunérées, les aides-ménagères peinent à avoir leur gagne-pain quotidien. Celles qui travaillent d’arrache-pied, sans protection sociale ni le moindre signe de reconnaissance ou de récompense, continuent, au fil des jours, à militer dans la douleur. A contrecœur, elles résistent face à une situation professionnelle pour le moins qu’on puisse dire précaire et intenable. Bref, un secteur qui prospère dans l’informel, faisant fi des lois et conventions les plus élémentaires. Pire, le fameux Code du travail tunisien, datant de 1966, n’a toujours pas été à ses côtés pour l’organiser. L’Etat, lui aussi, n’y a jamais pensé. Il n’est pas fatal de voir, jusqu’alors, faire subir à ces catégories si vulnérables misère et galère. 

L’Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) en a pris soin, focalisant ses efforts sur une étude intitulée « Travailleuses domestiques dans le Grand Tunis : conditions de travail, réalité des violations et défis du travail décent ». Lors d’un séminaire tenu, tout récemment, le voile a été levé sur un rythme de vie pénible, mais truffé d’ambitions et d’espoirs. Entre autres recommandations, l’Atfd et ses partenaires dont particulièrement l’Ugtt, ont plaidé essentiellement pour la révision des lois régissant ce secteur précaire, la ratification de la convention internationale n° 189 de l’Organisation internationale du travail (Oit) relative au travail décent des travailleuses domestiques. Soit faire bouger les lignes, afin de rendre leur situation digne et régularisée. Surtout que les chiffres et les statistiques indiquent du doigt un constat alarmant, du fait que la femme travailleuse en général et l’aide-ménagère en particulier sont sujettes à des clivages sociaux et économiques qu’on croyait révolus. Des inégalités insensées, selon Mme Yosra Fraous, présidente de l’Atfd, lesquelles sont dues au capitalisme sauvage, à des politiques d’Etat injustes, mais aussi à des préjugés machistes plaçant la femme en arrière-plan.

Une situation intenable

Réalisée par le sociologue Zouhair Ben Jannet, sur un échantillon de 100 femmes, l’étude en question a montré que 11% de ces aides-ménagères ont moins de 20 ans, 10 % ayant plus de 60 ans et une majorité située entre 21 et 60 ans. Quasiment illettrées (35%), sinon déscolarisées du primaire (31%), ces femmes domestiques, aussi mariées soient-elles, avec à leur charge des enfants, n’arrivent guère à subvenir aux besoins vitaux de leurs familles. Les célibataires, soit 35% des enquêtées, ont du mal à joindre les deux bouts. Toutes ont commencé tôt à exercer ce métier. Du reste, un tel travail domestique qui s’effectue dans l’ombre, sans couverture sociale et loin de tout contrôle, fait aujourd’hui l’objet de stigmatisation. Forcée et parfois poussée à son sort, l’aide-ménagère s’est trouvée, plus que jamais, exposée à des risques multiples : surexploitation économique, harcèlement sexuel, licenciement et bien d’autres difficultés d’accès à ses droits. Victimes d’appauvrissement et de marginalisation, ajoute Mme Fraous, il est temps que ces femmes bénéficient d’un cadre juridique juste et plus adapté à leur situation fragile. « Cela implique mobilisation et coordination, tout en mettant la pression sur le gouvernement pour faire changer les lois, les stratégies et les mentalités», espère-t-elle.

Cependant, tout cela ne peut, en aucun cas, dévaloriser la place qu’occupe la femme tunisienne, au fil des ans, rappelle Mme Asma Shiri, ministre de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Seniors. Mais, il y a toujours un hic : « Les aides-ménagères sont la catégorie socioprofessionnelle la plus menacée et la plus exposée aux risques de l’’exploitation et de traite des personnes, sans lois lui garantissant sécurité et stabilité familiales », admet-elle, révélant que la période du confinement en raison du Covid-19  a déjà mis à nu cette réalité. Une conjoncture marquée par le chômage et les violences faites aux aides-ménagères dans leur milieu familial. Par ailleurs, l’on doit traduire dans les faits l’article 46 de la Constitution, dans le sens où « l’Etat s’engage à protéger les droits acquis de la femme et garantit l’égalité des chances entre les deux sexes». Mme Shiri a conclu son discours sur une note positive : « D’ici la fin de l’année en cours, il y aura un cadre juridique réglementant le secteur ».

Ce faisant, Mme Raoudha Laâbidi, présidente de l’Instance de lutte contre la traite des personnes, a voulu orienter les efforts vers l’harmonisation des législations pour sortir le législateur tunisien de sa schizophrénie. Le tout pour plus de protection, de justice et d’égalité devant la loi. Aussi, faut-il encore penser à un syndicat dédié au secteur du travail domestique. Mme Zoubeida Rakib de l’Ugtt y croit fort, promettant que son organisation prévoit de créer une structure syndicale fournissant aux travailleuses domestiques la couverture sociale et sanitaire requise. A cela s’ajoutent d’autres détails pour leur assurer dignité et emploi décent : heures de travail précises, congés hebdomadaires, annuels et de maternité.

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